REPETITIVITE ET T.M.S


Assistance ergonomique à  la CONCEPTION


Les 20 et 21 octobre dernier s'est tenu à  Plérin dans les Côtes d'Armor le 3ème Congrès National du Comité National de Prévention en Kinésithérapie. Organisé par le CDPK 22 et son responsable régional Christian MEIGNAN, il a réuni plus de 100 kinésithérapeutes des quatre coins de la France sur le thème : Kinésithérapie, prévention et santé au travail. Ce congrès entrait dans le cadre de la semaine européenne de la santé et de la sécurité au travail ; placé sous le haut patronage du secrétaire d'Etat à  la Santé, Madame D. GILLOT et du Président du conseil Général des Côtes d'Armor M C. LEBRETON. Enfin, il faut signaler le partenartiat de l'AFREK et de la F.F.M.K.R.. Le choix des communications a été difficile tant elles étaient nombreuses et de qualité. FMT présent lors de cette manifestation par l'intermédiaire de Jean-Pierre Zana se fait l'écho ici d'une des interventions qui montre comment l'ergonomie scientifique placée entre les mains de kinésithérapeutes formés peut aider les entreprises à  concevoir des postes de travail o๠les risques de troubles musculo-squelettiques sont diminués et o๠la conception architecturale du poste cherche à  respecter les normes françaises et européennes en vigueur. Dans les prochains numéros, FMT continuera à  faire écho des communications de ce congrès qui apparaît comme un élément de l'activité des kinésithérapeutes qu'il convient de ne pas négliger.



Le kinésithérapeute possède une connaissance anatomique, biomécanique, et physiologique. Lorsqu'il prend le temps de compléter sa formation initiale par l'acquisition des connaissances d'analyse du travail telles qu'elles sont enseignées dans le cadre du partenariat entre l'EFOM et l'université Paris VI, il se donne alors les moyens pour intervenir en entreprise plus seulement pour assurer des formations en prévention pour le personnel mais pour développer ses compétences dans le cadre de restructurations de postes de travail. Une entreprise sous-traitante de l'industrie automobile a demandé notre assistance pour établir le cahier des charges pour la conception d'un nouveau poste de travail. Notre analyse doit permettre d'aider le bureau des méthodes à  la conception d'un poste de travail de fabrication de pièces automobiles. A partir de nos connaissances et de l'étude réalisée sur les postes à  transformer, des recommandations ont été formulées afin de diminuer les contraintes. Ces recommandations s'intéressent aussi bien à  l'environnement du poste de travail, qu'au poste proprement dit et à  son organisation.

Notre assistance a deux objectifs distincts :

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Le premier est d'adapter un poste de travail afin de pouvoir limiter la charge de travail liée à  la réalisation de mouvements répétitifs fréquents et rapides pouvant être responsables de lésions d'hyper sollicitation,
Le second consiste à  aider à  la conception d'une « machine » permettant à  l'opératrice la réalisation de trois pièces dif férentes, alors qu'actuellement seule une pièce est réalisée sur plateau tournant, les deux autres sont assemblées manuellement sur une simple table.


Notre assistance ergonomique s'est déroulée en trois périodes distinctes :

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une première période d'analyse de l'existant qui nous a permis de donner les recommandations nécessaires à  l'élaboration d'un cahier des charges,
une seconde période de conseils quant à  la réalisation des plans et du choix du plan définitif,
une troisième et dernière période qui sera prochainement consacrée à  l'installation et la validation du nouveau poste de travail.


Première période :



L'analyse de l'existant a consisté, par la prise d' informations directes auprès des responsables et des opératrices, à  l'identification des tâches et la mise en évidence de sous tâches. Cette identification des tâches a montré sur une base de 8h de travail effectif, 6h de tâches répétitives de confection de pièces, 2h de tâches non répétitives de manutention, d'entretien et de tâches d'administratives. L'observation et l'enregistrement vidéo nous ont permis de décrire les modes opératoires spécifiques à  chacune des opératrices, de connaître les espaces réservés au poste de travail, d'étudier le matériel utilisé


Tableau 1 : récapitulatif en pourcentage de différentes tâches.
Appro pond = Approvisionnement des pièces avec manutention de charges
T.prod REP = Tâches répétitives
Changt caisse POND = manutention de charges

L'analyse de l'enregistrement vidéo nous a permis d'évaluer la taxinomie des gestes, d'effectuer le calcul des cycles de travail et de mettre en évidence les contraintes posturales et gestuelles. Sur l'ensemble des gestes observés, certains retiennent particulièrement notre attention en matière de risques d'hyper sollicitation.

