Un Kiné comme un autre ?


En tant que Président de la F.F.M.K.R, comment gérez-vous l’intérêt général que votre fonction exige et l’intérêt particulier de votre activité de kinésithérapeute ?

Je me suis investi dans l’action syndicale parce que j’étais passionné par mon métier de Masseur Kinésithérapeute et que j’estimais que le cadre réglementaire n’était pas adapté à la richesse de cet exercice.

Le reste est affaire de circonstances : Poussé par des amis, j’ai assumé des responsabilités électives départementales, régionales et nationales. Ma réflexion personnelle s’est ainsi enrichie de l’expérience de mes consœurs et de mes confrères.

Peu à peu, j’ai donc transcendé mon intérêt général de la profession, dans le respect des orientations politiques définies par les congrès fédéraux. Mais le moteur de mon engagement syndical reste la Masso-Kinésithérapie, art que je continue à exercer avec passion.

Pourquoi est-ce si difficile, avec d’autres représentations syndicales, d’avoir une vue commune sur la profession ?

Je ne crois pas qu’il y ait de réelles divergences de fond sur l’avenir de la kinésithérapie entre les différentes représentations syndicales. En janvier 1998, les Assises de la Réforme ont montré que nous pouvions nous accorder sur des objectifs communs. Par contre, il existe des différences d’analyse sur les stratégies à mettre en œuvre pour faire aboutir nos revendications.

Certains veulent tout, tout de suite. Pour mettre les pouvoirs publics devant leurs responsabilités, ils prônent des solutions radicales. Mais les kinésithérapeutes ne disposent pas réellement de moyens de pression forts, comme la grève ou les manifestations de masse. Pour sa part la F.F.M.K.R., plus réaliste, a privilégié depuis quelques temps la négociation afin de promouvoir la kinésithérapie, en insistant sur son intérêt pour la santé publique.

Bien que toutes les pistes méritent d’être explorées pour défendre la profession, les avancées de ces derniers mois montrent que le compromis bien négocié n’est pas synonyme de compromission. Ainsi, l’arrêté de 1962 vient d’être modifié, supprimant les critères qualitatifs et quantitatifs de la prescription de kinésithérapie. Le décret d’actes et d’exercice a été réformé dans le sens d’une plus grande autonomie des kinésithérapeutes. Et la nomenclature a été entièrement refondue avec l’identification du bilan diagnostic kinésithérapique et la revalorisation des cotations.

Comment se déroule une semaine de François MAIGNIEN ?

La semaine d’un responsable national se partage entre son activité professionnelle et le temps syndical. Personnellement, je continue à exercer dans mon cabinet, à Douarnenez, 3 jours par semaine. Et je viens également à Paris le mercredi et le jeudi pour accomplir les missions liées à mon mandat de président de la F.F.M.K.R., à mes fonctions de dirigeant de la Maison des Kinésithérapeutes et de gérant de la SPEK, ainsi qu’à mes responsabilités inter-professionnelles.
Naturellement, les moyens modernes de communication (téléphone, fax, minitel, e-mail) font qu’en réalité, la fonction de président national s’exerce en continu, 7 jours sur 7.

François MAIGNIEN est-il différent des 43 000 kinésithérapeutes ?

Lorsque je suis dans mon cabinet, je suis un kinésithérapeute qui ne diffère en rien de ses confrères. Par contre, après plus de 6 années à la présidence de la F.F.M.K.R. qui ont été précédées par 6 autres années de responsabilités départementales, régionales et nationales, j’ai acquis une expertise qui me permet de défendre au mieux l’intérêt général de la profession face aux pouvoirs publics.
Mais personne n’est irremplaçable. D’autres dirigeants nationaux possèdent eux aussi les qualités nécessaires à la conduite d’une politique professionnelle ambitieuse !

Parlez-vous de la Kinésithérapie avec vos patients ?

Naturellement, je parle essentiellement de Kinésithérapie avec mes patients : je dois avant tout traitement identifier les besoins du malade, établir un diagnostic kinésithérapique, fixer avec le patient les objectifs thérapeutiques, puis choisir les actes et les techniques les plus appropriés.

Jusqu’à présent, à la fin de la prescription quantitative, lorsque l’évaluation montrait que les objectifs initiaux n’étaient pas encore atteints, je demandais au patient de présenter ses résultats à son médecin pour obtenir une prolongation du traitement. C’est alors que j’étais amené à répondre aux interrogations des malades, qui s’étonnaient que le kinésithérapeute ne puisse décider de la poursuite du traitement dont il a la charge. Dans ces circonstances, il m’arrivait de parler avec mes patients du projet d’émancipation de la profession. Et je dois dire qu’ils étaient tous convaincus de la nécessité, pour la santé publique, de la réforme de l’exercice de la Masso-Kinésithérapie.

L’informatisation de votre cabinet a-t-elle été vécue comme une épreuve ou plutôt comme une mesure salvatrice de votre métier ?

Ne disposant pas de secrétaire, j’ai informatisé mon cabinet depuis 1987. Dans un premier temps, cela m’a déchargé des tâches administratives (renseignement des fiches médicales cartonnées, remplissage des DEP et des feuilles de soins, correspondance avec les médecins et les caisses, tenue manuelle de la comptabilité ).
Puis, avec l’évolution des logiciels professionnels et de la micro-informatique, de nouvelles fonctions sont venues se greffer : statistiques d’activité, bilans. Plus récemment, avec l’arrivée de l’informatique communicante, et la création du Réseau Rééduc, les échanges électroniques avec les caisses et entre les professionnels de santé ont encore élargi la place de l’informatique dans mon cabinet. Comme le téléphone naguère, l’informatique fait désormais partie intégrante de l’environnement d’un cabinet de kinésithérapie performant. Il s’agit d’un fait de société, non d’une épreuve.

La Kinésithérapie et sa diversification, quand pensez-vous ?

Façonnés par une formation théorique axée sur les pathologies et une formation pratique en milieu hospitalier, trop de professionnels oublient que leurs compétences ne sont pas exclusivement thérapeutiques : La prévention et la remise en forme sont également des facettes brillantes de l’exercice de la Masso-Kinésithérapie. Pour ne plus dépendre entièrement du financement des régimes obligatoires d’assurance maladie, mais aussi pour répondre aux demandes de la population, les Masseurs Kinésithérapeutes doivent donc faire autant d’effort pour diversifier leur activité qu’ils consacrent de temps à l’actualisation de leurs connaissances thérapeutiques.

Un message pour nos lecteurs ?

Conformément à la mission qui nous a été confiée, nous avons obtenu des pouvoirs publics la modernisation du cadre réglementaire de notre exercice. A présent, il appartient à tous les Masseurs Kinésithérapeutes de s’approprier cette réforme, et d’assumer quotidiennement leurs responsabilités de professionnels de santé à part entière, émancipés de la tutelle de papa médecin et de maman sécu. Je sais qu’ils sauront faire bon usage de cet accroissement de leur autonomie.


François MAIGNIEN