La formation en kinésithérapie :
Entre cercles de réflexion et réseaux d’entraide
Vers une démarche qualité.
 





Alors que se projette une nouvelle loi sur la formation continue dont nous ne connaîtrons probablement pas le contenu avant les prochaines élections, alors que le MEDEF et son bouillonnant Président essaye de faire passer en force des mesures médiatiques d’autres travaillent en coulisse sur la validation des acquis et la formation continue. La kinésithérapie n’est pas en reste dans ce travail de fond. Jean-Pierre ZANA, Secrétaire général de la Fédération Française des Organismes de Formation Continue en Masso-Kinésithérapie, et Jean-Charles NARCY Directeur de l’IFMK de BERCK font écho ici des démarches entreprises par la Fédération Française des Organismes de Formation Continue (FFOFC) pour revaloriser la formation professionnelle des paramédicaux habitués à nos colonnes. FMT toujours soucieux d’informer ses lecteurs de tout ce qui fait progresser la pratique professionnelle des kinésithérapeutes livre ce texte à votre réflexion.




La formation continue dans notre profession n’est ni pire ni meilleure qu’une autre mais il est apparu nécessaire aux adhérents de notre fédération de réfléchir à un rafraîchissement de ses pratiques. Traditionnellement, les M.C.M.K. con- stituaient le noyau principal des formateurs mais, ils n’en n’avaient pas l’exclusivité et d’autres confrères peut-être moins armés assuraient des formations d’une excellente qualité. La formation cadre s’est comme on le sait profondément modifiée, elle s’adresse maintenant à l’ensemble des professions paramédicales qui se retrouvent sur les mêmes bancs pour bénéficier d’une formation orientée presque exclusivement vers l’administration et la pédagogie.
A travers les mémoires auxquels nous avons eu l’occasion de participer, nous avons constaté que les thèmes choisis pour ces travaux, d’un commun accord entre les directeurs de mémoire et les impétrants relevaient le plus souvent d’une démarche purement intellectuelle exprimée dans un langage maîtrisé des seuls initiés ce qui, chers confrères, vous exclut de ces réflexions. En bref, ces mémoires qui ont coûté un temps considérable à leurs auteurs ne trouveront probablement jamais d’échos dans le public kinésithérapique car ils relèvent principalement de compétences en sciences de l’éducation dont la complexité peut nuire à la mise en pratique.





Dans ce contexte, et celui d’une impérieuse nécessité de développer des formations de qualité selon des critères définis et reconnus notre fédération s’est intéressé à la revalorisation du statut de formateur. Deux types de contacts ont été engagés :

- Les premiers avec l’Association Française de Normalisation (AFNOR) qui propose des cahiers des charges à des organismes de formation désireux de s’engager dans une démarche qualité afin d’obtenir un agrément français ou européen. Il ressort de ce premier contact que les organismes de formation continue en kinésithérapie, le plus souvent associatifs, n’ont pas les moyens financiers de s’engager dans de telles démarches coûteuses en temps de conception et en moyens humains. De plus, même dans l’hypothèse d’une certification de l’organisme, les clients que vous êtes n’auraient pas nécessairement l’assurance de la qualité de l‘intervenant.

- Les seconds contacts concernent la Chambre Syndicale des Formateurs Consultants (CSFC). Dans un premier temps sa présidente, Madame Daniele ROLLAND, est venue présenter son organisme et ses travaux au cours de nos assises nationales d’octobre 2000 puis, avec Jean-Charles NARCY, nous avons rencontré les principaux dirigeants de cette organisme afin de mieux comprendre leur démarche et de mieux cerner le titre officiel de»Formateur» ou de «Formateur Consultant Inscrit au Registre Professionnel» qu’ils ont mis en place. Ce titre est en cours d’homologation et tout professionnel de la formation inscrit au registre autorise la commission qui statue sur les titres à diffuser son nom auprès de 5 ministères dont celui de l’intérieur, des finances, du travail et de l’emploi.

A l’issue de cet entretien, il nous a semblé qu’il y avait peut-être là un moyen simple pour nos organismes de formation continue d’initier une démarche qualité afin d’offrir à leurs clients une première assurance quant aux compétences pédagogiques des formateurs.

La CSFC propose à tout formateur libéral, indépendant ou salarié de présenter un dossier de validation de ses acquis et de ses compétences. Ce dossier porte sur l’évolution de carrière du candidat, les réalisations en matière de formation tant en ce qui concerne l’élaboration de plans de formation, les programmes, la réalisation, le suivi et l’évaluation de ceux-ci. La commission chargée d’analyser ces dossiers à la lumière des documents demandés enregistrera officiellement le formateur qui pourra alors prétendre au titre de «Formateur Inscrit au Registre Professionnel» ou de «Formateur Consultant Inscrit au Registre Professionnel». Le second titre est représente plus une compétence d’expertise basée sur l’ancienneté de la pratique et surtout sur la capacité à mener toutes les étapes de l’organisation de formations.

Le coût pour un formateur d’un tel enregistrement est inférieur à 500 Francs, il n’impose pas l’adhésion à la Chambre Syndicale. Toutefois cette dernière propose régulièrement des rencontres entre professionnels, une université d’été, des sessions de formations sur des thèmes d’approfondissement de compétences en matière de méthodologie pédagogiques qui reteindront sûrement l’attention de tout ceux qui souhaitent améliorer leur savoir-faire.

Il nous apparaît indispensable que tout confrère qui souhaite développer des formations en kinésithérapie puisse attester auprès de ses clients de sa qualité de formateur et que chaque organisme de formation puisse assurer de la qualité pédagogique de ses enseignements. Notre compétence à transmettre un savoir étant ainsi reconnue, nous pourrions nous engager plus avant sur le terrain de la validation des techniques que nous enseignons.

En effet, il devient urgent, face à la difficulté d’évaluer scientifiquement nos pratiques, que nous nous engagions sur la voie d’une recherche clinique adaptée à la spécificité de notre métier. Certes l’AFREK existe. Avec très peu de moyens, elle tente quelques percées dans le monde clos de la recherche.

Vers quel type de recherche faudrait-il se tourner ?

Pour répondre à cette question, il faudrait déjà interroger les quelques kinésithérapeutes qui en ont mené dans le cadre de leur cursus de professionnalisation. Il faudrait aussi s’enrichir de l’expérience d’autres chercheurs en sciences cognitives, sociales, ou en psychologie. Peut-être conviendrait-il de s’orienter d’abord sur le « quoi faire » et le « pourquoi faire » plutôt que sur le « comment faire ». Rendre le vocabulaire et les principes accessibles à tous dans une véritable stratégie de communication horizontale, interactive pour renforcer les liens entre professionnels. Pour abattre les dogmes qui président souvent aux destinées de notre profession et s’engager vers la voie d’une modernisation de nos pratiques il nous faut apprendre à comprendre, partager et communiquer sur nos pratiques sans à priori.

A l’heure de l’ANAES, des accréditations [1] et autres évaluations de soins, des conférences de consensus, à l’heure où l’ostéopathie voudrait se substituer à la kinésithérapie alors qu’elle n’en est qu’un des outils tout comme autrefois l’ergothérapie et la psychomotricité créons des groupes de travail ouverts à tous ceux qui souhaitent que la kinésithérapie s‘engage dans la troisième millénaire la tête haute.

JeanPierre ZANA jp_zan@yahoo.com
Jean-Charles NARCY jcnarcy@nordnet.fr

[1] Accréditation : Procédure par laquelle un organisme faisant autorité reconnaît formellement qu’un organisme ou un individu est compétent pour effectuer des tâches spécifiques.