Du 15 septembre au 2 octobre prochain, « nos athlètes seront aux Jeux Olympiques de Sydney. Comme l’alimentation est un des éléments clés de l’équilibre du sportif, voici déjà quelques mois qu’on se préoccupe de ce qu’ils vont manger. Une mission d’exploration a déjà eu lieu sur place : une diététicienne et un cuisinier français leur sont spécialement affectés. Pour qu’ils puissent se restaurer selon leurs besoins, leurs goûts et leurs habitudes, et presque «comme à la maison»...... Les athlètes français sont bien soignés ! A trente kilomètres de Sydney, l’académie des sports d’Australie a été louée pour les accueillir et les préparer aux épreuves dans des conditions idéales. L’académie est à peu près l’équivalent d’un CREPS français, où les sportifs pourront se mettre en condition, à leur rythme et selon leurs habitudes : ils se rendront au village olympique seulement deux jours avant la compétition. Jusque là, rien n’aura été épargné pour les chouchouter, en particulier pour les aider à bien maîtriser la gestion de leur poids, de leur stress.. et de leur alimentation. Soit quelques petits éléments qui ne sont pas toujours dociles aux approches des jours fatidiques. Mais ces choses-là sont bien connues des pros et de leurs entraîneurs. Pas question de laisser nos champions s’embarquer sans biscuits au pays des kangourous ! Une mission d’éclaireurs, composée de quelques perchistes, coureurs de relais, sauteurs en hauteur et en longueur, s’est déjà rendue en Australie en mars dernier pour tester les conditions dans lesquelles vont être placés les sportifs à partir du moment où ils s’envoleront de France : transport aérien, décalage horaire, climat local, installations sportives, hébergement et bien sûr alimentation. Avec comme objectif final, bien sûr, de préparer le terrain de façon optimale. Une diététicienne, Virginie Grandjean, chargée du suivi nutritionnel de l’équipe de France d’athlétisme, faisait partie de l’équipée. Nutri News l’a rencontrée. Nutri News : L’épreuve commence par un long voyage en avion. Les athlètes auront-ils un régime particulier ? Virginie Grandjean: Si les conditions de vol en septembre sont les mêmes que celles que nous avons connues en mars, il n’y aura pas de régime particulier, c’est-à-dire sans autre problème que la longueur du trajet. Il y a 22 à 24 heures de vol d’ici à Sydney. A bord, on est invité à manger 5 ou 6 fois, et nous conseillons aux athlètes de prendre ces repas si cela leur est possible: l’idée est de les caler progressivement sur les horaires australiens. Il y a plus de 10 heures de décalage entre les deux pays et l’adaptation aux nouveaux rythmes de sommeil et de veille est particulièrement importante. Il y aura d’ailleurs une séance de synchronisation, avec des lampes à ultraviolets, dès l’arrivée. En vol, les aliments qui favorisent le sommeil seront recommandés : c’est-à-dire en somme plus de glucides que de protéines ! Un autre point important retient l’attention pour ce voyage en avion : le déficit hydrique du à la pressurisation. Nous invitons nos sportifs à boire beaucoup, au moins un litre et demi d’eau, et à faire attention à l’alcool, qui accentue la déshydratation. Cette réserve faite, un petit verre de vin pour trouver le sommeil ne saurait être contre-indiqué ! NN : Sur place, qu’avez-vous trouvé comme produits et comme habitudes alimentaires ? V.G. : Les produits alimentaires australiens sont différents des nôtres et plus proches des habitudes anglo-saxonnes. Il y a une grande diversité de fruits et de légumes, mais ils sont surtout consommés crus ou bouillis, hors de tout souci d’agrément. Les Australiens sont très favorables aux fibres, donc aux crudités et aux céréales complètes. Une des tâches des cuisiniers (il y aura sur place un Français, venu spécialement, et deux Australiens) sera par exemple d’apprendre à cuire ces légumes autrement que bouillis. Quant aux fruits, ils sont à la fois plus exotiques et plus sucrés, et il faut y penser : abuser dès le matin de la mangue ou du melon, riches en fibres, peut provoquer des ballonnements et des diarrhées Le pain est aussi très différent. On trouve beaucoup de sortes de pain de mie, à cuire sous vide, et bien plus riches en lipides que notre baguette française. Les baguettes australiennes n’ont ni le goût, ni la texture, ni le prix des nôtres : on les paie environ 8,50 F! Les viandes sont aussi 1 à 2 % plus grasses qu’en France, et servies en portions plus importantes. On trouve du bœuf, de l’agneau, mais aussi du poulet et de la dinde souvent consommés en brochettes, «à la thaï», avec du beurre de cacahuètes. L’usage du barbecue comme mode de cuisson des viandes est très courant. La technologie, la composition, le conditionnement des produits laitiers «locaux» (même s’ils sont fabriqués par des grandes marques mondialement connues) sont aussi assez déroutants. Les yaourts sont en pots de 250 g, avec beaucoup de gélatine et de pectine. Les fromages