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Méthodologie
des essais thérapeutiques
et application aux thérapeutiques de rééducation
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Gérard
Pierron Directeur de l’Institut de Formation Bois
Larris
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Les
2 ème assises nationales de la formation continue en
kinésithérapie ont été l’occasion d’échanges entre professionnels
sur les thèmes de la professionnalisation des formateurs
et les orientations que devait prendre la recherche
en kinésithérapie. Gérard Pierron nous présente ici
ses réflexions sur la méthodologie des essais thérapeutiques
et son application à nos pratiques kinésithérapiques.
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1 Méthodologie
des essais thérapeutiques
La méthodologie, de l’élaboration chimique d’un médicament
à son utilisation auprès du grand public, est parfaitement
codifiée et se découpe en deux grandes étapes.
1 1 La première étape :
préclinique issue de la recherche fondamentale physiologique,
biologique, physico-chimique propose une molécule portant
espoir de principe actif. Elle est dominée par la production
de cette molécule et son conditionnement d’une part, puis
par les essais pharmacodynamiques en utilisant des cultures
cellulaires, des animaux de laboratoire dont le choix chronologique
est basé sur une physiologie de plus en plus proche de celle
de l’homme. Ces études permettent de confirmer le potentiel
thérapeutique, d’identifier les effets secondaires, dont la
toxicité, les organes cibles sur lesquels cette dernière se
manifeste, enfin de pré déterminer les doses utilisables.
1 2 La deuxième étape :
dite clinique débute avec l’application aux humains, elle
est divisible en quatre phases.
Phase I : réalisée sur des sujets humains sains et volontaires
( souvent des étudiants en médecine ou en professions paramédicales
) précise les doses maximales tolérées et la toxicité éventuelle.
Phase II : s’adresse à des patients volontaires, se propose
de vérifier les effets thérapeutiques et de préciser les modalités
optimales d’application, justifie et prépare la phase suivante.
Phase III : est particulièrement importante puisqu’elle se
propose d’évaluer les effets de ce « médicament potentiel
» sur une population importante de porteur de la pathologie
cible. De la réussite des essais dépend l’attribution de l’autorisation
de mise sur le marché.
La méthodologie doit donc obéir à des contraintes très sévères
afin de pouvoir relier les effets obtenus après administration
du produit à ce seul produit.
- Le principe de comparaison
Les résultats doivent s’établir non en comparant les paramètres
avant/après à propos d’un patient ou d’un groupe de patients
mais par comparaison inter-groupe. Le groupe expérimental
reçoit le nouveau médicament, le second, dit groupe témoin,
ne reçoit rien ou un produit neu- tre ou le traitement classiquement
admis. D’autres éléments que le traitement peuvent en effet
intervenir dans le changement d’état des patients, comme par
exemple, l’évolution spontanée de la pathologie. La comparaison
des réponses (variable dépendante) entre les deux groupes
permet d’isoler l’effet thérapeutique (variable indépendante).
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Le principe de causalité.
Les groupes sont impérativement issus de la même population,
déterminée de façon rigoureuse par des critères précis
d’inclusion et de non-inclusion. La comparaison à un
groupe témoin non contemporain, dit témoin historique
induit de nombreux biais par la non certitude de la
stabilité naturelle de la maladie et la non certitude
de l’équivalence de la population. La distribution des
sujets dans les groupes doit se faire impérativement
par tirage au sort, c’est la randomisation. La constitution
des groupes doit précéder l’attribution de la qualification
de groupe expérimental ou groupe témoin. Dans le cas
où l’inclusion s’étale dans le temps la règle de distribution
doit être préalablement fixée et admise par les investigateurs,
aucune dérogation ne doit être tolérée. Cette rigueur
absolue garantit la comparabilité des groupes par l’absence
d’interférence ou de biais pouvant être induit par tout
autre moyen de ventilation ( ordre alphabétique, lieu
de résidence, date ou heure de consultation ), elle
garantit aussi toute déviation possible engendrée par
des sentiments de compassion de la part du praticien.
Il est de même impératif que ni les patients, ni les
praticiens ou les personnels chargés d’administrer les
traitements ne sachent quel est le groupe expérimental
et le groupe témoin et donc la nature réelle du traitement.
Cette précaution permet d’éviter des modifications comportementales
involontaires et inconscientes des soignants et des
modifications de réceptivité des patients ; cet ensemble
identifié sous l’appellation effet placebo peut entraîner
des interférences importantes, dont la réalité est certaine
mais qui demeurent encore mal connues. Il faudrait d’ailleurs
instaurer le principe de triple aveugle car il est nécessaire
que les évaluateurs des résultats soient eux-même aveugles
surtout lorsque l’évaluation est opérateur dépendante
( lecture de radios, de lames d’histologie ou d’anapathologie
, évaluation d’un état clinique ou d’une qualité fonctionnelle).
