Une kinésithérapeute en France devenue kinésithérapeute du Monde

Andrée-Mireille DANIAULT est diplômée de l'école de kinésithérapie dirigée par le Docteur Jean de Godebout à Montpellier. Dès l'obtention depuis 1969 de son diplôme, elle a débuté dans un service hospitalier de rhumatologie où le secteur kinésithérapie était très développé. Elle a donc pu se perfectionner et maîtriser les techniques de la profession. Au bout de 8 ans, elle a créé son propre cabinet. Elle exerce en tant que kinésithérapeute libérale depuis 19 ans.

Philippe Goethals : Comment s'organise votre cabinet  ?
Andrée-Mireille Daniault : Depuis 8 ans, je suis associée avec une autre kinésithérapeute avec qui nous pratiquons la kinésithérapie générale (kinésithérapie respiratoire, urogynécologie), et depuis quelques années nous avons ajouté la pratique de la thérapie manuelle. Cette technique est totalement complémentaire de la kinésithérapie traditionnelle, elle permet un contact intéressant avec le patient et nous rend plus rapidement efficaces dans tout ce qui est structurel.

P.G. : À quel endroit exercez-vous !
A.M.D. : Notre cabinet est situé à la périphérie de Montpellier. Notre clientèle est essentiellement citadine et nous pratiquons une rééducation dite "de ville" Notre objectif est de pratiquer une kinésithérapie assez large pour que nos clients trouvent près de chez eux ce dont ils ont besoin et ne soient pas obligés de retourner sur Montpellier.

P.G. : À quels types de pathologies êtes-vous confrontées ?
A.M.D. : À toutes les pathologies, rhumatologiques, neurologiques, traumatiques, respiratoires... Toutefois, et comme l'ensemble de nos confrères, nous sommes confrontées à beaucoup de pathologies du rachis, pathologies des cervicales ou des lombaires : ce que l'on appelle plus facilement "le mal de dos". Ces pathologies résultent de la sédentarité de l'individu, de longs voyages faits en voiture...

P.G. : Un cabinet de kinésithérapeutes femmes attire-t-il plus facilement une clientèle féminine ?
A.M.D. : Cela est fort possible, car notre clientèle est constituée à 60 % par des femmes et à 40 % par des hommes.

P.G. : Quel est votre rôle psychologique auprès du malade ?
A.M.D. : Notre soutien psychologique est très important. En effet, en face de nous, nous avons des personnes qui vont faire des séances de rééducation longues et très contraignantes dans des pathologies parfois graves et nous, en tant que kinésithérapeutes, savons à l'avance que ce sera long et difficile. La rééducation évolue toujours par paliers, il n'y a jamais de résultats constants à chaque séance ; le patient avance par étapes et dans ces périodes "de plat" nous devons être là pour l'aider et l'encourager à continuer.

P.G. : Comment êtes-vous devenue présidente de "Kinésithérapeutes du Monde" ?
A.M.D. : J'ai toujours été attirée par l'humanitaire au travers de récits et de livres, mais à l'époque ma situation familiale m'empêchait de m'investir totalement. Le déclic pour moi fut un voyage touristique au Sénégal où j'ai découvert un milieu d'enfants lourdement handicapés qui avaient besoin d'une kinésithérapie. De retour en France, j'ai trouvé dans la presse professionnelle des publicités pour l'Association "Kinésithérapeutes du Monde". J'ai pris contact avec eux, et ne pouvant partir sur le terrain étant donné mes obligations professionnelles, il m'a été proposé un travail administratif. L'idée m'est venue de créer l'antenne Languedoc-Roussillon et j'ai fait connaître "Kinésithérapeutes du Monde" à mes confrères de l'Hérault par quelques actions  : petits galas, mailings, salons tels qu'Euromédecine... Mon activité au sein de cette antenne de "Kinésithérapeute du Monde" m'a permis de devenir administratrice puis présidente et ceci depuis trois ans.

P.G. : Pour le cinquantenaire de la kinésithérapie, qu'elle a été votre intervention dans le Congrès des Congrès ?
A.M.D. : J'ai été enchantée de participer au cinquantenaire de la kinésithérapie car notre facette humanitaire impliquait que nous fassions partie du monde de la kinésithérapie à part entière. J'ai donc coordonné un module traitant de la "kinésithérapie et l'enfant" puisque "Kinésithérapeutes du Monde" soigne essentiellement les enfants du Tiers-Monde. La question posée était : "quel est l'avenir de la kinésithérapie en pédiatrie ?" Les intervenants étaient d'une grande compétence et absolument investis dans leur travail. Il est toujours agréable d'être confronté à des gens passionnés, surtout quand on fait de l'humanitaire ce qui, disons-le, en laisse une majorité indifférente et parfois repliée sur sa petite frilosité. Tous les jours, les "Kinésithérapeutes du Monde" sont confrontés aux séquelles laissées par la poliomyélite. Cette maladie est loin d'être éradiquée dans les pays du Tiers-Monde. Elle touche en particulier les enfants très jeunes qui restent très lourdement handicapés et se trouvent à l'âge adulte dans des attitudes corporelles très pénibles. Il faut savoir que cette vaccination coûte environ 80 francs en France, mais elle se fait en trois injections plus un rappel. Ce protocole, dans un milieu analphabète, devient pratiquement irréalisable. Tout ceci explique le grand nombre d'enfants handicapés au Tiers-Monde. Nous sommes aussi confrontés chez l'enfant aux problèmes d'encéphalopathies. Celles-ci résultent le plus souvent de fortes fièvres provoquées principalement par le paludisme. Ces fortes fièvres peuvent être à l'origine de méningites laissant des séquelles indélébiles.

P.G. : Quelle est votre activité au niveau de la France ?
A.M.D. : Nous aidons essentiellement les patients exclus de tous droits sociaux, par exemple les chômeurs en fin de droits. Nous avons plusieurs missions en France, à Paris, Grenoble et Bordeaux. Depuis le mois d'avril 96, nous nous occupons des enfants maliens de Paris. Ces enfants sont souvent atteints de bronchiolites et deux ou trois kinésithérapeutes de "Kinésithérapeutes du Monde" passent régulièrement les drainer, même le week-end en cas de garde.

P.G. : Participez-vous, en-dehors du Gicare, à différentes manifestations dans lesquelles "Kinésithérapeutes du Monde" pourrait se faire connaître ?
A.M.D. : Bien sûr. D'une part, chaque responsable d'antenne représente l'Association à tous les salons de santé, à toutes les manifestations humanitaires ou associatives qui ont lieu dans son département. De plus, à l'échelon national, nous avons pu participer cette année à Humagora et tout dernièrement au Forum des ONG (Organisations Non Gouvernementales) à Agen. Cette rencontre inter-associative nous a permis de faire connaître auprès d'associations africaines, notre travail par exemple sur le terrain, et j'espère bien que cela débouchera sur de nouvelles missions.

P.G. : Quels sont les objectifs de "Kinésithérapeutes du Monde" pour les années à venir ?
A.M.D. : Nous aimerions que la profession nous reconnaisse un peu plus. Nous devons faire des efforts au niveau de la communication pour que chaque kinésithérapeute se sente concerné par notre cause car "Kinésithérapeutes du Monde" est la seule organisation humanitaire gérée par des kinésithérapeutes pour expatrier des kinésithérapeutes. Nous aimerions que beaucoup d'entre eux s'investissent et j'ai bon espoir de voir le nombre de nos adhérents augmenter car aujourd'hui ils sont de plus en plus nombreux à nous contacter.

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