REFLEXION SUR
LA FORMATION CONTINUE



A la fin de mes trois années d’école, je considère le Patient comme un genou, un rachis, …, une sommation articulaire. Cette perception ne me satisfait guère. Je me dirige alors vers la formation continue dans l’objectif initial d’affiner mes moyens thérapeutiques, cliniques et d’évaluation. Je m’inscris dans divers séminaires. Ils m’apportent des fondations de connaissances fondamentales et une technologie plus fine, plus précise. J’en remercie ici tous les formateurs qui m’ont permis au fil du temps de développer mes qualités techniques professionnelles.



Mon choix se porte, ensuite, sur une formation d’ergonomie. Je n’entrevois plus le Patient comme un « râleur » se présentant à mon cabinet. Il est une « entité biologique » qui possède un environnement en action autour de lui. Envisager une approche locale ne peut plus être conforme à cette nouvelle perception. Une démarche holistique s’impose !
Je peux me redonner une aisance professionnelle. Je permets au Patient d’avoir des repères dans son environnement et je m’autorise le droit de le percevoir dans sa globalité.

Une fois cette aisance digérée, une « nouvelle faim » me tenaille m’amenant à devenir moniteur cadre / cadre de santé. De tous les choix effectués, c’est celui qui m’a fait le plus grandir.
Je deviens formateur et peux réaliser un travail de synthèse des diverses formations entreprises. Cette réflexion me permet, toujours aujourd’hui, de reconsidérer, sans contrainte, ma pratique professionnelle et de combler, en douceur, l’espace qu’apporte chaque nouvelle découverte.
Le Patient n’est plus cette simple « entité biologique » mais un Etre Humain complexe où s’articulent des moyens de défense neurophysiques, neurophysiologiques, neuromentaux, neuropsychiques voire « neurospirituels ».
Quelle souffrance de constater que ce « râleur » a de multiples raisons de râler et que toutes ces étiologies n’entrent pas, en totalité, dans mon champ de compétence !

A partir de ce constat, je prends conscience qu’il m’est impossible d’obtenir des résultats si le Patient n’est pas en mesure de les accepter. Ne concevant, jusqu’à lors, la kinésithérapie qu’au travers de la biomécanique, le principe de base « à toute action entraîne une réaction » prend une dimension toute nouvelle; la réaction appartient aux Patients. Le seul véritable thérapeute est le Patient qui a besoin de mes compétences pour se traiter. Je comprends tout le sens des propos de Boris Dolto lorsqu’il assimilait le thérapeute à un guide. Ma profession n’est plus un simple outil thérapeutique, elle devient un Art.


Aujourd’hui, je suis praticien, formateur, ergonome et je suis en DEA de biomécanique dans l’objectif d’être un praticien à l’interface scientifique / thérapeutique.

Faut-il avoir un cursus aussi long pour pratiquer en toute sécurité, avec compétence et assurance ?

Ne peut-on pas concevoir une formation où l’apprenant bénéficierait de ma réflexion, mes recherches ?

La formation continue, ne doit-elle pas apporter à tous les professionnels qui le souhaitent la possibilité d’être scientifiques et praticiens ?

Le Patient, n’est-il pas un puits de science et le thérapeute, une expérience utile aux autres ?

L’échange, n’est-il pas formateur ?


Pendant la formation de base, trois années durant, l’enseignement dont je suis l’un des acteurs et l’un des metteurs en scène, raconte l’histoire d’une profession qui est sous la tutelle acharnée du monde médical. Elle est à la recherche de ses lettres de noblesse, la prescription faisant foi pour assurer une pratique en toute quiétude.
Dès lors, l’ossature de l’enseignement ne peut trouver son existence qu’en reproduisant un mode conforme à la profession mère. Il est alors très difficile d’obtenir une identité propre, susceptible de permettre aux professionnels de s’exprimer clairement.

Avec ce patrimoine, le débutant découvre rapidement les limites de ses compétences et s’ouvrent à lui, dans la majorité des cas, deux possibilités :
- Décider de rester dans cet état en reproduisant les protocoles automatiques appris en école de base ou issus des réflexions médicales et chirurgicales ;
- Démarcher auprès des organismes de formation continue proposant des titres divers comme thérapie manuelle, ostéopathie, étiopathie, kinésiologie …

Un tel mal-être professionnel est forcément la porte ouverte à l’escroquerie intellectuelle, même de bonne foi, qui est présent aujourd’hui dans NOTRE monde de formation. Les organismes de formation reproduisent les mêmes procédures pédagogiques que la formation initiale. Le constat est alors :
- Soit l’isolement d’un certain nom- bre de praticiens qui ne trouvent pas ce qu’ils cherchent ;
- Soit un renforcement de leur mai- gre assurance acquise en formation initiale où le formateur pense pour lui. Il repart avec une nouvelle recette, enrichie de moyens plus précis, travaillés mais sans réelle réflexion et échange sur leur place dans l’arsenal thérapeutique.

L’évolution de la formation continue doit tendre vers la perception et la mise en pratique de notre Art. En conséquence, les connaissances fondamentales, la technologie de base et la synthèse théorique et pratique de ces deux chapitres doivent être les objectifs à atteindre lors des trois premières année de formation ; dans ce registre, la formation continue doit être le support des remises à niveaux en intégrant et transmettant les nouvelles connaissances aux professionnels déjà formés. Elle est alors libre d’inventer l’approche du Patient sous un angle différent, l’intégrant comme l’acteur principal de la relation thérapeutique. Le projet thérapeutique prend toute sa dimension. Le protocole n’est plus la règle.
Dans cette démarche, je vous soumets la charpente d’un projet de formation qui devra faire la synthèse :
1/ Des connaissances fondamentales scientifiques et pathologiques ;
2/ Des moyens d’évaluation et leurs applications techniques ;
3/ Des moyens thérapeutiques et leurs applications techniques hié- rarchisées ;

La dernière partie de cette formation doit être la mise en pratique de notre Art en fonction des sensibilités de chacun, Thérapeutes et Patients.

Le diagnostic médical est très important mais il ne doit pas occulter la présence du patient et masquer notre place dans le champ de la santé.
Cette dernière partie a pour objectif de créer un véritable champ de compétence nous positionnant en acteur autonome à l’interface Patient / Médecin.
Nous pouvons l’aborder par pathologies, tant cette démarche est ancrée dans notre culture. Différents thèmes sont facilement identifiables mais la difficulté réside dans la nécessité de les relier aux Patients, soit en pratique réelle, soit en échange inter-praticiens. Cette partie ne peut être qu’interactive à partir de l’expérience pratique et des qualités de l’outil main de chaque professionnel. Le formateur doit pouvoir s’adapter en permanence aux difficultés rencontrées par l’apprenant. Sa tâche n’est plus exclusivement dans la préparation et la transmission de la connaissance mais dans sa capacité d’adaptation lors du déroulement de la formation.

En conclusion, je m’interroge si cette charpente correspond aux attentes des professionnels ?
Pour cela, vous pouvez m’adresser votre avis au journal ou, par Email à gilles.chemoul@hybride.fr
La méthodologie pédagogique doit se distinguer de celle adoptée en formation initiale. Le Patient ne peut plus être laissé à l’écart, il doit être l’acteur principal. Elle impose une position d’expert du formateur. La technique doit être validée par des recherches cliniques prenant en compte les interrelations « Patient / Technique / Thérapeute » comme l’évoquait Gérard Pierron lors d’une dernière rencontre.
CHEMOUL Gilles gilles.chemoul@hybride.fr