POSTURE :
CONCEPT DE BASE POUR
LA PRATIQUE REEDUCATIVE


Les neurosciences nous offrent un champ d’investigation en kinésithérapie particulièrement riche d’enseignement.
Serge Mesure nous permet là d’entrouvrir la porte de cette discipline qui apportera à nos confrères la compréhension de certains phénomènes qui constituent notre quotidien professionnel.

L'organisation de l’ensemble de nos activités quotidiennes est sous la dépendance du système nerveux central et de la gestion plus ou moins efficace de nos activités sensori-motrices. Ce système néanmoins est en étroite dépendance avec le système musculo-squelettique d’une part et le monde extérieur d’autre part. Le système nerveux doit donc tenir compte pour la réalisation des actions de la complexité de ces deux systèmes, afin d’atteindre les buts fixés au moindre coût énergétique. Une des bases fondamentales pour la réalisation de nos activités motrices est la posture. De nos jours, le phénomène de la « posture « émerge de plus en plus fréquemment et son implication dans les actes de la vie courante, ainsi que ses incidences sur les activités quotidiennes, les activités physiques et sportives, les activités de loisirs et professionnelles intéressent maintenant fréquemment les fondamentalistes, les cliniciens et thérapeutes.

La dépendance de cette posture à l’ensemble de nos activités nous amène à l’étudier, l’éduquer, l’entraîner voire la rééduquer. L’empirisme du mouvement et de la réalisation technique, fait donc place progressivement à des méthodes plus rationnelles physiologiques et physiques orientées sur la connaissance plus précise et plus appropriée de chaque geste. La posture, attitude fondamentale, relève simultanément d’aspects aussi variés que :

- La neurophysiologique (intégration du tonus, activité électromyographique, réflexes myotatiques, informations sensorielles…),
- La biomécanique (composantes des forces, de leurs applications, des bras de leviers, de la pesanteur…),
- Le psycho-somatique et relationnel (représentation de soi vis-à-vis d’autrui, expression corporelle, moyen d’expression…).

Pour tout individu désirant s’exprimer pleinement par son corps, lorsque la performance et/ou la sécurité anatomo-biomécanique sont en jeu ou en danger, il est indispensable de s’appuyer sur des structures harmonieusement organisées. Il n’est plus possible de laisser la place à l’improvisation et au hasard du dénouement.

Il semble donc nécessaire de s’intéresser à la compréhension des mécanismes posturaux, afin de déboucher, globalement, sur des applications pratiques de terrain. Nous savons que l’organisme humain est déformable et comporte un grand nombre d’articulations qui sont autant de degrés de liberté à maîtriser pour le maintien du contrôle postural et pour obtenir une orientation spatiale du corps variable et complexe. Nous ne pouvons donc pas concevoir le corps comme un objet rigide et stable. Les activités posturo-cinétiques posent les problèmes normalement inhérents à tout contrôle moteur, mais doivent aussi assurer la coordination des divers segments entre eux. La tâche posturale doit donc faire l’objet de contrôles précis, tout en restant susceptible de souplesse et d’adaptation dans les choix et les ajustements sensori-moteurs. La station debout bipède qui se définit par la position de l’ensemble des segments du corps à un moment donné, nécessite l’organisation et l’intégration d’un équilibre postural sensori-moteur.

C’est ainsi que toute modification active ou passive de cette posture fondamentale entraîne la mise en jeu de dispositifs automatiques de compensation, de correction ou de rattrapage destinés à préserver, en toutes circonstances, l’équilibre du corps dans la position choisie. Le maintien d’une activité posturale, dans des conditions inhabituelles et déstabilisantes, doit donc susciter chez l’individu, non seulement l’utilisation et la prise en compte des afférences sensorielles, mais aussi la mise en place de réactions motrices les plus rapides et les plus appropriées possibles au rétablissement de l’équilibre normal. Au niveau sensoriel l’organisme est informé d’un déséquilibre à partir de trois familles de récepteurs

-1 les récepteurs vestibulaires sensibles à la force de gravité et aux accélérations linéaires et angulaires.
-2 les récepteurs tactilo-kinesthésiques, sensibles aux afférences somesthésiques, proprioceptives et cutanées
-3 et les récepteurs visuels.

