Un kiné pour les chiens de traîneaux

La saison hivernale européenne de traîneaux prend fin avec la PIRENA 99, course internationale de 15 jours dans le cadre majestueux des Pyrénées espagnoles et françaises réunissant 15 nations, 50 attelages et plus de 400 chiens. Organisée par Pep PARES, cette course créée en 1990 nécessite la présence de 200 personnes uniquement pour l’organisation. A l’issue de cet événement qui a consacré la victoire de l’Américain Tim White, Thierry ATTALI kinésithérapeute officiel de PIRENA nous livre son expérience de kinésithérapie lors de rencontres internationales.

Après avoir fait la connaissance du médecin Jacques Philip, musher français de renom, triple vainqueur de l’Alpirod et installé près de Fairbanks (Alaska), sous l’impulsion du staff vétérinaire et surtout de Tim White, président de la Fédération Internationale de Sports de Traîneaux, il m’a été permis de participer à des épreuves internationales d’abord comme handler puis au côté des médecins pour les mushers et des équipes vétérinaires pour les chiens.
Il s’est rapidement développé une coopération fructueuse avec ses derniers et ce travail d’équipe a permis de traiter de manière complète toutes les petites traumatologies classiques de ces athlètes de haut niveau que sont les chiens de course dans le but d’améliorer leurs performances sportives.

Le professionnalisme des organisateurs repectueux des hommes et des attelages, la technicité des compétiteurs font que les accidents graves sont très rares.

Une journée type du kiné pendant une course
Après un imposant petit-déjeuner (il faut prendre des réserves pour le reste de la journée en raison du froid), direction le parking où sont rassemblés tous les concurrents avant le départ.
Chacun s’affaire autour de ses chiens et de son matériel, mais l’heure est à soigner les derniers petits bobos de chaque chien.
Le travail du kiné commence donc, sous la “prescription” des vétérinaires, par des massages et du stretching pour lever les contractures musculaires.
En cas de contractures tenaces, on utilise l’électrothérapie avec des courants décontracturants (tonolyse).
Outre leurs chiens, certains mushers réclament eux aussi des soins par la massothérapie, thérapie manuelle, ainsi que pose de contentions si nécessaire.
C’est vrai que diriger le traîneau est un travail très physique et que plus ils aideront leur attelage, plus ils soulageront leurs chiens et auront l’opportunité de faire un podium.
Avant le départ de l’étape la tension monte...
Ce qui fait reconnaître le kiné ou tout autre soignant sur ce genre de compétitions, c’est le savoir-faire, aussi il m’est arrivé de devoir soulager certains compétiteurs ayant des problèmes mineurs de pédicurie ou nous demandant des conseils diététiques pour tenir le coup dans les conditions difficiles de compétition. Là encore, l’équipe médicale par son pluralisme rend encore plus efficace les réponses effectuées.
Petits conseils d’échauffement pour les mushers au hasard des attelages rencontrés.
Après avoir aidé quelques concurrents à positionner leur attelage sur l’aire de départ, retour dans le campement d’assistance accompagné des vétérinaires et direction l’arrivée de la course qui quelquefois se situe à 50 kms par la route.
Suivant la difficulté de l’étape et la qualité de la neige, les contractures musculaires et les lombalgies pour les chiens sont les pathologies les plus fréquentes.
“Massages pour tous” et électrothérapie sont les traitements de base dans un cabinet improvisé : dans la neige sur l’aire d’arrivée.
Plus rarement quelques entorses nécessitent la pose des contentions souples prescrites par les vétérinaires. Jusqu’à la nuit tombante et après s’être occupé des chiens, il convient de s’occuper des mushers pour les soulager et leur permettre de profiter au mieux du repos compensateur.
Ainsi, d’étapes en étapes, cette efficace collaboration avec les médecins et les vétérinaires a permis à de nombreux concurrents de finir la course et de faire des podiums.
Aujourd’hui, les courses de traîneaux nécessitent un entraînement physique important autant pour les hommes que pour les chiens.
Cette expérience montre l’intérêt pour les kinésithérapeutes de réfléchir au développement de leurs compétences pour le monde animal de compétition en particulier. Est-il possible que les vétérinaires et les kinésithérapeutes réfléchissent à un mode d’exercice où chacun trouvera sa place pour le mieux-être des animaux de compétition ?

