Enseigner l’ergonomie
en institution de masso-kinésithérapie

Chemoul, S.Laroudie, J.P. Zana
Cadres de santé, ergonomes I.F.M.K. EFOM et ASSAS paris

L’ergonomie est une matière qui apparaît subie par les étudiants en kinésithérapie. A nos yeux, la principale raison est que son enseignement ne trouve pas forcément de repères dans la formation générale du kinésithérapeute.
En effet, l’ergonomie est une discipline pluridisciplinaire dont la formation est universitaire et dont chaque ergonome tendra vers une spécialisation, selon ses affinités.
En conséquence, le module proposé de 30 heures dans le cadre des études de kinésithérapie, n’est en aucun cas une formation mais, plutôt, une information.
Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que l’étudiant y accorde une importance relative mais, la spécificité du kinésithérapeute de part ses connaissances, en font un acteur actif des équipes ergonomiques ; à charge aux enseignants de transmettre ce message aux étudiants et aux futurs professionnels de décider ou non de développer une compétence dans cette matière. Pour cela, le meilleur support reste les moyens pédagogiques que se donne l’équipe enseignante.

1/ INTRODUCTION
Depuis 1995, l’enseignement du module d’ergonomie s’est construit dans le respect des textes et avec le souci permanent que cette matière soit une porte ouverte vers un exercice professionnel diversifié.
Sur les traces de G.PENINOU, qui à l’EFOM a développé cet enseignement et surtout permet à un grand nombre de kinésithérapeutes de participer au Diplôme d’Université d’Ergonomie option gestes et postures en partenariat avec l’université Paris VI, nous avons été chargés de ce module à Assas.
Dans ce cadre, nous avons cherché à mettre en œuvre une forme d’enseignement plus didactique et une partie de l’évaluation de ce module est réalisée en demandant aux étudiants de résoudre un problème de leur choix, en rapport avec ce que très improprement nous appelons “les conseils d’hygiène de vie” (un exemple de ces travaux est présenté dans ce même numéro).

2/ OBJECTIFS
A/ Approche globale
Nous avons cherché, depuis 1995, à affiner notre démarche pédagogique afin d’intéresser un plus grand nombre d’étudiants à cette discipline.
Notre premier objectif a été d’éviter de marginaliser cette information de l’ensemble de la formation de praticiens kinésithérapeutes sans pour autant tomber dans le biais que l’ergonomie n’est qu’une facette de la kinésithérapie où chaque nouveau diplômé pourra s’afficher “Ergonome” lorsqu’il aura son D.E. en poche. Pour cela nous avons organisé la formation autour de deux grands thèmes :
- l’ergonomie au service du kinésithérapeute ;
- le kinésithérapeute au service de l’ergonomie.
Avoir des connaissances et une démarche ergonomique va permettre au futur praticien d’appréhender au plus juste les environnements professionnels, privés et ludiques de chacun de leur patient afin d’affiner le diagnostic kinésithérapique. En effet, la prophylaxie, l’hygiène de vie ou toutes autres expressions semblables qui animent notre vocabulaire sont suffisamment vastes pour n’avoir concrètement aucune signification représentative. Le kinésithérapeute a vocation de traitement mais aussi de prévention, prévention de récidives, d’aggravations ou de chronicités, et pour que ses tâches soient menées avec finesse, il se doit de la personnaliser au même titre qu’il personnalise son traitement aux divers patients qui lui font confiance. C’est dans cet état d’esprit que l’ergonomie est au service du kinésithérapeute.
Il est reconnu par tous que l’Homme est plastique et qu’il va s’adapter par tous les moyens aux contraintes que son environnement psycho-sensoriel, physique, socio-culturel, économique, politique, (etc...) lui impose. Cette plasticité s’exprime au travers du comportement mécanique, physiologique, énergétique, neuro-physiologique, et psycho-physiologique de ses tissus biologiques.
La formation du kinésithérapeute est loin d’être négligeable dans ces connaissances fondamentales. De plus, son quotidien de praticien lui permet de préciser les conséquences pathologiques qui découlent, en grande partie, de cette adaptation. Il est donc évident que ces connaissances peuvent être mises au service de la prévention des milieux professionnels, tâche qui incombe aux équipes ergonomiques. A ce titre, le kinésithérapeute peut se mettre au service de l’ergonomie.
Appartenir à une équipe nécessite échanges, communications, adaptations, il faut donc aux kinésithérapeutes une formation spécifique qui ne peut être construite dans le cadre de sa formation de base. Un diplôme d’état en kinésithérapie ne lui donnera aucune compétence dans l’encadrement d’un projet ergonomique. S’il est intéressé, il devra faire une formation spécifique post D.E..

B/ Approche spécifique
Toute équipe enseignante se doit de définir les objectifs qu’elle se donne pour transmettre l’information. Pour cela, elle peut décider de distribuer un plus grand nombre de connaissances purement théoriques ou encadrer des groupes d’étudiants afin qu’ils recherchent eux-même la connaissance utile.
Nous avons opté pour une démarche intermédiaire que nous présentons au travers de trois objectifs :
Transmettre une connaissance qui nous semble non négociable.
Il s’agit d’enseignements théoriques réalisés pour toute la promotion. Nous souhaitons atteindre les objectifs suivants :
- Préciser le vocabulaire spécifique de cette profession ;
- Présenter les différents partenaires qui animent une entreprise ;
- Donner des moyens d’évaluation des contraintes primaires et secondaires ;
- Donner des moyens d’évaluation des astreintes biomécaniques, physiologiques, psychologiques et de charge mentale ;
Animer ces connaissances aux travers d’expériences sur le terrain
Ces expériences sont présentées à toute la promotion et elles sont
choisies afin d’être représentatives de l’ensemble des connaissances transmises.
Réguler les productions
des étudiants
Cette étape est, à notre avis, incontournable pour intéresser l’étudiant à cette matière.
Les étudiants sont par groupe de trois à cinq personnes et ils doivent rechercher un sujet d’étude dans leur quotidien pour lequel ils mettront en place des moyens d’évaluation issus de la formation théorique.
Des heures sont destinées à la régulation de ce travail. Nous sommes au service des différents groupes et, au travers de leurs questions, nous cherchons, avec eux, des moyens pour répondre à leur besoin.

3/ EVALUATIONS
Un écrit, obligatoire par les textes, cherche à valider la connaissance théorique transmise.
Du travail personnel réalisé par les étudiants émerge une production écrite et une affiche.
Le document écrit doit présenter la démarche réalisée, les moyens d’évaluation mis en oeuvre, les résultats obtenus et les recommandations qui peuvent en découler.
L’affiche a pour objectif de présenter les points essentiels de l’étude mais dans une approche pédagogique destinée à une population ciblée.

4/ CONCLUSION
Les connaissances transmises permettent aux étudiants d’appréhender aussi bien des articles sur la kinésithérapie que sur l’ergonomie ; de chercher à en faire la synthèse ou de rechercher la complémentarité de ces deux pratiques; Leur production écrite et les posters qu’ils réalisent sont signifiants de la qualité de compréhension des informations transmises. Il reste à la formation en ergonomie et à l’expérience professionnelle de faire son œuvre pour que ces futurs professionnels enrichissent leur pratique kinésithérapique. Enfin, l’implication des étudiants dans leur formation permet de donner quelques valeurs de noblesse à ce module ; les productions estudiantines et la dynamique de groupe observées lors des régulations tendent à le prouver.

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