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- Le principe de signification.
Le traitement des résultats comparatifs entre le groupe expérimental
et le groupe témoin doit bénéficier d’une étude statistique
afin de déterminer le niveau d’acceptation d’une différence,
attribuable au traitement et non à une simple fluctuation
de population. L’outil statistique est en réalité opérant
dès le début du travail puisqu’il doit déterminer le nombre
minimum et suffisant de sujets à inclure dans chaque groupe
afin d’assurer la validité des tests. Il faut prendre en compte
la variabilité des résultats individuels, la différence plausible
entre les deux traitements et les erreurs a et b valeurs statistiques
déterminant les probabilités d’attribuer une différence qui
n’existe pas ou au contraire de ne pas révéler une différence
réelle.
REMARQUE
Un protocole rigoureux doit donc définir tous les paramètres
de l’étude. La pathologie, la population sont déterminées
d’une façon très stricte par des critères d’inclusion précisant
le stade d’évolution, l’intensité de l’atteinte, la tranche
d’âge retenue, les pathologies associées, antécédents et traitements
acceptés et exclus. Ces précautions augmentent certes l’homogénéité
de l’échantillon d’étude donc la validité interne et permet
plus objectivement d’attribuer la différence de résultat au
produit lui-même, mais induit une diminution de sa validité
externe à savoir la possibilité de généraliser les conclusions
à une population générale donc forcement hétérogène.
Les critères de jugement et méthodes d’exploration ou de mesure
sont eux-aussi à définir d’une façon opératoire très rigoureuse
afin de conserver la possibilité de comparaison. Il en est
de même pour le déroulement de l’étude, ainsi que l’analyse
de l’essai.
Demeure l’épineuse question des perdus de vue, patients qui
ne se représentent pas bilans d’évaluation, ils biaisent les
résultats ; et celle de la durée, le temps est générateur
du phénomène du vieillissement source de diminution des validités
externe et interne.
Phase IV :
représente la surveillance étroite, la pharmacovigilance,
qui va accompagner la vie du nouveau médicament.
2 Application aux
thérapeutiques de rééducation
2 1 La première étape :
pré clinique s’organise sur un mode semblable à celle des
essais médicamenteux ; des disciplines comme la mécanique
des solides et des fluides, l’électricité, les dissections
cadavériques sont largement impliquées dans les études. Celles-ci
utilisent également l’expérimentation sur animaux.
2 2 La deuxième étape :
clinique ne peut que partiellement s’inspirer de la rigueur
des phases précédentes
Phase I :
permet de valider les hypothèses physiologiques sur des sujets
sains et volontaires par exemple effet d’une technique sur
le débit circulatoire artériel ou veineux, d’une contention
collée sur un débattement articulaire ; les critères de faisabilité
sur le sujet humain vivant sont aussi abordés en particulier
l’aspect angoissant, inconfortable voire douloureux de certaines
techniques ; les paramètres d’efficacité maximale sont également
précisés.
Phase II :
au cours de celle-ci, est étudié le transfert des hypothèses
du sujet sain au sujet porteur d’une pathologie, le transfert
de la faisabilité et les conséquences pouvant découler de
l’application de la technique, sa conception est encore voisine
de celle vue précédemment.
Phase III :
l’organisation méthodologique de celle-ci dépend de la réponse
binaire à une suite de trois questions.
- Les traitements sont-ils standardisables
?
La réponse oui implique la possibilité
de constituer un groupe expérimental à comparer à un ou plusieurs
groupes témoins.
La réponse non, c’est à dire
que le traitement est unique, en permanente rétroaction avec
le patient, ou spécifique de chaque patient implique l’impossibilité
d’utiliser la méthodologie classique.
- Les patients et/ou les praticiens
sont-ils aveugles ?
La réponse oui, c’est le cas d’évaluation en physiothérapie.
Il est tout à fait possible de prérégler un appareil délivrant
un agent physique à l’insu des patients et/ou des praticiens,
il est dans ce domaine possible de délivrer un agent leurre.
Le protocole est alors réalisé selon la méthodologie classique
et les résultats des différents groupes comparés statistiquement.
La réponse non rend très aléatoire
l’utilisation d’un placebo surtout lorsque le praticien applique
une technique thérapeutique directe manuelle ou instrumentale,
c’est pourtant cette solution qui a été adoptée par L Martinez
lors d’une étude comparant les manipulations vertébrales à
un anti-inflammatoire non stéroïdien, le traitement placebo
consistait à un simulacre de manipulation à un autre étage
vertébrale. Le risque de contamination entre les patients
est extrême.