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Les prises avec fermeture de la première commissure entraînent un hyper appui de la trapèzo-métacarpienne et peuvent générer des T.M.S. (rhizarthrose) ;
L'extension des poignets utilisant les muscles extrinsèques des doigts et associant une poussée du talon palmaire peut favoriser l'apparition de souffrances canalaires (canal carpien) ;
L'association des mouvements de flexion et de supination du coude sans compensation d'épaule constitue un schéma inverse du schéma fonctionnel de finesse du coude, le risque d'épicondylalgie se trouve renforcé ; 
L'exagération de l'extension et rotation externe de la gléno-humérale en dehors des amplitudes optimales de travail peut engendrer des risques d'usure tendineuse des muscles de la coiffe des rotateurs de l'épaule ;
L'insuffisance de mobilité du tronc oblige à  une flexion de la tête pour maintenir la distance oeil - tâche. Cette posture réalisée par un maintien sur les structures péri articulaires passives de la base de la nuque peut  gé nérer des cervicalgies.
La difficulté de la rotation du tronc par impossibilité de rotation pelvienne impose une exagération de torsion scapulaire susceptible d'engendrer des douleurs scapulo-thoraciques ;
L'inadaptation du siège impose une posture assise peu variante et l'angle cuisse tronc est en général trop fermé. Les contraintes pro- longées ainsi engendrées peuvent être responsables de lombalgies ou de troubles discaux ;
Par ailleurs, la non utilisation de l'écartement des membres inférieurs liés aux règles conventionnelles renforcent les contraintes citées ci-des- sus
La posture en flexion des genoux peut aggraver des problèmes circulatoires existant et favoriser des hyper-appuis fémoro-patellaires. De plus l'équilibre fonctionnel des muscles poly-articulaires étant perturbé, des douleurs fémoro-tibiales peuvent également apparaître ;
Le mauvais appui des pieds sur un socle mal adapté peut participer à  l'accentuation des troubles posturaux et circulatoires.






L'analyse de l'environnement de travail a mis en évidence :

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un espace très encombré, des superficies insuffisantes en terme de normes pour une installation correcte de trois opératrices ;
un matériel mal adapté qui ne permet pas aux opératrices d'être installées confortablement à  leur poste de travail.


L'analyse des résultats a permis de mettre en évidence 3 principales contraintes:

La première liée à  la haute répétitivité des gestes, en effet une pièce est réalisée en 4 secondes et ceci pendant 6h,

La seconde liée à  une contrainte biomécanique due à  des postures pénibles et à  des mouvements exécutés dans des courses articulaires dépassant parfois les amplitudes acceptables de travail.

La troisième liée aux tâches de manutention qui entravent les possibilités de récupération pendant le temps de travail hors répétitivité.

Les astreintes physiologiques provoquées par l'exercice professionnel concernent donc essentiellement les membres supérieurs et le rachis, il s'agit bien de risques de lésions d'hyper sollicitations à  titre de lésions tendineuses, de souffrance canalaire et d'algies rachidiennes, retrouvées sur le tableau 57 des accidents du travail. Le rapport détaillé de l'analyse et des résultats fourni à  l'entreprise nous a permis d'entreprendre la seconde période de conception de poste.


Deuxième période:


Les recommandations faites pour permettre aux responsables de concevoir des plans du nouveau poste étaient les suivantes :

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Conception d'un espace de travail respectant les normes en vigueur pour des déplacements aisés et une organisation du travail
Conception d'un matériel évitant les positions articulaires extrêmes, permettant un travail articulaire acceptable;
Choix d'un siège confortable et réglable pour éviter l'immobilisme et la fatigue posturale.

Les recommandations concernant l'intégration du poste dans une nouvelle organisation étaient les suivantes :

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Valorisation du temps hors répétitivité dans l'organisation actuelle, l'obligation de se lever après chaque caisse ( toutes les 15 mn) est un facteur favorisant de l'économie gestuelle et posturale, mais contraignant du fait des manutentions.
Dans la nouvelle organisation, il est impératif de conserver ses déplacements en éliminant les tâches de manutentions lourdes par un système d'évacuation automatique des caisses pleines mais en gardant la manutention des caisses vides pour maintenir l'obligation de se lever.
Dans la nouvelle conception de la « machine », les opératrices devront fabriquer 3 pièces différentes durant leur journée, ce qui nous semble intéressant pour diminuer les effets négatifs de la répétitivité par variation des gestes nécessaires à  la conception de chaque pièce.


A partir de ces recommandations l'équipe a pu travailler sur l'élaboration de plusieurs plans qui nous ont été soumis. Sur les 3 plans proposés, après concertation et évaluation des propositions, un seul plan a été retenu et réalisé grandeur nature en carton afin de vérifier la pertinence de notre choix. Comme celui-ci s'est avéré correct le cahier des charges précis pour la réalisation de la machine a été confié au constructeur.



En conclusion

Confronter à  la répétitivité de certaines activités, l'ergonome se doit de rechercher des recommandations sur l'environnement des tâches Il est impératif d'éliminer les autres contraintes afin de minimiser les facteurs de risques et avoir ainsi une incidence sur la santé des opératrices. Il faut avant tout rechercher tous les moyens pour limiter la charge de travail, les solutions concernent alors les aménagements techniques pouvant remplacer la manutention manuelle, des solutions organisationnelles permettant de varier les gestes répétitifs, des installations respectant les normes ergonomiques pour un travail en position articulaire de confort.


Sylvie LAROUDIE, Jean-Pierre ZANA, Gilles PENINOU.

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