|
KINÈSITHÈRAPIE
ET SPORT
MÈCANIQUE MOTO
Démarche
thérapeutique appliquée au circuit de Pau
|
||
Le premier week-end de juillet 2000,
nous sommes allés proposer nos compétences aux pilotes
Moto sur le circuit de Pau Arnos dans le cadre d'une manifestation comptant
pour le championnat de France. De nombreux pilotes étaient présents,
concourant dans différentes catégories allant de la 125
centimètre-cubes juniors à la 1000 centimètre-cubes
seniors. Le circuit, particulièrement sinueux et technique, a
mis à rude épreuve la mécanique des machines et
la biomécanique de l'appareil musculo-squelettique des pilotes. A peine installé,
voici les premiers pilotes à la porte du local ! Nous entamons
alors un long marathon vers l'amélioration des troubles musculo-squelettiques
fonctionnels, typiques des surcharges physiologiques et mécaniques
que ce sport engendre. Les plaintes recensées intéressent
toutes les régions du corps humain mais principalement le rachis,
les ceintures pelvienne et scapulaire et les membres supérieurs.
Les pilotes formulent leurs gènes par des limitations d'amplitude,
des douleurs ressenties et des adaptations posturales qui en découlent
pendant les courses, limitant leur performance. Dans le cadre de la mobilité,
ils expriment et nous constatons des diminutions d'ouverture de la main,
de rotation latérale (supination) de l'avant bras, d'extension
du coude, de l'ouverture en abduction, rotation latérale du complexe
articulaire de l'épaule et des hypomobilités rachidiennes
à tous les niveaux en fonction des pilotes.
Concernant
les douleurs, nous ne pouvons définir une topographie précise
; l'intensité est variable et la classification est plutôt
mixte c'est à dire d'apparence mécanique comme biologique.
Enfin, les adaptations posturales visent à améliorer le
placement de la vue, l'anticipation des courbes du circuit et le maintien
de la moto.
Notre objectif
apparaît donc excessivement précis : donner tous les moyens
à chaque pilote pour retrouver ses sensations afin de réaliser
des performances et de minimiser les risques d'accidents.
Afin de faire
face à la forte demande et aux exigences de l'organisation de
la course, notre principale difficulté est de construire un diagnostic
kinésithérapique et un traitement adapté dans un
laps de temps de 20 minutes maximum. La kinésithérapie proposée
est alors assimilée à une thérapeutique « urgentiste
».
Pour réaliser
au mieux un diagnostic rapide et efficace, nous concentrons notre bilan
sur la région définie par la plainte et nous recherchons
par un questionnement l'ancienneté de cette plainte. Il nous faut
avoir à l'esprit, outre les connaissances fondamentales utiles
à la démarche, une connaissance spécifique sur les
conséquences musculo-squelettiques de ce sport mécanique.
Il
ressort d'une analyse ergonomique succincte que le pilote doit répondre
à diverses exigences :
- encaisser
les vibrations inhérentes à la conduite assurées
par la relation Homme/Machine ;
- trouver
les trajectoires optimales de course permises par le placement de la vue
permettant une anticipation posturale ;
- assurer
le fonctionnement de la moto, le frein et les gazétant à
droite, l'embrayage à gauche ;
- porter
une attention à son environnement direct par diverses informations
qu'il reçoit des commissaires de course ou du
coaching réalisé à chaque passage de la ligne d'arrivée.
De tels objectifs
vont contraindre tous les tissus biologiques, mous comme durs, superficiels
comme profonds entraînant des astreintes à la fois mécaniques
et physiologiques ; il est donc logique de retrouver une symptomatologie
algique mixte.
De plus, les
membres inférieurs assurant principalement la liaison « Homme/Machine
» et l'équilibre lors des modifications des trajectoires, ils passent
régulièrement d'un travail statique à un travail
dynamique de faible intensité limitant les phénomènes
de compression vasculaire. Ce qui n'est pas le cas des membres supérieurs
qui doivent gérer la direction de la moto ainsi que les variations
de vitesse et de rapports. Le travail est alors quasi isométrique
orchestré par les mains en force, supplées fortement par
les avant-bras. Les racines et la ceinture scapulaire assurent le bon
placement des scapula, garantissant un fonctionnement optimum des mains.
Il n'est donc pasétonnant de recenser les plaintes des pilotes
en majorité aux membres supérieurs et que ces derniers les
décrivent à partir des avant-bras ou des épaules.
Enfin, le
rachis se trouvent devoir répondre à des exigences posturales
très dynamisantes pour placer la vue fovéale de précision
et contrôler en permanence l'équilibre «Homme/Machine ».
Le rachis cervical joue alors son rôle de troisième membre
supérieur, le déchargeant d'autant de son rôle de
tuteur axial. Il en résulte une majoration des astreintes posturales
du rachis thoraco-lombaire. Cette simple analyse justifie la plainte des
pilotes, principalement au rachis cervical.
Le bilan kinésithérapique
régional complète les plaintes des pilotes, la mini-enquête
basée sur les antécédents et l'analyse courte ergonomique
afin de poser un diagnostic et de proposer une démarche thérapeutique
adaptée. Nous avons surtout observé des tensions musculo-aponévrotiques
passives organisées en torsion ou actives de type hypertonique
en course interne.
L'organisation
des tensions passives intéressent surtout le rachis thoraco-lombaire,
les tensions actives, le rachis cervical bas. Concernant l'ensemble des
membres supérieurs et le rachis cervical haut, nousétions
en présence de tensions mixtes, à la fois actives et passives.
Les moyens
utilisés sont des techniques de massage en détorsion sur
les tissus musculaires et de fascia. Elles peuvent être complétées
par des techniques de « contracté/relâché » selon
les modalités décrites par Monsieur Péninou et exceptionnellement
au niveau du rachis thoraco-lombaire par des techniques de mobilisations
spécifiques.
Les principes
sont guidés par les antécédents, par la distance
séparant la séance de la course afin de ne pas provoquer
de trop grands déséquilibres proprioceptifs et par la réaction
immédiate, localement des tissus et globalement du pilote, lors
de la réalisation du traitement.
Il semble
donc qu'il ne soit pas conseillé d'avoir une action préventive
si aucune plainte n'est formulée avant la course car le travail
d'étirement entraîne une modification de perception pouvant
être préjudiciable à la performance et à
la sécurité, en course, du pilote.
Les techniques
pré-décrites n'amènent aucune amélioration
lors d'un syndrome aigu canalaire de l'avant-bras ; il semble donc qu'il
vaut mieux demander au pilote d'aller se relaxer, prendre une douche et
de revenir plus tard pour pratiquer le traitement.
|
||
|
En
conclusion,
|
||
|
Arnosgilles CHEMOUL Kinésithérapeute et Ergonome EFOM / PARIS Philippe
OLER Kinésithérapeute
de la Fédération Française de Motocyclisme / PARIS
|
[ sommaire ]