« Les neuropathies de
Charcot-Marie-Tooth »

Par le docteur Michèle Mayer
Hôpital de Saint-Vincent-de-Paul Paris

Le terme de "maladie de Charcot-Marie-Tooth" (CMT) regroupe un certain nombre de neuropathies héréditaires chroniques. Rencontrées dans le monde entier, les CMT se caractérisent par une amyotrophie paralytique aréflectique distale prédominant aux membres inférieurs. L'atteinte est habituellement sensitivo-motrice mais parfois purement motrice. Elle est consécutive à un processus dégénératif des fibres nerveuses.

La prévalence est d'environ 47/100 000.
Les premiers signes apparaissent habituellement vers trois ans avec des extrêmes allant de la naissance à l'adolescence. 50 % des cas se révèlent à l'âge de la marche : celle-ci est acquise avec retard dans 20 % des cas mais en règle générale, l'enfant marche avant l'âge de deux ans. Toutefois, un début plus tardif (adulte de 20 à 60 ans) peut s'observer en particulier dans les formes axonales.
Un trouble de la marche est le signe d'appel le plus fréquent (2/3 des cas) : on observe un steppage, un dandinement, un marquage du pas, une instabilité de la station debout, des difficultés à la course et/ou des chutes fréquentes.
Chez 1/4 des sujets, il existe une déformation précoce des pieds  :

Le début est insidieux. En effet, dans 2/3 des cas, même si les troubles ont été remarqués tôt par la famille, ils ne suscitent d'avis médical qu'après plusieurs années d'évolution. L'apparence bénigne des symptômes et leur "air de famille" (dans les formes familiales à caractère dominant) retardent la demande de première consultation : elle se fait en moyenne vers l'âge de 6 ans.
Le diagnostic est facile à évoquer devant un tableau clinique typique comprenant :

Evolution de la maladie et formes cliniques

L'atteinte évolue vers l'extension du déficit et de l'amyotrophie à l'ensemble des muscles des mains (atrophie en "mains de singe") puis aux triceps suraux (atrophie en "mollets de coq"). Parfois et très tardivement, l'atteinte s'étend aux cuisses (atrophie en "jarretières") et aux avant-bras (atrophie en "gants").
L'abolition des réflexes ostéotendineux s'étend aux réflexes rotuliens. Les réflexes des membres supérieurs ne sont qu'inconstamment abolis.
Les formes sévères sont rares, même tardivement (moins de 3 %). En règle générale, le handicap est modéré et la marche reste le plus souvent possible.
Il faut souligner la fréquence des formes pauci- voire asymptomatiques.
Par contre, au plan orthopédique, la déformation des pieds est à long terme quasi constante. L'évolution se fait le plus souvent en pieds creux mais 15 % des patients restent avec des pieds plats valgus.
Les autres déformations orthopédiques ne se voient que dans 1/4 des cas et n'apparaissent généralement que dans la deuxième décennie : elles sont représentées essentiellement par une scoliose, parfois par une lordose et rarement par une luxation rotulienne récidivante.
Chez l'adulte, les plus récentes descriptions cliniques mentionnent l'existence possible d'une gêne respiratoire. Son importance serait corrélée au degré d'atteinte des membres supérieurs. Elle serait due à l'atteinte du nerf phrénique. À ce jour, les Epreuves Fonctionnelles Respiratoires (EFR) systématiques ne semblent pas justifiées mais un suivi clinique s'impose pour rechercher une gêne respiratoire fonctionnelle et surveiller la croissance thoracique. La prévention des infections respiratoires (vaccination antigrippale) et les précautions d'usage lors d'anesthésies sont de mise.
L'aggravation de la maladie est habituellement très lentement progressive. On peut parfois observer une brusque aggravation lors d'affections intercurrentes, de traumatismes, d'une prise de poids, et surtout lors des poussées de croissance notamment au moment de la puberté. Dans certains de ces cas, c'est l'événement intercurrent qui révèle la maladie : chez un sujet qui, jusque là n'avait pas remarqué de gêne particulière, l'atteinte neurologique qui s'installe pourra alors évoquer à tort une neuropathie aiguë. Dans les cas où le diagnostic de CMT est connu, on veille à prévenir l'apparition de certaines de ces complications par des mesures de prévention (mesures diététiques, vaccinations).

Les données électrophysiologiques

L'électromyographie (EMG) permet d'affirmer l'origine périphérique de la sémiologie et de classer celle-ci en :

La biopsie musculaire est inutile à l'exception des formes insolites (formes néonatales, formes à évolution rapide) car elle n'apporte rien de plus que les données électrophysiologiques.

L'examen des parents

Devant toute neuropathie de l'enfant, il est impératif d'effectuer un examen clinique et électrophysiologique des parents. En effet, les données cliniques, électriques, biochimiques ou anatomopathologiques recueillies chez le patient, ne permettent pas de prévoir le mode de transmission de la maladie. C'est l'exploration des parents qui permet d'identifier plusieurs cas de figure :

Evolution de la classification des CMT

En 1886, Charcot et Marie décrivent "une forme particulière d'atrophie musculaire progressive, souvent familiale, débutant par les pieds et les jambes et atteignant plus tard des mains".
En 1886-1887, Tooth attire l'attention sur le caractère neurogène de l'atteinte.
Déjerine, avec Sottas en 1892, puis avec Thoms en 1906, isole une forme plus sévère d'atteinte associée à une hypertrophie nerveuse. Il décrit l'atteinte hypertrophique de la gaine de Schwann. En 1968, Dick et Lambert établissent une classification, revue en 1975, basée sur les données cliniques, génétiques, histologiques et électrophysiologiques. On parle alors de neuropathies héréditaires, soit sensitivo-motrices (NHSM) soit motrices pures (NHM). Le caractère myélinique ou axonal de l'atteinte permet de définir :

Au début des années 1990, les progrès de la biologie moléculaire font apparaître une imbrication des phénotypes antérieurement décrits et des génotypes ainsi qu'une possible transmission par le chromosome X. Ces nouvelles données ont amené à refondre la classification. Le terme générique de CMT réapparit dans cette classification basée sur les critères électrophysiologiques, le mode de transmission (découlant des données dinico-électriques) et les données de la biologie moléculaire. Aujourd'hui, les CMT sensitive-motrices se répartissent en deux grands groupes :

les CMT sensitivo-motrices dominantes qu'on divise en :

En conclusion, que retenir des CMT aujourd'hui ?

Extrait du compte-rendu Myoline de la journée "Orthopédie et Maladies Neuromusculaires" du 21 octobre 1996.

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