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LA
COORDINATION DES MOUVEMENTS RYTHMIQUES :
APPROCHE DYNAMIQUE
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Le
docteur Christophe Habas a participé en qualité de Chairman
aux deuxièmes Assises de la Fédération Française des
Organismes de Formation Continue en Kinésithérapie (F.F.O.F.C.M.K.).
Au delà de l’animation de la session du matin, il nous
a fait part des derniers travaux qu’il a engagés sur
la coordination motrice. FMT mag vous propose là un
extrait d’un article en cours de publication dans la
revue Neurologique. Le texte risque de paraître ardu
à certains lecteurs, mais il s’agit de recherche fondamentale.
Etape préliminaire réservée à quelques initiés qui,
après vérification de leurs hypothèses, informeront
un public plus large dans un langage plus accessible.
Il nous est apparu intéressant de publier cet article
pour l’intérêt kinésithérapique qu’il suggère et pour
montrer aussi qu’on ne s’improvise pas chercheur et
encore moins auteur de recherche.
Le kinésithérapeute a besoin pour enrichir ses compétences
d’écrits lisibles dont il pourra trouver des applications
dans sa pratique, mais il peut avoir le plaisir d’approfondir
ses recherches personnelles et la conceptualisation
de ses techniques ce que peut suggérer cet article.
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L' approche
dynamique envisage la coordination motrice non en termes de
programmation séquentielle et supervisée, mais comme le résultat
d’une auto-organisation spontanée. Par le simple jeu des interactions
transitoires et locales des aires sensori-motrices, et donc
sans programme moteur préexistant, émergerait un comportement
neuronal collectif, stable, cohérent et reproductible à la
base des synergies rythmiques volontaires. L’expérience conduite
a porté sur des mouvements bi-manuels en phase et en opposition
de phase. Il est alors postulé que les propriétés de ce comportement
collectif règlent et reflètent les contraintes couplant les
mouvements indépendants des effecteurs en une unité synergique.
Aussi importe-t-il de remonter du mouvement des effecteurs
à la commande cérébrale, en déterminant expérimentalement
:
(1) l’ensemble des synergies
possibles pour une classe de mouvements donnés,
(2) les paramètres qui
en contrôlent le choix,
(3) les lois particulières
des mouvements des effecteurs enfin
(4) les lois générales
décrivant leur asservissement en une synergie globale, lois
qualitativement identiques à celles du comportement cérébral
collectif.
L’approche dynamique de la motricité s’inspire alors de la
dynamique des systèmes dissipatifs situés loin de l’équilibre,
pour définir la nature singulière de ces propriétés communes
(paramètres d’ordre, multistabilité, bifurcation, fluctuation...)
naissant d’un processus d’auto-organisation. Cet article se
propose d’introduire non seulement les résultats expérimentaux,
dans le cadre des mouvements rythmiques des deux mains, qui
ont justifié le recours à ce genre de conceptualisation mais
aussi les outils théoriques dès lors utilisés pour formaliser
la coordination motrice dont la compréhension se trouve profondément
renouvelée.
Au cours d’une tâche motrice pluriarticulaire, quelles variables
le système nerveux contrôle-t-il pour réduire le nombre élevé
de degrés de liberté de chaque articulation concernée et en
coordonner étroitement les mouvements individuels ?
Cette question ne saurait être pleinement satisfaite ni par
l’étude de la détermination des seules coordonnées intrinsèques
du corps ni par la simple mise en évidence de lois empiriques
gouvernant le déplacement du seul point de travail, comme
l’augmentation de sa vitesse selon le degré de courbure de
la trajectoire ou le trajet linéaire de la main vers une cible
(Lacquantini, 1989).
Ces lois nous renseignent en amont sur les stratégies neuromotrices
retenues et corrélativement, en aval, sur les conséquences
cinématiques et dynamiques du couplage interarticulaire mais
nullement sur sa nature exacte. Il importe, en effet, de dégager
les variables collectives traduisant l’interdépendance des
différents protagonistes musculo-squelettiques susceptibles
d’être modulées au cours du temps par le système nerveux.
Or, l’observation de mouvements complexes révèle quatre propriétés
intéressantes :
(1) une grande variabilité du mouvement de chaque
composante monoarticulaire,
(2) l’invariance de certaines
relations comme les rapports angulaires entre différents segments
de membres, ou de phase entre mouvements simultanés (Massion,
1997),
(3) la coexistence pour
un même objectif moteur de différentes synergies stables,
reproductibles mais en nombre limité comme, par exemple, dans
la diadococinésie : des mouvements en phase ou en opposition
de phase (Kelso, 1984), et
(4) la possibilité de
passer d’une synergie à une autre sous l’action de certains
paramètres non spécifiques.
