LÉLECTRO DOS
S.DUMONT, S. SALETES, A-V. SUCH, G. TATALOVIC
Étudiants de 3ème année I.F.M.K. ASSAS Paris
Un
jeu pour les 9-11ans adapté par des étudiants en kinésithérapie
en vue de la prévention du mal de dos de leurs jeunes confrères
de lécole primaire.
Lors de leur formation en masso-kinésithérapie, les étudiants
abordent lergonomie dans un module de 30 heures. Cest dans ce
cadre, que leurs enseignants G.Chemoul, S.Laroudie et J-P. Zana leur ont proposé
de se poser un problème auquel ils pourraient se trouver confronter
dans leur future pratique libérale et de chercher des moyens «
plus ergonomiques » dy répondre.
Larticle
qui suit est le résultat de leur travail, il relate leur cheminement
et présente des images du jeu quils ont adaptés. Le professionnel
y trouvera beaucoup dimperfections, mais il faut surtout y voir une
manière intéressante de prolonger la rééducation
de nos patients dans un accompagnement préventif ergonomique original
sur des bases scientifiques et psycho-sociales qui dépassent de loin
les conseils dhygiène de vie dont chacun sait que tous les patients
se moquent. Par cette approche et les recommandations quils proposent
la démarche des enseignants sest enrichie, au delà des
connaissances transmises, de développer auprès de ces futurs
professionnels de capacités à communiquer avec leur clientèle.
Le mal de dos, ou mal du siècle,
devient peu à peu une affaire courante. Le nombre de consultations
médicales, les dépenses de santé sont énormes
et ne font quaugmenter. Comment pouvons nous intervenir ?
Il faut prendre le problème à la base. Dès le plus jeune
âge, lenfant est confronté à des situations néfastes
pour sa colonne : de longues périodes assises dans la classe,
des cartables souvent trop chargés et une activité physique
qui diminue sans cesse au cours de la scolarité. La question sest
souvent posée : mal de dos et contraintes scolaires, existe-t-il
une relation ?
Nous allons nous intéresser à lenfant dès son plus
jeune âge, or à partir de quel âge lenfant va-t-il
comprendre et surtout intégrer la prévention ? Une enquête
(4) sur « la qualité de retentissement du message préventif
en testant le savoir, le savoir-faire et la compétence un an après
une formation initiale sans rappel dans lintervalle » nous informe
que les enfants de CM1-CM2 (9-10 ans) sont très réceptifs par
rapport à ces informations, tant théoriques que pratiques. Il
faut également noter que leur représentation du schéma
corporel saffine alors.
Bien sûr, notre formation ne va pas être proposée uniquement
à lenfant, mais aussi à son entourage (parents, institutrices)
afin davoir le meilleur impact possible.
Quelles sont les actions pouvant engendrer le mal de dos : le port de
charge, la station assise, lalimentation
Ces actions « ne
sont pas, à priori, à lorigine des déformations.
Ce sont des éléments favorables à lévolution
» (11). En effet, un enfant est assis environ 1 000 h/an et porte son
cartable environs 300 à 400 h/an.
De plus, se pose la question : prend-on réellement en compte la
chronobiologie de lenfant qui se plaint dêtre fatigué ?
Différents facteurs doivent être pris en compte pour mettre en
place une prévention efficace du mal de dos chez lenfant. Nous
nous intéresserons plus précisément au port de charge
(du cartable) qui est un élément très important lors
du passage au collège : en effet, dun poids moyen de 6 kg
au primaire, le cartable passe à 10 kg en moyenne au collège.
Notre étude théorique a été complétée
par un travail sur le terrain sous forme de questionnaires (enfants/parents
et enseignants) et dune analyse angulaire du rachis lors du port du
cartable.
Au total nous avons recueilli 87 questionnaires auprès des parents
et des enfants et 32 questionnaires ont été remplis par les
enseignants.

ANALYSES DE SITUATION
Analyse des contraintes primaires
Le port de charge : le cartable
Le rachis de lenfant trouvera un « réconfort » dans
lhabitude de porter un cartable derrière le dos. Le fait de le
porter sur les deux épaules, permet de répartir la charge de
façon symétrique par rapport à la colonne. Si lenfant
porte son cartable à bout de bras ou sur une seule épaule, il
va devoir compenser le déséquilibre par une inclinaison de sa
colonne. Cette attitude maintenue quotidiennement finit par entraîner,
à long terme, une déviation de la colonne.
Il ne faut cependant pas que lenfant sencombre de livres lourds
nayant aucune place dans son emploi du temps scolaire. Il faut rappeler
quun enfant à lécole primaire doit tous les jours
transporter quelques 5 et 6 kg de livres et de cahiers !
