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L’insécurité en
France :
une réalité qui ne cesse de progresser
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Par Sebastian ROCHÉ
– Sociologue –
Chercheur au CNRS
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En une trentaine
d’années, le risque d’être cambriolé a considérablement augmenté,
il a été multiplié par plus de deux. Le sentiment d’insécurité
a cru proportionnellement.
Une attention insuffisante a été portée à l’accessibilité
des domiciles. Ils sont très rarement bien protégés, et les
préférences des particuliers vont à des dispositifs qui n’empêchent
pas l’accès. Ceci est troublant, car les particuliers ont
bien saisi que c’est l’accès qui conditionne le cambriolage.
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1 — Élévation du risque, élévation
de la peur
D’après les statistiques de police et de gendarmerie, nous avons
observé une explosion du nombre de cambriolages entre 1972 et
1982. Depuis lors, si l’on excepte la pointe du début des années
quatre-vingts, le nombre se maintient sur un “ haut plateau
” à un niveau qui est le plus élevé enregistré (graphique n°1).
Cette fréquence des cambriolages situe la France à un niveau
supérieur à la moyenne des pays occidentaux d’après les meilleurs
chiffres disponibles pour effectuer une comparaison (International
Crime Victimization Survey, 1996). Ces enquêtes, en raison de
leur coût, ne sont pas réalisées tous les ans, mais tous les
cinq ans environ, ce qui explique l’âge des informations. |
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| Evolution du nombre de cambriolages
de résidences principales et secondaires en France de
1972 à 1998 (statistique de police et gendarmerie) |
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| L’augmentation des cambriolages s’est accompagnée
d’une élévation sensible du sentiment d’insécurité. La peur
du cambriolage a ainsi été multipliée par 1,5 entre 1977 et
1985 comme on le voit au graphique n°3 (1985 est date de la
dernière formulation comparable de la question de sondage).
Mais, l’essentiel de la poussée des cambriolages ayant été réalisé
à ce moment, ces chiffres nous permettent de saisir l’élévation
de l’inquiétude au moment où elle se réalise. Dans les enquêtes
européennes déjà citées (ICVS), on note une très bonne proportionnalité
entre la crainte d’être cambriolé et les taux moyens de cambriolage
dans les pays de l’Union. Les particuliers ont une bonne évaluation
moyenne des risques qu’ils encourent. |
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2
— Cambriolage et vulnérabilité
Comment comprendre la fréquence élevée des cambriolages ? Deux
facteurs se combinent : l’attractivité et la vulnérabilité.
L’attractivité d’abord. Les domiciles ont été remplis par les
propriétaires de biens de consommation, essentiellement ce qu’on
appelle des biens produits en masse comme la hi-fi, la vidéo,
les ordinateurs, la photo, le mobilier également. Ceci est le
produit de l’enrichissement de la société, et surtout de la
grande masse des ménages qui appartiennent aux couches moyennes.Ces
biens que recèlent les domiciles ont de nombreux avantages :
ils sont désirés par tous (et donc faciles à revendre le cas
échéant), ils sont anonymes (quoi de plus ressemblant à une
TV qu’une autre TV), et ils ont un coût modeste ou moyen (et
à nouveau facile à revendre). La vulnérabilité est le second
facteur qui explique le cambriolage. En effet, des biens peuvent
faire envie sans qu’on puisse pour autant se les approprier.
Mais, dans le cas des domiciles, il faut bien constater que
les freins au vol sont bien minces. En quoi consiste la vulnérabilité
? D’abord dans une transformation des liens locaux. Dans la
société villageoise, ou même dans les villages urbains des années
soixante, les habitants sont les gardiens mutuels. Tout le monde
se connaît, ou peu s’en faut. Il est toujours possible de cambrioler,
mais c’est assez compliqué car on prend des risques. Quand la
société urbaine devient plus anonyme parce que les gens circulent
en permanence (du domicile au travail, au supermarché…), la
veille mutuelle disparaît ou simplement s’affaisse ou devient
inefficace. Les obstacles au cambriolage sont alors amoindris.
Et, il ne reste guère que le deuxième rempart pour entraver
le vol : la sécurisation des accès. Devant la prolifération
des atteintes à l’automobile, et l’inefficacité des alarmes,
on s’est mis à équiper d’origine les véhicules contre le vol
avec des serrures qui ralentissent l’intrusion et un système
d’anti-démarrage qui empêche ou tout ou moins rend beaucoup
plus compliqué de prendre le large. Mais, cela ne date que de
quelques années. Les domiciles n’ont pas bénéficié des mêmes
améliorations, même si les taux d’équipements en serrures et
alarmes progressent. Les habitations constituent en conséquence
des cibles attractives et vulnérables.
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| Les taux annuels de ménages cambriolés
d’après l’ICVS en 1996 pour quelques pays et l’ensemble
des pays. |
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| Pourcentage de personnes
qui déclarent : “le cambriolage est un problème grave
dans le quartier” (Source : Credoc). |
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| Les cambriolages en France en 1999
(source : Patrick Peretti-Wattel, L’enquête de victimation
IHESI-INSEE, février 2000, Paris, IHESI, page 30) |
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Or, la vulnérabilité est un des moteurs essentiels
du comportement délinquant. Pourquoi ? Parce que les motivations
sont d’autant plus fréquentes que le délinquant anticipe sa
réussite. Ce qui motive l’acte, c’est la facilité de réalisation.
Les Français s’en doutent bien : lorsqu’on leur demande de décrire
les situations dans lesquelles vous pouvez vous trouver dans
votre vie quotidienne et de dire s’ils éprouvent de l’inquiétude,
ils citent le plus souvent “ Vous laissez votre maison ou votre
appartement pour quelques heures ” (sondage Sofres-Observatoire
de la Sécurité ASSA ABLOY 2001).
Je disais que ce qui motive l’acte, c’est la facilité de réalisation.
Or, cette facilité dépend aujourd’hui des accès, de l’accessibilité
des cibles comme nous disons en criminologie. Et les cambrioleurs
s’en doutent aussi. À partir d’une enquête sur les victimes
(portant sur 5 500 ménages représentant 10 600 personnes) on
peut par exemple montrer que, dans notre pays, les cambriolages
de résidences principales se produisent le plus souvent lorsque
les personnes sont en vacances. Au total, la moitié des cambriolages
a lieu pendant 4 mois (février, juillet, août et décem- bre).
Inversement, les cambriolages de résidences secondaires ont
lieu lors des mois creux de mars, juin et novembre (Peretti-Wattel,
2000 – cf graphique 4). |
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Contact presse : Florence Donné
Thomas Marko & Associés
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