Au niveau moteur, il existe un répertoire de stratégies posturales élémentaires et automatiques. Ces stratégies de mouvements multi-segmentaires seraient disponibles dans un répertoire probablement limité par des contraintes d’ordre biomécanique et temporel. Nous entendons par stratégie posturale un plan d’action coordonné entre les différentes parties du corps impliquées dans cette activité, dans le but de maintenir ou de récupérer une attitude posturale adaptée et appropriée. La connaissance des différentes stratégies posturales disponibles devrait pouvoir contribuer à la sélection de la plus appropriée dans le cas d’une tâche particulière associant mouvement et contrôle postural (réentraînement sportif ou rééducatif). Les situations quasi-dynamiques que nous avons utilisées (balancelles ou plateau proprioceptif) accentuent le rôle particulier joué par les séquences motrices de correction et de rattrapage, qui font probablement appel à des réactions programmées discrètes, d’amplitude appropriée au contrôle postural à maintenir.
Des privations sensorielles sélectives spécifiques peuvent, par ailleurs, permettre la mise en évidence des différents systèmes sensoriels impliqués.

Il a été récemment suggéré que la position et/ou l’orientation de certains segments corporels, comme la tête et le tronc, doivent être stabilisées pour servir de référence à la stabilisation posturale ou posturo-cinétique du reste du corps. La stabilisation de la tête constitue, par exemple, un élément essentiel dans la chaîne posturale qui permet l’orientation dans l’espace et, pour certains auteurs, elle constitue également, le point de départ d’une organisation de type descendant de la régulation posturale en cours de locomotion. S’agissant, en effet, non plus d’équilibre postural, mais d’équilibre locomoteur difficile, lors de la marche sur un support étroit, il a été montré que l’homme adoptait une stratégie de stabilisation de la tête sur l’espace, probablement au profit d’un contrôle d’origine vestibulaire de cet équilibre dynamique.
Au cours de la réalisation de mouvements complexes (mouvements acrobatiques par exemple), ou bien lors de contraintes inhabituelles (vie en microgravité), les programmes moteurs plus spécifiques nécessitent probablement un entraînement spécialisé afin d’établir des adaptations posturales précises et adéquates.

L’apprentissage ontogénétique, l’entraînement sportif et la rééducation doivent améliorer le contrôle postural d’un double point de vue sensoriel et moteur; sachant que cette amélioration doit s’accroître avec la difficulté de la tâche. Pour le premier facteur, lié à la maturation de l’individu, cette évolution est irréfutable et indéniable. Pour le deuxième facteur lié à l’apprentissage d’habiletés motrices parfois très complexes, cela semble moins évident. Néanmoins ces deux facteurs évolutifs intègrent hiérarchiquement une notion de découverte, de pratique hasardeuse, de réalisation concrète, de compréhension, d’habituation et par la suite d’automatisation inconsciente.

Un certain nombre de techniques de rééducation utilisent des adaptations, des corrections, des modifications posturales. Certaines de ces techniques portent sur le travail musculaire, d’autres sur les sensations ou les informations…

Afin de mieux saisir l’utilité de ces techniques en rapport direct avec le contrôle postural et bien souvent associées à des activités physiques, nous avons tenté de les schématiser et de les synthétiser sous forme de tableau général (les principes restent volontairement simplistes). Le but étant de comprendre en fonction des objectifs et des grands principes qui régissent ces techniques quels sont les moyens de lutter contre les attitudes vicieuses, les asymétries, les malformations, les déviations posturales.

Ces différentes techniques intègrent, à leur manière, l’ensemble des informations sensorielles et les bases de l’activité motrice Le but de nos différentes recherches est de préciser la contribution des afférences sensorielles, lors du contrôle postural statique ou dynamique en fonction de l’évolution ontogénétique, de l’apprentissage sportif, ou des pathologies neurologiques. Ces études se basent sur l’interprétation des stratégies sensori-motrices utilisées.

La question est donc de savoir comment intégrer cette notion posturale sur les principes et techniques de base de toutes les activités rééducatives.