Une solution différente permet de contrôler les inconvénients
liés à cette situation, elle consiste à opérer une permutation
des techniques ou traitements testés sur les différents praticiens.
Cette méthode rend possible l’identification de l’effet traitement
et celle de l’effet praticien, elle a été utilisée par JN
Heuleu et A Courtillon lors d’une étude destinée à comparer
trois techniques de rééducation lombaire. Elle exige que tous
les praticiens maîtrisent à compétence égale les différentes
techniques étudiées.
Dans tous les cas l’évaluation doit être aveugle.
- Les critères et ou les techniques
d’évaluation sont-ils objectifs et non-opérateur dépendant
?
La réponse oui permet la poursuite de l’étude classique.
La réponse non entraîne l’obligation
d’une évaluation aveugle et même devant des critères fortement
subjectifs, une double évaluation ainsi que la prise en compte
de celle des patients.
3 Proposition d’une
méthodologie applicable aux traitements personnalisés
L’impossibilité de former des groupes à traitement identique
et homogène conduit à proposer une autre solution. Celle-ci
consiste à ne pas fixer comme objectif, l’isolement du seul
effet traitement, mais celui d’un système comprenant un traitement
personnalisé, plus un patient avec ses caractéristiques physiologiques,
psychologiques et ses croyances, plus un praticien avec outre
sa technicité, son pouvoir inductif. En effet si l’effet praticien
existe au même titre que la réceptivité du patient face à
certaines thérapeutiques par effet placebo et ce au même titre
que l’effet traitement lui-même, il semble légitime de considérer
l’ensemble comme un « tout » et d’étudier alors ce « tout
» par des évaluateurs aveugles. La raison de la recherche
en médecine est l’amélioration de la santé des individus le
traitement n’en étant qu’un moyen de parvenir à cet objectif.
3 1 Organisation de l’étude
- Définir avec précision la pathologie objet de l’étude, les
critères d’inclusion et de non-inclusion selon les normes
retenues pour les essais classiques.
- Définir de la même façon les critères, les indicateurs,
les conditions et modalités d’examen permettant d’évaluer
l’état des patients avant et après les traitements ; ainsi
que des critères indirects évaluant des effets à long terme
ou retardés.
- Réunir le pool des évaluateurs selon des critères de compétences
et de probité.
- Réunir le pool de praticiens selon des cri- tères géographiques
d’exercice, de nombre de patients qu’il est raisonnable de
leur voir inclure, de compétences dans l’application d’une
méthode de traitement.
- Définir le nombre de patients par prati- cien à inclure.
- La période de l’année et la date de début de l’étude.
- Le mode de recueil et de traitements des résultats.
Outre la rééducation, la chirurgie orthopédique pourrait bénéficier
d’une telle solution ainsi que d’autres disciplines comme
les médecines alternatives qui construisent leur thérapeutique
à partir d’une conception holistique de l’individu. L’homéopathie,
dont les praticiens refusent l’idée d’essai comparatif du
fait de l’individualisation des traitements, pourrait voir
ses effets comparés à ceux de l’allopathie. Une pathologie
(durée de l’épisode, intensité du syndrome, complications)
traitée par homéopathie (quels que soient les produits utilisés
et les praticiens participants) serait comparée à celle durant
la même période traitée selon les traitements reconnus. Les
médecines dites douces d’inspiration orientale ou ostéopathique
livreraient de cette façon leur réel pouvoir d’amélioration
de la santé.
| Références |
- Schwartz D, Flament R, Lellouch
J. L’essai thérapeutique chez l’homme. Paris : Flammarion,
1980.
- Laplanche A, Com-Nougué C, Flament R. Méthodes statistiques
appliquées à la recherche clinique. Paris : Flammarion
Médecine-Sciences, 1987.
- Eschwège E, Bouvenot G et coll . Essais thérapeutiques,
mode d’emploi. Paris : le quotidien du médecin, Inserm
éditions, 1990.
- Martinez L. Les essais thérapeutiques en médecine
de rééducation : difficultés méthodologiques. Mémoire
pour le DIU de méthodologie des essais thérapeutiques
en ville. Paris. 1991. - Martinez L, Revel M. Evaluation
des traitements et des techniques en rééducation. Editions
Techniques. EMC Paris France. Kinésithérapie-rééducation
fonctionnelle 26-005-B-10, 1994.
- Heuleu JN, Courtillon A, Nys A. Approche thérapeutique
dans la réadaptation des lombalgies chroniques : essai
comparatif de trois techniques de rééducation lombaire.
Rev Med Orthop, 1990,20, 580-584.
- Boulanger YL et Col. Numéro spécial recherche. Journal
de Réadaptation Médicale. 16, n°3, 98-141. Paris : Masson,
1996. |
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