Les pathologies les plus fréquemment rencontrées au fur et à mesure des étapes sont :

Pour les mushers :
L’entorse bénigne du poignet occasionnée par de nombreuses chutes du traîneau.
Le kinésithérapeute improvise dans ce cas son cabinet au gré des circonstances, par exemple sur la neige avec des tabourets de fortune.
L’entorse n’était pas trop importante.
L’urgence d’avant le départ de l’étape a conduit le traitement vers :
• une massothérapie du poignet et de la main ;
• un traitement antalgique d’électrothérapie ;
• une légère contention du poignet afin que ce concurrent ne soit pas trop gêné.

Pour les chiens :
1 cas relativement fréquent.
Le vétérinaire chargé de suivre ce chien pendant la course effectuera son diagnostic et proposera l’intervention du kinésithérapeute.
Si cela est le cas, le traitement kinésithérapique prodigué est :
• massothérapie des paravertébraux par des manœuvres lentes et profondes ;
• électrothérapie à visée antalgique sur les points douloureux ;
• thérapie manuelle canine.

Ces chiens venus du froid...
L’image sauvage des chiens nordiques est sans doute celle qui frappe le plus l’imagination. Derrière ce faciès de loup se cachent un caractère et une morphologie bien différents des autres chiens.
Ces chiens nordiques sont en fait de véritables athlètes nourris selon des normes spécifiques et bénéficiant de soins médicaux particuliers.
Les rapports affectifs qu’ils entretiennent avec le musher, sont très complexes et représentent le moteur principal qui leur donne cette exceptionnelle envie d’affronter l’effort.

Le Husky de Sibérie :
C’est le chien de course par excellence, le plus rapide, le plus répandu et le plus doux des chiens nordiques de race pure.
“Husky” signifie “enroué”, il est originaire du nord-est sibérien, où il a été élevé par les Chukchis.
Aspect général : chien de travail à la démarche légère et élégante. L’équilibre de ses proportions reflète puissance, vitesse et endurance.
Robe : le poil est double et de longueur moyenne. Le sous-poil est doux et dense.
Taille : de 53,5 à 60 cm pour les mâles et de 20 à 28 kg. De 50,5 à 56 cm pour les femelles et de 15,5 à 23 kg.
Yeux : en amande et légèrement obliques quelquefois bleus ou vairons.
Caractère : très attachant, sociable et indépendant. C’est un chien de meute, il a le sens de la hiérarchie. Costaud, joueur et énergique.

L’Alaskan Husky :
Il appartient à la population des chiens de traîneaux la plus importante du monde. Avec lui, la notion de race disparaît quelque peu. Ce nom Alaskan est réservé aux chiens de type nordique, vivant à l’origine en Alaska et n’entrant pas dans le cadre des races nordiques enregistrées. Ils ont été sélectionnés pour leur vitesse, leur puissance, leur endurance et leur résistance aux conditions climatiques.

La Malamute ou la locomotive des neiges :
Aspect général : vigoureux et bien bâti, il a l’apparence d’un loup.
Robe : épaisse et dure, aspect laineux. Epaisse fourrure autour du cou.
Couleurs : du gris clair au noir, toujours avec du blanc au ventre, une partie des membres et du masque.
Taille : 63,5 cm pour les mâles et de 38 à 39 kg. 58,4 cm pour les femelles et de 33 à 34 kg.
Yeux : bruns en amande.
Caractère : affectueux, intelligent, amical et joueur.
Fait pour vivre en meute mais assez indépendant.

Lexique :
Musher : du français “marche” des Canadiens francophones, transformé en “mush” par les anglophones, le musher est le maître de l’attelage. C’est lui qui élève, entraîne, choisit et conduit ses chiens.
Handler : assistant du musher, il s’occupe de toute l’intendance, des soins des chiens et joue aussi le rôle de coach pour leur équipier.
Les chiens : puissance, endurance, vitesse, les chiens sont choisis suivant le type de course. Alaskan Husky, Siberian Husky et Malamute sont les principales races représentées.

Thierry ATTALI
Masseur-kinésithérapeute

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