Les deux premiers points illustrent la possibilité d’asservir
en une synergie globale les mouvements individuels en contrôlant
des variables collectives, avec néanmoins suffisamment de
flexibilité pour s’adapter aux différents contextes biomécaniques.
Par synergie, il faut entendre le couplage de différents éléments
musculo-squelettiques séparés, mais concourant momentanément
à un même mouvement, en une unité fonctionnelle, en imposant
des relations fixes entre chacun d’eux, ce qui «gèle» des
degrés de liberté. Les variables collectives expriment ces
relations fixes. Les deux derniers points, quant à eux, montrent
que le répertoire des modes stables de coordination s’organise
autour d’un ensemble fini de synergies préexistantes, actualisées
et non prescrites par certains paramètres, dits de contrôle.
Le paradigme expérimental consiste alors à perturber de manière
contrôlée le système situé dans un état stable, et à étudier
alors soit son retour à l’état d’équilibre initial, soit son
changement d’état, afin d’établir pour chaque type de mouvements
rythmiques volontaires (marche, nage, élocution...) :
(1) la nature des variables
collectives et des paramètres d’ordre,
(2) leurs relations mutuelles,
et
(3)
la loi générale décrivant l’évolution du système.
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Certains
chercheurs (Kelso, 1984; Schöner et Kelso, 1988) rapprochèrent
les propriétés motrices énumérées ci-dessus de celles
similaires manifestées par les systèmes dissipatifs
situés loin de l’équilibre (comme, par exemple, un oscillateur
harmonique auto-entretenu). Ils employèrent, en retour,
les outils mathématiques développés pour ces systèmes
physiques au système moteur afin de formaliser et d’expliquer
l’origine des synergies motrices, tant à l’étage musculo-squelettique
qu’à celui du système nerveux central.
L’approche dynamique envisage la coordination motrice
non pas en terme de programmation séquentielle et supervisée
(programme moteur prédéfini), mais comme le résultat
d’une auto-organisation spontanée. Dans le cadre des
mouvements rythmiques actifs, l’émergence d’un comportement
collectif cohérent entre différentes aires sensori-motrices
(par le seul effet de leurs interactions transitoires
et locales) sous-tendrait l’encodage des synergies motrices.
Et, seul un petit nombre de paramètres non spécifiques
en contrôlerait le choix. |
Ce processus «auto-organisateur» présenterait plusieurs avantages
:
(1) une adaptabilité rapide
des actes moteurs (bifurcations et multistabilité),
(2) une robustesse de
ces derniers à l’égard du bruit et des perturbations,
(3) une forte capacité
d’intégration d’informations variées à moindre coût computationnel.
En outre, s’éclairerait le rôle joué par le cervelet et le
striatum qui synchroniseraient les différentes aires sensori-motrices,
ainsi que l’AMS et la CCA dans le paramétrage temporel des
mouvements et la stabilisation («paramétrique») des synergies.
En revanche, il conviendrait d’évaluer s’il est légitime de
généraliser ces hypothèses fonctionnelles à tous les types
de mouvements, notamment dans le cas des mouvements non rythmiques
(Peper et Carson, 1999), ou s’il faut invoquer la coexistence
de deux processus différents mais susceptibles de collaborer:
l’un en charge des mouvements rythmiques, l’autre en charge
des mouvements non-rythmiques (Sternad et al., 2000). Nul
doute pour autant que les notions de : stabilité, bifurcation,
fluctuation… permettront, y compris le clinicien, de mieux
saisir et conceptualiser l’origine et, le cas échéant, les
troubles de la coordination des mouvements rythmiques et volontaires.
L’adiadococinésie pourrait survenir à la suite d’une lésion
du cervelet postérieur (vermien) et d’un défaut associé de
stabilisation paramétrique d’un attracteur instable : f =
? (synergie bi-manuelle en opposition de phase), dès lors
plus sensible aux fluctuations aléatoires.
Christophe
HABAS
Service Central de Biophysique et de Médecine Nucléaire,
Pr A. Aurengo, Hôpital Pitié-Salpêtrière, 83 boulevard
de l’Hôpital, F-75013 Paris.
Service de Neuro-radiologie, Pr Cabanis, Hôpital des
Quinze-Vingts, 28 rue de Charenton, F-75O12 Paris.
Laboratoire de Neurophysiologie, Dr H. Axelrad, Faculté
de Médecine Pitié-Salpêtrière, 91 boulevard de l’Hôpital,
F-75013 Paris.
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