Alimentation et prévention : moins de privations, plus d’information

La science évolue chaque jour, mais nous restons sur nos positions. Toute définition prend la force d’un dogme ; avec de bonnes chances de devenir un jour ou l’autre une idée reçue.
Au catalogue des idées reçues, les risques cardio-vasculaires et les interdits alimentaires comptent parmi les plus difficiles à réviser.

Régimes “sans”
La nutrition est née de la découverte de l’interaction entre alimentation et santé. Dans le doute, on a souvent commencé par interdire tel ou tel type d’aliment. Et ce fut l’ère des régimes “sans” : sans pain, sans sucre, sans sel, sans beurre, sans œufs... Rares sont nos aliments quotidiens qui ont échappé à cette mise au pilori.
L’argument des régimes “sans” était frappant : il s’agissait ni plus ni moins de faire disparaître ou de prévenir l’hypertension, l’athérosclérose, l’hypercholestérolémie, l’ulcère gastrique...
Au fil des ans, la recherche nutritionnelle et médicale a permis de lever un à un les interdits. Mais les idées reçues sont restées.

Des idées reçues qui ont la vie dure
Deux sondages Sofres réalisés auprès des médecins et du grand public le prouvent. Il est urgent d’apporter un certain nombre de démentis :
• NON, les maladies cardio-vasculaires ne sont pas la 1ère cause de mortalité en France avant 75 ans ;
• NON, il ne faut pas obligatoirement se mettre au régime “sans” lorsqu’on vieillit ;
• NON, aucune huile n’est plus légère qu’une autre ;
• NON, le beurre ne contient pas davantage de matières grasses que la margarine ;
• NON, il ne suffit pas d’arroser ses aliments d’huile d’olive pour bénéficier de la protection du régime méditerranéen ;
• NON, il n’est pas indispensable de traquer systématiquement le cholestérol dans son alimentation.

La force des faits
A l’épreuve des faits, des courbes statistiques et des chiffres, les opinions communes ne résistent pas.
Encore fallait-il que les faits et les chiffres soient validés et commentés par les meilleurs spécialistes de ces questions.

“Toute la prévention nutritionnelle n’y pourra rien : quand on meurt avant 80 ans, c’est plutôt d’un cancer que de maladies cardio-vasculaires”.
“Le tabac est le principal facteur de risque cardio-vasculaire... tout comme d’ailleurs celui du cancer du poumon”.
“Les maladies cardio-vasculaires regroupent un ensemble de maladies ; or chaque maladie a des facteurs de risques spécifiques, la plupart n’ont rien à voir avec l’alimentation”.
“L’être humain ne peut se passer de corps gras. Ne vous privez donc pas de votre tartine de beurre, ce serait un mauvais réflexe”.
“Le cholestérol est indispensable à la vie”.
“Avec son alimentation traditionnelle, la France serait-elle le plus méditerranéen des pays méditerranéens ?”

Réviser nos positions
Lever un interdit, même partiellement, prescrire plutôt la maîtrise des apports que les privations, peut changer la vie de milliers de personnes. D’autant que la recherche a prouvé que certains interdits, outre le fait qu’ils sont inutiles, provoquent des carences dangereuses pour l’état de santé présent et futur.
Le maître mot, c’est l’équilibre et la variété alimentaire qu’il serait urgent de ne pas perdre et de transmettre à nos enfants.

MALADIES CARDIO-VASCULAIRES
Un seul nom pour une grande diversité de pathologies confondues
L’OPINION*

• Pour les médecins, le principal facteur de risque est le tabac, suivi de l’hypercholestérolémie et de l’hypertension.
• Pour les Français, le “tiercé” est : tabac, cholestérol, obésité.
* SOFRES, 1998 : sondage Médiscope (192 médecins généralistes représentatifs de leur profession) et sondage Omniphone (696 sujets âgés de 25 à 60 ans représentatifs de la population française).

LES FAITS
L’âge est certainement le principal facteur de risque. N’oublions pas aussi les facteurs génétiques, le sexe masculin, la sédentarité, le stress, le diabète... On parle aussi beaucoup de facteurs de risques nutritionnels, mais l’alimentation n’a aucune incidence dans un bon nombre de pathologies cardio-vasculaires.

L’AVIS DU SPÉCIALISTE :
Le Professeur André Vacheron
“Sous le terme générique de maladies cardio-vasculaires se retrouve indistinctement englobée toute une série de pathologies dont les causes sont extrêmement variables :
• les complications de l’athérosclérose et notamment l’infarctus du myocarde et l’angine de poitrine ;
• les accidents vasculaires cérébraux d’origine thrombotique ou d’origine hémorragique ;
• les cardiopathies valvulaires ;
• l’insuffisance cardiaque ;
• les troubles du rythme et de la conduction cardiaque.
On a tendance à tout mélanger : les facteurs de risque et les maladies. Or, chaque maladie a des facteurs de risques propres dont la plupart n’ont rien à voir avec l’alimentation”.

LE CONSEIL
“Un bon équilibre alimentaire est toujours souhaitable, mais ne dispense pas d’arrêter de fumer, de faire du sport ou de suivre correctement son traitement contre l’hypertension. Il est tout à fait déconseillé d’entamer un régime alimentaire quel qu’il soit sans avis médical. Les risques de carences peuvent être à terme plus sérieux que ceux que l’on cherche à éviter”.

LE FANTÔME DU CHOLESTÉROL
Eliminer le cholestérol de son alimentation peut tourner, à tort, à l’obsession.

L’OPINION*
En l’absence d’antécédents coronariens et avec un taux de cholestérol sanguin normal (2 g/l voire moins) :
• près d’1 médecin sur 2 préconise quand même un régime et,
• ils sont 9 sur 10 à inciter la consommation d’aliments riches en cholestérol chez leurs patients.
* SOFRES, 1998 : sondage Médiscope (192 médecins généralistes représentatifs de leur profession) et sondage Omniphone (696 sujets âgés de 25 à 60 ans représentatifs de la population française).

LES FAITS
Chez le sujet normal, le cholestérol a peu d’influence sur le taux de cholestérol sanguin.

L’AVIS DU SPÉCIALISTE : Le Docteur Jean-Marie Bourre
“Le cholestérol est indispensable à la vie : il est présent dans les membranes des cellules ; il est le précurseur des sels biliaires - indispensables à la digestion des graisses, de la vitamine D et des hormones sexuelles.
L’essentiel du cholestérol (70%) est synthétisé par le foie. Seuls 30% sont apportés par l’alimentation. Il existe normalement un équilibre entre les deux systèmes : l’augmentation des apports alimentaires de cholestérol entraîne une diminution de la synthèse de cholestérol par le foie, et inversement. C’est pourquoi, la quantité de cholestérol consommée a peu d’effet sur le taux de cholestérol sanguin. Sauf en cas d’hypercholestérolémie franche, il n’y a donc pas lieu de s’en préoccuper”.

LES CONSEILS
“Une consommation “raisonnable” de cholestérol se situe autour de 500 à 600 mg/j. Pour information : un steak en apporte 100 mg ; 100 g de rognons, 375 mg ; un œuf environ 250 mg ; une portion de camembert 25 mg et une noisette de beurre 12 mg. Il n’y a donc aucune raison de supprimer de son alimentation un groupe d’aliments quel qu’il soit”.

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