fondus, de moins bonne qualité nutritionnelle, sont légion, de préférence additionnés de pruneaux ou de cerneaux de noix. L’edam, le gouda, le brie, le camembert sont pasteurisés, de peu de goût, conditionnés différemment aussi. Le lait est à 0 % de matières grasses. Car, un peu comme en écho aux obsessions anglo-saxonnes, on trouve là-bas beaucoup de produits dits «sans graisses» ou «sans cholestérol». Il est difficile d’acheter du vrai beurre. Cette exagération et ces exclusions diététiques n’empêchent évidemment pas les habitants de manger d’innombrables «fish and chips», marinades de brochettes, beignets et fritures à l’huile de coton! Les Australiens mangent beaucoup le matin, ils déjeûnent ensuite le plus souvent de petits sandwichs, puis dînent assez copieusement le soir vers 18h30. NN : Comment avez-vous réagi face à ces constatations? V.G.: Nous avons préparé des plans alimentaires pour cinq semaines avec des menus français, en suivant la répartition traditionnelle: petit déjeûner, déjeûner, collation, dîner. Il s’agit bien sur de repas équilibrés et soignés: nous n’avons pas eu à subir de restrictions financières pour la qualité des produits. Quant aux quantités, elles sont laissées à la discrétion de chaque athlète, en fonction de ses besoins et de ses habitudes. Dix-neuf disciplines sont représentées, et le lanceur de javelot ne se nourrit pas exactement comme la coureuse de 100 mètres! Le principe retenu est de proposer en libre choix une alimentation variée, d’esprit français. Pas de régime, mais le beurre, les huiles, les sauces seront servis à part, de manière à ce que chacun y trouve agrément et satisfaction. Nous avons seulement limité les distributeurs de boissons sucrées, très abondants aux abords des chambres en Australie, où l’eau n’est pas la boisson la plus immédiatement disponible. Nous en avons laissé un seul, et remplacé les autres par des fontaines à eau. NN : Que prévoyez vous au petit déjeûner? V. G. : C’est un petit déjeûner classique amélioré, qui sera pris entre 7h30 et 9h30. Une certaine souplesse est nécessaire: les marcheurs commencent par exemple leur entraînement à 5 heures du matin. La encore, il faut répondre à tous les besoins, et un large choix d’aliments sera disponible: baguette, pain de mie complet, pain de mie aux raisins, beurre, miel, confiture, céréales, gâteau de riz et de semoule. On trouvera aussi des œufs et du jambon blanc (nous avons éliminé le bacon, pour ne pas encourager la prise de poids). Le dimanche, pour suivre les habitudes françaises, il y aura en plus des brioches et des pains au lait. Les produits laitiers seront bien sûr à l’honneur tous les jours, avec du lait demi-écrémé ou écrémé, des yaourts à 0 % ou aux fruits, du fromage blanc. Il y aura aussi des fruits et des jus de fruits, du thé, du café et du chocolat. NN : Comment les repas principaux seront-ils composés ? V.G. : L’entrée sera sous forme de buffet varié avec des légumes cuits ou crus, des hors-d’œuvres glucidiques et en plus un potage le soir. Comme plat principal, un choix de deux viandes et d’un poisson sera proposé, avec comme garnitures un légume cuit, un féculent ou des légumes secs. Avec sauces et assaisonnements à part comme je vous l’ai dit. Parmi les produits laitiers, le choix portera sur yaourt, yaourt aux fruits, fromage blanc, petit-suisse, ou encore sur une portion de camembert, de bleu, d’Edam ou de Gouda. Il y aura des desserts lactés ou glucidiques en alternance, ainsi que des fruits de saison. Du pain et de l’eau à volonté. Entre ces deux repas, la collation offrira un produit laitier, un produit céréalier, un fruit ou une salade de fruits. NN : Allez-vous donner des conseils spécifiques aux athlètes ? V.G. : Nous allons les voir à la fin du mois d’août, quelques jours avant leur départ. Nous leur présenterons ce qu’ils vont trouver en arrivant, ce qui leur sera proposé en matière d’alimentation. Nous répondrons à leurs questions et leur donnerons les principaux conseils qui peuvent les aider. A l’arrivée, ils trouveront dans leur chambre une « fiche mémo» sur le sujet. Il n’y a pas de recommandation discipline par discipline, mais des principes de base, dispensés par toute l’équipe médicale de la Fédération Française d’Athlétisme. Libre à chaque sportif de les mettre en pratique, en fonction de ses besoins, de ses habitudes et de ses goûts. Nous ne voulons surtout pas «leur prendre la tête» avec la nutrition! Dans les derniers jours qui précèdent l’épreuve, ce n’est plus leur priorité. Notre rôle est simplement de les mettre en garde contre les erreurs alimentaires sur place (faciles à commettre sous la pression des sponsors) et surtout de répondre à leur principal souci en matière de nutrition: trouver les aliments qu’ils aiment, préparés de la façon qui leur convient et conforme à leurs habitudes. C’est ce que nous essayons de leur offrir. C’est notre contribution à leur entraînement et, nous l’espérons, à leurs succès ! |