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DE LA RECHERCHE CLINIQUE :
A TRAVERS L’EXPERIENCE DE LA KINESITHERAPIE DU VENTRE
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G.Péninou
nous fait part dans cet article d’une démarche kinésithérapique
telle que l’on souhaiterait en voir se développer beaucoup
plus. Tout commence par des questions et tout ne finit
pas tant que les informations recueillies et les réponses
obtenues ne trouvent pas d’application dans la pratique
quotidienne. Présenté lors des 2ème assise de la formation
continue il développe cette technique kinésithérapique
dans de nombreux séminaires organisés par l’EFOM.
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1 - Introduction
:
La kinésithérapie est le traitement fonctionnel des désordres
de l’appareil locomoteur. Les patients se plaignent souvent
du rachis lors de leur consultation chez le kinésithérapeute.
Les traitements ne donnent pas toujours les résultats escomptés,
un nombre non négligeable de malades sont alors appelés des
« chroniques ». Ce terme est suffisamment vague pour illustrer
le désarroi du thérapeute. Ce sont ces situations d’échec
qui ont amené un groupe de kinésithérapeutes à se poser des
interrogations sur la qualité du bilan. Une zone n’est pas
habituellement abordée ; c’est celle de la région en avant
de la colonne vertébrale lombaire. Y aurait-il une relation
entre les troubles fonctionnels abdominaux et les algies vertébrales
?
2 - Le constat clinique :
En même temps que leurs plaintes vertébrales, les patients
interrogés se plaignent d’autres troubles fonctionnels intermittents
mais suffisamment fréquents pour que l’on s’y intéresse.
C’est ainsi que l’on apprend que les patients peuvent présenter
des troubles mictionnels, des troubles digestifs et-ou des
troubles circulatoires.
L’analyse montre que tous ces symptômes ont une suite de signes
cliniques pauvres.
-Les algies vertébrales ne sont pas accom pagnées de beaucoup
d’hypertonies, les raideurs sont également peu importantes,
l’état général du sujet semble inconstant, et les douleurs
sont instables.
-Les troubles mictionnels se manifestent par des envies parfois
« impérieuses » sans que cela corresponde à des quantités
liquidiennes en rapport, elles sont parfois insignifiantes.
Ces patients indiquent également qu’ils sont épisodiquement
victimes d’infections urinaires.
-La circulation de retour perturbée est intermittente et les
patients ne l’indiquent pas spontanément mais, lors de l’interrogatoire,
ils parlent « des jambes lourdes », la palpation montre un
comblement liquidien interstitiel, ceci s’accompagne d’une
petite raideur aux mouvements articulaires des membres inférieurs.
-La stase digestive n’est pas directement indiquée, pourtant
le patient annonce des constipations intermittentes, la palpation
montre des spasmes viscéraux que le sujet ne perçoit pas,
mais en même temps il n’y a pas de plaintes d’algies abdominales.
Tous ces signes variés rencontrent cependant quelques constantes
cliniques :
-Les sujets ont une difficulté à rentrer acti vement le ventre,
ce qui signe une hypotonie des muscles de la paroi abdominale.
-La palpation rencontre une résistance qui signe des spasmes
viscéraux commandés par le système nerveux neurovégétatif.
-La demande de mobilité, dirigée par un contact digital du
thérapeute, montre l’impossibilité pour les sujets à mobiliser
activement les étages lombaires bas.
-Les douleurs lombaires sont diffuses mais pour certains,
très localisés à la région L5-S1 et décrites par les patients
comme étant « en barre ».
- Le sexe féminin est dominant pour l’en semble de ces symptômes.
3 - Les interrogations vers les spécialistes :
Ces différents constats nous ont amenés à établir un certain
nombre de questions qui ont été adressées à différents spécialistes.
Les anatomistes :
Quels sont les systèmes de maintien des différentes masses
viscérales ?
Les réponses ont montré qu’il existait une certaine pauvreté
dans les fixités et que chaque organe entraînait une réponse
différente.
Les bio mécaniciens :
Quels sont les efforts mécaniques induits par les changements
posturaux, les changements des volumes organiques, les changements
de placements organiques ?
Les réponses ont montré la complexité des interactions et
les liens mécaniques entre les différents organes.
Les physiologistes :
Les compressions mécaniques agissent-elles sur la fonction
organique ?
Dans l’ensemble la réponse est non ou indirecte.
Comment se manifestent les perceptions de souffrance d’un
organe ?
Les réponses sont qu’il n’existe pas de mécano-récepteurs
dans la région abdominale, par conséquent les sujets n’ont
pas corticalement conscience des désordres. Ce sont les parois
du caisson abdominal qui donnent les informations de souffrance
et donc de façon imprécise.
Par quel mécanisme la paroi abdominale se détend-elle spontanément
?
