Recherche et Formation Continue :

Un partenariat nécessaire pour la reconnaissance des formateurs professionnels



2ème Assise Nationale de la formation continue en kinésithérapie F.F.O.F.C.M.K



FMT mag fait écho dans cette série d’articles des travaux de la Fédération Française des Organismes de Formation Continue en Masso-Kinésithérapie. Les 2ème assises de cette fédération l’ont conduite à s’interroger sur la recherche telle qu’elle pourrait se pratiquer en kinésithérapie. Un débat complexe qui semble indispensable pour la validation scientifique des pratiques kinésithérapiques.

Ces deuxièmes journées placées sous le signe d’un échange entre professionnels enseignants, formateurs, chercheurs ont été l’occasion pour les responsables d’organismes de formation de réfléchir aux orientations à prendre afin que nos enseignements, nos formations s’enrichissent de la compétence indispensable de ceux qui ont fait la démarche de s’engager dans les chemins compliqués de la recherche scientifique.

Gilles CHEMOUL, cadre de santé, kinésithérapeute libéral s’est engagé dans une formation universitaire après de nombreuses formations en kinésithérapie afin de trouver les voies de l’évaluation des pratiques qui sont les nôtres. Dans les formations qu’il anime à l’EFOM notamment, il inclut les résultats de ses travaux bibliographiques et de ses travaux de recherche. Aujourd’hui après un DEA en biomécanique, il oriente ses recherches vers la compréhension des comportements tissulaires à partir d’évaluations cliniques de la posture, des mouvements et des gestes.

Jean-Pierre SCHILTZ kinésithérapeute libéral a, grâce à sa clinique, travaillé un geste technique en D.L.M. qui « marche » dans certaines affections et dont il a voulu prouver l’efficacité par des recherches auprès des Universités de Tours et Montpellier et surtout un engagement des Diplômes Universitaires qui favorisent son intégration ou sa participation à des recherches médicales. La formation en D.L.M. qu’il développe dans son association tient compte des résultats de ses recherches.

Jean-Claude COUTANT, kinésithérapeute libéral, se spécialise par passion dans la kinésithérapie animale, surtout équine. Son parcours le conduit à la rencontre des vétérinaires en France mais aussi à l’international. Il conduit ou suit aujourd’hui des recherches grâce à des fonds privés en France et à l’étranger. Il développe également une formation en kinésithérapie équine à l’I.F.K.A. qui retient beaucoup l’attention de nos confrères.

Maryvonne GRUNBERG en présentant le logiciel Eval Kiné retrace dix ans de travail du GRECKO. Un groupe de professionnels de l’ouest, travaillant dans des centres de rééducation ou des structures hospitalières ont travaillé de concert pour mettre au point et aujourd’hui développer un outil d’évaluation de nos patients. D’abord prévu pour les centres, leur outil trouve très logiquement son extension auprès des professionnels libéraux. Il tient compte de toutes les exigences définies par l’ANAES, le PMSI, et la sécurité sociale. Ces quatre expériences différentes seront développées par leur auteur dans ce numéro de FMT ou le suivant. Les parcours de nos confrères montrent à l’évidence que nos pratiques ne pourront être validées sans de nombreux et douloureux efforts. Nous échapperons au traditionnel « ça marche » ou j’ai 80, 90, 100% de bons résultats sans autres preuves que le sourire convainquant ou le doigt pointé en avant de celui qui l’affirme. Le chantier est immense, les moyens pour y arriver extrêmement variés et complexes mais rien n’est impossible.

Pierre PORTERO
Docteur es Sciences, Professeur des Universités Cadre de santé en kinésithérapie le sait bien. Il dirige aujourd’hui plusieurs étudiants en DEA et Doctorats. Les recherches sont longues, elles nécessitent un apprentissage de méthodologies auxquelles nous ne sommes pas habitués. Les recherches qu’il a réalisées et qu’il dirige aujourd’hui s’intéressent essentiellement au muscle. Les résultats des travaux trouvent, en partie, leurs applications dans nos pratiques mais encore faut-il que nous prenions la peine de les lire. Une des premières étapes de la recherche est l’apprentissage de la lecture d’articles scientifiques et la recherche bibliographique ; deux exercices qui prennent du temps et un kinésithérapeute libéral ne le trouve pas toujours.

Gilles PENINOU Docteur en Biomécani -que, responsable du laboratoire d’analyse du mouvement de l’EFOM qui à partir de sa pratique, a cherché à conforter ses observations cliniques, ses constats en interrogeant les différents acteurs médicaux qui pouvaient répondre à ses interrogations sur le ventre. De là, il engage plusieurs équipes pour valider ses hypothèses et entrevoir des gestes techniques efficaces.

Le Docteur Christophe HABAS, nous a fait part de ses travaux de recherche sur la coordination motrice. Sujet de sa thèse pour son doctorat en sciences il nous a conduit de la neuro-anatomie à différents modèles mathématiques indiquant ainsi l’indispensable pluridisciplinarité de la recherche fondamentale. Un exposé simple sur des données complexes qui rangent une importantes partie de nos savoirs au placard et impose la plus grande prudence à tous ceux qui pensent bien connaître le corps et son organisation musculaire.

Gérard PIERRON Directeur de l’institut de formation de Bois Larris a été le modérateur de ces deuxièmes assises, lors de son intervention (cf texte publié dans ce numéro), il nous a fait part d’une méthode de recherche appliquée aux essais thérapeutiques et son adaptation à la recherche en rééducation. Le parcours professionnel de G. Pierron, son engagement dans la profession transparaissent dans son exposé et donne des orientations significatives qu’il conviendra de reprendre pour les voir se mettre en œuvre dans nos pratiques.

En conclusion de cette journée, la F.F.O.F.C.M.K. a décidé de ne pas refermer ce dossier sur la recherche en kinésithérapie. Ces assises se prolongeront par d’autres rencontres de travail. Le premier axe de travail sera de recenser tous les kinésithérapeutes qui se sont engagés dans des recherches scientifiques, cliniques, et qui voudront bien se faire connaître. Nous nous proposons d’assurer un annuaire des « chercheurs en kinésithérapie » et une bibliothèque de leurs travaux et articles. Un comité scientifique va se créer afin de gérer ces informations et voir comment dans un premier temps organiser plus largement leur diffusion auprès des kinésithérapeutes.
Un deuxième axe de travail consistera à poursuivre nos réflexions sur les pistes à suivre en matière de recherche et les moyens de la financer. Un long et intéressant chantier s’ouvre devant nous, nous espérons être accompagnés par tous ceux qui considèrent que la kinésithérapie, les thérapies manuelles ont un bel avenir devant elles à condition que les kinésithérapeutes, thérapeutes manuels retroussent leurs manches.

Les deuxième assises se sont aussi intéressés à la professionnalisation des formateurs. Ce dossier ouvert dès les premières assises avance prudemment. Le titre de formateur Consultant inscrit au registre professionnel reste une piste intéressante mais qui ne concernera que très peu de formateurs puisque l’essentiel d’entre eux sont praticiens d’abord et formateurs occasionnellement. La F.F.O.F.C.M.K. a décidé de suivre d’autres pistes et de mettre en œuvre un module de formation de formateurs qui sera élaboré par une équipe d’enseignants de praticiens et de chercheurs dont l’expertise en kinésithérapie et en formation est en général reconnue.
Jean-Pierre ZANA, M.C.M.K.,EFOM Paris, Secrétaire général de la F.F.O.F.C.M.K. coordinateur de cette journée
jp_zan@yahoo.fr