Suite à notre analyse angulaire effectuée à partir de
photos réalisées sur un enfant de 9 ans, lors de port dun
cartable sur une épaule, nous observons une inclinaison controlatérale
du tronc et une élévation de lépaule homolatérale.
Lors du port dun cartable à la main, nous constatons : une
inclinaison homolatérale au port de charge, une élévation
de lépaule controlatérale et une inclinaison controlatérale
de la tête.
Lors du port dun cartable sur les deux épaules, lorsque les sangles
laissent le cartable descendre au niveau lombaire, on observe : une antépulsion
de la tête, un enroulement des épaules et une cyphose dorsale
accentuée.
Porter un cartable sur les deux épaules nest pas suffisant à
garantir la « bonne » position du rachis. En effet, il faudra
vérifier le réglage des bretelles et le vérifier régulièrement
car lenfant grandi.
Selon les question n° 13 et n° 14 du questionnaire enfant,
Ton cartable, tu le portes :
o sur une épaule
o sur les deux épaules
o à la main
o roulettes
As-tu mal au dos :
o souvent
o parfois
o jamais
Le poids du cartable est très majoritairement perçu comme lourd.
Il est à noter de plus que même si certains enfants ne considèrent
pas leur cartable comme lourd, 85 % dentre eux ont mal au dos parfois
et souvent.

Le mode de port du cartable ne semble pas jouer sur la sensation de mal de
dos éprouvé par lenfant. Toutefois, nous navons
pas pris en compte le réglage des bretelles du cartable. Il convient
de noter que lutilisation de roulettes sous le cartable nest jamais
utilisé pour la population étudiée.
A 56 % les enseignants attachent de limportance en ce qui concerne
le poids des cartables, cest pourquoi la majorité des enfants
(40 %) nemportent quun livre chez eux le soir.
La position assise
Les orthopédistes et lOrganisation Mondiale de la Santé
reconnaissent lincidence de la position assise sur la santé du
dos.
La position assise doit être corrigée chez lenfant, car
comme il est en pleine croissance, les déviations et les mauvaises
attitudes modifieront de manière importante le devenir de sa colonne.
Il faut habituer lenfant à ne pas se coucher sur son plan de
travail, mais à se redresser en contractant ses muscles.
La position assise a évolué au cours du temps (3) (8).
En 1884, selon les travaux de Staffel, le siège est à assise
horizontale avec un dossier vertical de telle sorte que les genoux et les
chevilles sont à angle droit. Le plan de travail est incliné
par rapport à lhorizontal.

Actuellement, la norme ISO est la plus utilisée. Elle correspond à
un siège à assise horizontale : les chevilles, les genoux
et les hanches sont à angle droit. Le plan de travail est horizontal.
Or Schober a découvert que lorsquune hanche est fléchie
à 90° cela correspond en fait à 60° de flexion de larticulation
coxo-fémorale et à 30° de rétroversion de la région
lombaire.
De plus, cette position nest pas tenue plus de 3 à 5 minutes
par lenfant en situation de travail. La solution serait la position
étudiée par Lelong et Coll. Le siège est à assise
inclinée de 15° vers lavant, le plan de travail est incliné
vers le sujet ainsi langle tronc / cuisse est supérieur à
110°, les contraintes rachidiennes baissent et la flexion lombaire diminue.
Cette position doit pouvoir être variée par rapport à
lactivité (écoute / écriture).
Les points à vérifier
-> inclinaison de lassise (flexion lombaire
)
-> présence ou non de différent appui extra rachidien (diminution
des contraintes de pression)
-> hauteur de lassise par rapport au bureau
-> inclinaison du bureau
Solutions envisageables
Prise de conscience par lenfant de la bonne position, du soulagement
de la colonne lombaire et de la représentation du corps en position
assise.
Mise en place de mobilier permettant le réglage en hauteur de lassise,
linclinaison du plan incliné ainsi que linclinaison de
lassise. Ce mobilier doit être solide et facile à régler.
Le
rythme scolaire
Un autre facteur influençant le mal de dos est la fatigue. Cette fatigue
selon Magnin (7) est « lexpression dune dysrythmie entre
vie scolaire et vie socio-familiale ». Dans le cadre de lanalyse
des contraintes primaires du poste de travail de lenfant, nous allons
nous intéresser au rythme scolaire de lenfant de 9-10 ans (les
rythmes socio-familiaux seront abordés dans le prochain chapitre au
niveau des contraintes secondaires).
Pour lenfant, lécole est un lieu de travail ayant des règles
et des exigences propres exerçant sur lenfant une réelle
contrainte. En effet selon Magnin (7), le rythme scolaire (les horaires, les
séquences de travail, les habitudes de lécole, la construction
des programmes) ne prend pas en compte lâge de lélève,
ses aptitudes et ses capacités, voire même les conditions géographiques
et saisonnières du travail.