Ce sont les barorécepteurs et-ou les chémorécepteurs qui sont
les lieux d’informations, le mécanisme est alors une boucle
réflexe complexe.
Les gynécologues :
Les variables de position des organes gynécologiques influencent-elles
leur fonctionnement ?
La réponse est non, quoique certains aient des réserves.
Les obstétriciens :
Quels sont les désordres positionnels et fonctionnels liés
à la parturition ?
Dans les cas difficiles la palette des réponses est très variée,
mais la connaissance des désordres « au long cours » est assez
peu connue.
Les angiologues :
Y-a-t-il des zones de compression de la circulation de retour
des membres inférieurs ?
La région du bassin, chez la femme, se révèle être une région
sensible aux compressions, ce qui peut favoriser les hyperpressions
veineuses.
Les néphrologues :
Après un drainage, comment le rein absorbe-il le complément
de masse liquidienne circulante ?
La meilleure connaissance de ces mécanismes nous a permis
de mieux comprendre la clinique de nos patients.
Les gastro-entérologues :
Les troubles digestifs accompagnent-ils les troubles de fonction
locomotrice ?
le phénomène est souvent observé et le mécanisme différemment
expliqué.
Les chirurgiens :
Les réactions cicatricielles ont-elles des effets sur la fabrication
des brides fibreuses ?
Il semble que l’oxygène soit le facteur favorisant, ce qui
expliquerait, au moins en partie, les nombreuses brides perçues
à la palpation.
4 - Les hypothèses
:
De ces différents contacts un certain nombre d’hypothèses
se sont imposées, elles ont permis de déterminer des axes
de vérifications et également de préconiser des techniques
correspondantes à chacune d’elles.
1) Les spasmes viscéraux et les dysfonctions organiques peuvent
être inhibiteurs du tonus des muscles de la paroi abdominale.
2) La posture fléchie entraîne une compression passive des
organes contenus dans l’abdomen.
3) Les ptoses viscérales sont compressives
4) Les malpositions (notamment utérines) modifient et perturbent
la mécanique rachidienne.
5) Les culs-de-sac peuvent se collaber (notamment les péri-utérins).
5 - Les vérifications
:
Pour assurer la pérennité des hypothèses un certain nombre
de démarches de vérifications sont engagées, certaines ont
déjà donné lieu à des communications, d’autres sont en cours
et dureront probablement plusieurs années avant d’être communiquées.
Les axes de ces recherches concernent :
Des recherches cliniques concernant la relation entre la posture
notamment asthénique et les compressions, et d’autre part
les ptoses et les compressions.
Des recherches expérimentales concernent les malpositions
organiques et leur relation avec les désordres fonctionnels,
les collabements des culs-de-sac en particulier péri-utéro
et la perte de mobilité du péritoine, enfin la relation entre
les spasmes viscéraux et la détente des muscles de la paroi
abdominale.
6 – Les techniques
masso-kinésithérapeutiques :
Parallèlement aux actions de recherche de vérifications, des
techniques ont été mises au point pour permettre aux praticiens
de soulager leurs patients. Le critère de validation étant
alors le soulagement produit. C’est ainsi que des essais ont
permis de créer des techniques. Chacune de ces techniques
répond à une demande correspondant au bilan du patient. Elles
concernent essentiellement : l La détente des spasmes viscéraux,
l Les corrections posturales l Les mobilités viscérales concernant
les systèmes digestifs (intestins), rénaux, gynécologiques.
l Les mobilisations de dégagement des culs-de-sac.
7 – Conclusion
:
Claude Bernard disait que « les questions se posent au lit
du malade, mais c’est ailleurs que se déroule la recherche
». L’interrogation concernant l’hypothèse d’une relation entre
les mécanismes abdominaux et les dysfonctions locomotrices
s’est imposée en observant, de façon répétée, les patients.
La recherche s’est ensuite déroulée en trois temps ; tout
d’abord il fut nécessaire de déterminer ce qui était connu,
ce fut le rôle de la bibliographie et de l’interrogation des
spécialistes, ensuite il fut nécessaire de déterminer des
axes de vérifications à travers la longue mise en place des
hypothèses, aujourd’hui la troisième étape de vérification
est sur sa lancée et les premiers résultats semblent encourageants.
C’est vers le terrain à nouveau, que l’ensemble des réflexions
permet d’essayer des techniques, dont les effets sont encourageants.
Ces effets seront à l’avenir mieux expliqués par l’avancée
des vérifications et certainement les techniques continueront
à s’affiner en fonction de ces travaux. D’ores et déjà, il
est possible de faire profiter les patients, des avancées
de ces recherches.
Ces dernières qui continuent, nous permettront de mieux comprendre
la kinésithérapie du ventre.
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G.
Péninou Docteur en Biomécanique, Responsable du laboratoire
d’analyse du mouvement de L’EFOM
efom.consultants@efom.fr - 118bis rue de Javel, 75015 Paris
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