Articulations temporo-mandibulaires
et kinésithérapie
Vilma BOURATROFF : Kinésithérapeute, Cadre de Santé.
Cristina DE SANTANA : Orthodontiste, Orthopédie Faciale
La kinésithérapie repousse depuis toujours les frontières de ces domaines de compétences grâce à la volonté des praticiens qui composent cette profession d’améliorer leur savoir et leur savoir-faire. L’article qui est proposé ci-dessous en est un exemple. La rencontre de deux compétences a permis l’élaboration de techniques au service de patients/clients pour lesquels nul n’aurait pensé intervenir il y a encore quelques années. De la même manière, avec Gilles Chemoul, j’ai impulsé la création de groupes de réfléxions et de travail sur les relations au sens large entre la kinésithérapie et l’ostéopâthie. Leur objectif est de rechercher les complémentarités, les oppositions entre ces deux pratiques décriées par certains, adulées par les autres, qui secondairement devrait conduire à la création de formations communes qui vous seront proposées sur le prochain Salon Mondial de la Rééducation. (5-6-7 octobre 2001 au Parc Floral de Paris).

Jean-pierre ZANA
 
Les articulations temporo-mandibulaires (ATMs), sont la clé de voûte de notre système cranio-oro-facial. L’équilibre des ATMs dépend de la croissance et du développement des bases osseuses et du système neuro-musculaire. Il s’organise en fonction de la normalité des fonctions oro-faciais: respiration nasale, ammamentation, déglutition, phonation, mastication (bilatérale) et posture.

Pour DELAIRE, le squelette cranio-facial est constamment le reflet des influences fonctionnelles des composants viscéraux et musculaires. Il affirme être possible de construire une analyse physiologique cranio-facial basée sur des proportions individuelles et pas seulement sur des moyennes statistiques.

Du point de vue postural, la relation d’horizontalité et de parallèlisme des plans optiques, auriculo-nasal et oclusal déterminent l’équilibre de la tête sur la colonne cervicale. Les études de ROCABADO mettent en évidence que la posture anormale de la tête altère les relations biomécaniques cranio-cervicales et cranio-mandibulaires.

L’hyperactivité des muscles cervicaux postérieurs détermine l’extension de la tête et un mouvement antérieur de la ceinture scapulaire par l’effort du sujet à maintenir l’horizontalité des plans optiques et bipupilaires. Cette position altère la position de repos mandibulaire et linguale qui engendre des tensions des régions supra et infra hyoideas et modifie les contacts occlusaux avec une zone de contact plus importante au niveau de la dernière molaire.

Déjà, l’inclinaison latérale de la tête altère de la même façon les contacts occlusaux qui vont varier en fonction des compensations rotationnelles de la tête (du même côté ou du côté opposé à l’inclinaison). Les altérations posturales peuvent être cliniquement observées à travers des signes et des symptômes tels que céphalées, douleurs faciales, perte de la mobilité et douleurs temporo-mandibulaires, modifications de la position de repos occlusal, malocclusions, serrement dentaire, difficulté de la déglutition, modification de la lordose physiologique cervicale et de la morphologie faciale.
Les ATMs comme toutes les autres articulations de notre corps sont exposées aux pathologies. FERRER affirme que dans la pathologie de l’ATMs le concept d’éthiologie multifactorielle est présent dans la majorité des cas cliniques et que la surcharge articulaire par hyperactivité musculaire et instabilité occlusale est le facteur le plus significatif.

Cependant, celle-ci ne va s’exprimer qu’en fonction du niveau de tolérance physiologique de chaque individu, ce qui peut engendrer des adaptations ou des dysfonctions.
L’étude clinique et céphalométrique des patients porteurs de malocclusions dento-maxillo-faciales et des patients symptômatiques avec diagnostique de disfonction des ATMs mette en évidence que la relation biomécanique cranio-mandibulaire, cervical, région hyoidea, et voies aériennes fonctionnent comme une unité fonctionnelle indivisible. Les résultats de notre étude montrent une altération de la courbure cervicale pour 80% des patients ( soit, 53% avec diminution de lordose physiologique, 17% avec une invertion de courbure et 10% avec une hyperlordose cervicale), ainsi qu’une altération de la posture de la tête au moins sur une des variables étudiées (relation angulaire cranio-cervicale, projection antérieure de la tête, espace fonctionnel occipto-atlas, position de l’os hyoide).

La relation entre ces éléments peut-être modifiée par des appareils orthodontiques et orthopédiques adaptés par les orthodontistes et aussi par des techniques de rééducation réalisées par le kinésithérapeute ayant acquis les compétences spécifiques. Dans ce cas, le kinésithérapeute conjointement à l’orthodontiste participe de façon interactive à différents niveaux de la prise en charge du patient (évaluation, diagnostic, traitement et prévention). L’approche thérapeutique pluridisciplinaire afin de normaliser ces relations doit agir de façon coordonnée et concertée.


DELAIRE J ; S.A. et all : An architectural and structural craniofacial analyse : a new lateral cephalometric analyse. Rev. Oral Sugery, Oral Pathology, vol.52, p.226/238, 1981.

FERRER J.L ; ATMs et occlusion. Rev. Oclusion y Rehabilitacion, 1989.

ROCABADO M ; Analisis biomecanico craneo cervical a traves de una teleradiografia lateral. Rev. Chil. de Ortodoncia, 1984. Radiographic study of de craniocervical relation in patients under orthodontic treatement and the incidence with related symptoms. Journal of Craniomandibular Practice, 1987, vol. 5, n° 1.


Pour en savoir plus jp_zan@yahoo.com

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