En étudiant lactivité intellectuelle de lélève,
Testu (10) met en évidence une variation périodique de cette
activité, à savoir :
une élévation du niveau de performances au début et en
fin de demi-journée avec deux creux à 8h30 et 13h45 et deux
pics à 11h45 et 15h15 plus le niveau de réussite des élèves
aux exercices scolaires est élevé, moins leurs résultats
varient au cours de la journée pendant la semaine, les meilleurs scores
sont réalisés le vendredi matin (pour les élèves
de CM1-CM2) et les moins bons le lundi où se produit un phénomène
de désynchronisation : le niveau de performance reste faible,
sélève très lentement et ne présente pas
le creux post-prandial habituel. Selon Montagner, ce phénomène
est dû à une adaptation des enfants au rythme scolaire (ce phénomène
nest pas observé le jeudi après la coupure du mercredi).
Daprès notre questionnaire enseignant, nous constatons que lemploi
du temps est bien réparti en fonction de lattention de lenfant :
dans 65 % des cas, les matières dites importante (mathématique,
français
) sont dispensées le matin, période pendant
laquelle 48 % des enfants sont les plus attentifs.
Le rythme scolaire devrait permettre de réserver à lenfant
de 9-10 ans environ 3 heures de jeu par jour selon Magnin (7). Le jeu participe,
selon lui, à lenrichissement de lindividu en étant
lun des facteurs les plus importants de la personnalisation et le meilleur
vecteur dapprentissage.
Nous
nous rendons compte, daprès la question 8 du questionnaire enfant,
que 33,8 % des élèves interrogés passent plus dune
heure à faire leurs devoirs à la maison.
Analyse des contraintes secondaires
Lanalyse des contraintes secondaires de lécolier de 9-10
ans va sintéresser à son milieu socio-familial en prenant
en compte : son rythme veille / sommeil, sa nutrition, son milieu de
vie (rural / urbain) et ses activités
extra-scolaires.
Ces différents facteurs vont interagir sur la fatigue de lécolier
et secondairement sur son mal de dos.
Le rythme veille / sommeil
Selon Magnin (7), « la qualité de vie et le temps du sommeil
dominera toute la vie de lenfance » et la qualité du sommeil
conditionne la qualité du réveil et de létat de
veille. En effet, « un mauvais sommeil, un sommeil écourté
se récupère mal et participe à lélaboration
de la fatigue » en jouant sur la physiologie, le physique et lintellect
de lenfant.
La durée du sommeil varie avec lâge et théoriquement,
à 9-10 ans, lenfant devrait dormir 10 heures. Dans ce temps de
sommeil, il conviendra de respecter les différents cycles de sommeil
en conservant le temps de sommeil profond nécessaire à la réparation
de la fatigue physique et à la croissance. Le temps de sommeil paradoxal
permet le renforcement des apprentissages par un effet positif sur la rétention
des informations acquises la veille ainsi que la construction de la sexualité
et de laffectivité.
La fatigue naît donc dun dysfonctionnement entre les mécanismes
du sommeil et ceux de léveil caractérisé par une
dette croissante du sommeil profond ou paradoxal en fonction de la période
écourtée. Cette fatigue saccompagne de « mauvaises
nuits », dasthénie du matin, de perte de goût, de
faim, de la diminution de la capacité dactivité et de
lintérêt pour le jeu.
Quelque soit le nombre dheures de sommeil, la majorité des enfants
a déjà présenté des douleurs rachidiennes. Nous
ne pouvons donc pas déduire de notre étude que la quantité
de sommeil influence lapparition de douleurs rachidiennes. Tout comme
la fatigue ressentie par lenfant ne semble pas non plus influencer le
mal de dos.
Notre étude a porté essentiellement sur la fatigue physique
ressentie par lenfant. Mais quen est-il de la charge mentale ?
La nutrition
Lobésité est un facteur de risque pouvant entraîner
des douleurs rachidiennes. Pour cela, lalimentation doit être
répartie sur les différents repas. Il faut limiter les sucres
de digestion rapide (confiseries, boissons sucrées
) et leur préférer
les sucres rapides (céréales), diminuer les apports de lipides
dorigine animale et privilégier les lipides dorigine végétale,
augmenter la ration de fibres alimentaires (légumes verts) et boire
beaucoup deau. En effet, leau représente 70 % pour
lensemble du corps et 90 % du disque inter vertébral. Le
disque est un élément fondamental dans la stabilité rachidienne,
il assure la mobilité, la souplesse et lamortissement de la colonne
vertébrale. Cest également la partie du corps qui vieillit
le plus vite. Donc pour lui conserver sa jeunesse, il faut apprendre à
lenfant dès son plus jeune âge à boire régulièrement.
Il est important daprès le questionnaire que lenfant prenne
une collation le matin, un petit déjeuner et une collation laprès
midi. Ainsi, il ne se sent pas fatigué.
Le milieu de vie
Nous pouvons noter que les fluctuations de lactivité intellectuelle
de lélève sont moins marquées en milieu rural quen
milieu urbain (Testu) avec les performances du lundi sensiblement identique
à celles des autres jours.
Au niveau du mal de dos proprement dit, une étude menée dans
46 classes de CM2 a montré que globalement, la population urbaine consulte
plus que la population rurale pour cette plainte.
Les activités extra-scolaires
Les activités extra scolaires doivent permettre à lenfant
un temps de jeu suffisant pour permettre son épanouissement. Et dautre
part, selon les résultats de lenquête rapportée
pour Lévy, cest le sport hors activité scolaire qui est
majoritairement à lorigine de la plainte rachialgique.
Daprès le questionnaire, nous constatons que la pratique dun
sport extra-scolaire engendre parfois des douleurs rachidiennes.
Conclusion
Les bonnes habitudes se prennent dès lenfance. Le rôle
et la responsabilité des instituteurs sont primordiaux. Mais le concours
des médecins est essentiel puisquils sont souvent les premiers
consultés en cas de mal de dos. La collaboration des kinésithérapeutes
est également indispensable car ils devront expliquer aux parents et
aux enfants les gestes à faire et ceux à éviter.
Dès le plus jeune âge, nous sommes confrontés à
des situations néfastes pour notre colonne vertébrale, quil
sagisse des cartables inutilement chargés, parties sur le chemin
de lécole, ou de mouvement inapproprié.
Le plus souvent, il est fait appel aux kinésithérapeutes pour
les campagnes de prévention sur le mal de dos chez lenfant. Apprendre
en jouant est une possibilité de prévention adaptée
à lenfant.
Cest la raison pour laquelle, nous avons imaginé un jeu en adaptant
un jeu existant. Les items retenus correspondent à ceux qui nous sont
apparus les plus significatifs daprès les questionnaires que
nous avons exploités. Si ce jeu ne trouve pas de sponsors pour être
utilisé dans toutes les écoles, il le sera dans les classes
que nous avons contactées. Nous espérons ainsi, apporter une
modeste pierre à la lutte contre le mal de dos. Notre démarche
kinésithérapique sest enrichie là dune démarche
ergonomique dont on pourra mesurer les effets par le partenariat que nous
avons su créer avec les instituteurs, les parents et nous lespérons
les enfants.
(1) AWNER T. Influence de la position de lassise sur le complexe
lombo-pelvi-fémoral de lenfant- Annales de kinésithérapie,
1990, t 17, n°1-2, p37-42.
(2) FLAVINY P., PLAS F., QUEZEL G. et MOUCHREFF M. La courbure dorso-lombaire
en position assise- Annales de kinésithérapie, 1993, t20, n°4,
p191-199.
(3) LELONG C., DREUET J.G., CHEVALIER R. et PHELIP X. Biomécanique
des disques lombaires et station assise de travail- Annales de kinésithérapie,
1990, t17, n°1-2, p37-42.
(4) LEVY A. Prévention du mal de dos auprès des élèves
de CM1 et de CM2- Kinésithérapie Scientifique n°377, Avril
1998, p17-22.
(5) LEVY A. Prévention précoce du mal de dos réalisée
dans le département de la Loire en 1995-1996 auprès des élèves
de CM2- Profession Kiné plus, n°63, Avril- Mai 1997, p23-26.
(6) LEVY A., BRAIZE C. Prise de conscience du dos chez lenfant-
Kinésithérapie Scientifique, n°356, Mai 1996, p27-28 / 37-40.
(7) MAGNIN P. Des rythmes de vie aux rythmes scolaires- édition
P.U.F, 1993.
(8) PEYRANNE J., DIVERNOIS J.F Pratiques corporelles et évolution
du mobilier scolaire du 19ème siècle à nos jours- Annales
de kinésithérapie, 1998, t25, n°3, p119-124.
(9) PORTER K.M, VIVEQUIN C.N. Comparaison entre deux ensembles chaise
bureau, Kinésithérapie Scientifique n°333, Avril
1994, p18-26.
(10) TESTU F. Chronopsychologie et rythmes scolaires- édition
Masson, 1994, 3ème édition.
(11) VAILLANT J. Le rachis et lenfant- Kinésithérapie
Scientifique n°370, septembre 1997, p58-60.
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