PASSAGE ASSIS-DEBOUT DEBOUT-ASSIS :
ANALYSE CINEMATIQUE CHEZ DES SUJETS JEUNES ET DES SUJETS AGES


Spécialiste incontestée de la prise en charge des personnes âgées, France Mourey a fait part aux participants du workshop de Paris de l’avancée de ses travaux. Le passage assis-debout trouve ici une dimension qui mériterait d’être plus connue de l’ensemble de nos confrères.


Introduction

Le kinésithérapeute est fréquemment confronté à des personnes âgées présentant des difficultés à se lever d’un siège et à s’asseoir. L’enjeu est important car l’incapacité à réaliser le passage de la position assise à la position debout apparaît d’une part comme un indicateur de risque de chute et d’autre part comme un des critères majeurs de la dépendance lourde. Pour ces raisons l’assis-debout (A-D) est fréquemment utilisé dans les évaluations fonctionnelles en gériatrie.

Dans le domaine de l’analyse du mouvement un certain nombre de travaux ont permis de mettre en évidence les caractéristiques cinématiques de cette activité complexe, principalement chez le sujet jeune. Il faut cependant remarquer que les auteurs se sont essentiellement intéressés au passage A-D sans considérer le passage Debout-Assis (D-A).

Le but de notre travail est donc de comparer les données cinématiques obtenues chez des sujets sains jeunes et âgés au cours des deux phases du mouvement afin d’analyser les effets du vieillissement. Nous ne présenterons ici que les données concernant le tronc et la tête qui semblent avoir un intérêt primordial dans le contrôle de l’équilibre au cours du mouvement



2) METHODES

2-1 Population

La population testée est composée de 7 sujets jeunes et de 5 sujets âgés dont la moyenne d’âge était respectivement de 22.8 ± 1.5 et 7J.2 ± 5.5. Les sujets jeunes étaient des étudiants d’un institut de masso-kinésithérapie. Les sujets âgés ont été recrutés dans un club local au sein duquel ils pratiquent une activité de marche une fois par semaine. Ils sont indemnes de toute pathologie neurologique ou orthopédique connue.


2-2 Dispositif expérimental


figure 1
•100 Hz optoelectronic movement analyser
•8 markers (dynamic and EMG data are not reported)

La technique utilisée (système de mesure automatique du mouvement type ELITE) permet d’analyser le mouvement dans sa globalité, sans contraindre les sujets dans leurs mouvements. Dans notre étude nous utilisons deux caméras munies de sources infrarouges émettant en direction de marqueurs disposés sur le corps du sujet et réfléchissant à leur tour la lumière infrarouge vers l’optique des caméras. Ce système détecte en temps réel la position des marqueurs d’après leur forme et calcule simultanément les coordonnées du centre de chacun des marqueurs. Une image est prise toutes les 10 ms. La précision du système et de ses calculs est de l’ordre de 1/2500 de la taille du champ de prise de vue, soit de 1 à 1,5 mm pour les déplacements linéaires et 1,5 degré pour les déplacements angulaires. L’enregistrement des positions des marqueurs est fait en ligne par un ordinateur PDP 11/73.


Le positionnement des marqueurs est représenté sur la figure 1. Il s’agissait pour chaque sujet de se lever d’une chaise sans l’aide des mains, bras croisés, de maintenir la position debout 2 secondes et de se rasseoir toujours bras croisés. La hauteur de la chaise était réglée en fonction de celle de la jambe de chaque sujet ( 100% de la distance interligne du genou-sol).


L’expérimentation débutait alors par une première série de 3 essais exécutés en vision normale et à vitesse normale ; suivie d’une seconde série de 3 essais à vitesse rapide. Ensuite chaque sujet mettait alors des lunettes en tissu noir et effectuait successivement î essais dans l’obscurité à vitesse normale et 3 essais à vitesse rapide.


2-3 Traitement des données

L’analyse porte sur la variation des angles formés par des segments du corps entre eux ou par rapport à la verticale. Parmi les angles étudiés nous nous intéresserons ici à ceux concernant la tête et le tronc (Figl). La figure 2 montre la représentation de l’ensemble du mouvement par un diagramme bâton
Pour la durée totale d’une phase, nous avons considéré que le mouvement débutait lorsque la vitesse angulaire du tronc en flexion atteignait 10% de la valeur maximale et se terminait lors de la phase de décélération, lorsque la vitesse angulaire du tronc en extension relative diminuait jusqu’à 10% de la vitesse maximale. Sur le même principe on a défini l’instant où les fesses quittent le siège puis reprennent contact avec l’assise à 10% de la vitesse maximale du marqueur du trochanter sur la verticale.


Les variables étudiées ont été moyennées pour les trois essais exécutés.

Une analyse de variance à mesure répétée à 4 facteurs a été réalisée 1 (AGE) X 2 (Phases) X 3 (Vision) X 4 (Vitesse). La mesure répétée a porté sur les trois derniers facteurs. Le seuil de significativité est p<0,05.



3) RESULTATS

3-1 Etude des mouvements de la tête et du tronc chez le sujet jeune

Les valeurs de l’angle de flexion du tronc sont en moyenne égales à 32’ ± 9 pour A-D et 38’ ± 9 pour D-A. La différence entre les deux phases n’est pas significative.

En ce qui concerne le segment céphalique la figure 3 montre qu’au début du passage A-D, la tête se déplace en bloc avec le tronc puisque rapidement l’extension de la colonne cervicale permet une stabilisation de la tête dans l’espace. Au cours de D-A les tracés sont moins constants.

La position moyenne de la tête a été calculée à partir de l’angle du plan frankfurt par rapport à la verticale. La stabilité de la tête dans le plan sagittal était évaluée en considérant la déviation standard de l’angle de déplacement angulaire au cours du mouvement. Les valeurs moyennes ne dépassaient pas 5,4 ± 0,8 deg. Quelle que soit la phase du mouvement les valeurs moyennes de l’amplitude du déplacement de la tête sont comprises pic à pic entre 13,5’ et 20’. Les différences ne sont pas statistiquement significatives mais on note globalement une tendance à une moins bonne stabilisation de la tête au cours de D-A.


3-2 Comparaison entre sujets jeunes et âgés sous les différentes conditions expérimentales


Le temps nécessaire à l’exécution de D-A est significativeinent plus grand que celui requis pour A-D dans les deux groupes (F(1,10)=30.6 p=0.0002). Le temps d’exécution est plus long chez les âgés sous toutes les conditions expérimentales dans les deux phases (F(1,10)=6.62 P=0.02). La figure 4 récapitule l’ensemble des données obtenues dans les deux groupes pour chacune des phases sous les différentes conditions expérimentales. Aucun effet de la vision n’a été retrouvé (p=0,6).

Pour le segment céphalique, chez les sujets âgés les valeurs moyennes des amplitudes pic à pic sont comprises entre 12,4 ± 8,6 et 26,6 ± 6,4 (Fig 5). L’étude statistique met en évidence une interaction (âge x phase) significative (F(1,10)= 5,23 P=0.04) c’est à dire une différence plus marquée chez les sujets âgés entre le A-D et le D-A au cours duquel les valeurs sont plus importantes sous lumière normale (p=0,0009), sous condition rapide (p=0,003) et dans l’obscurité (p=0,005).



4) DISCUSSION

Nos résultats montrent que la tête est partiellement stabilisée dans l’espace tout au long du mouvement comme c’est le cas dans de nombreuses tâches. Il a été suggéré par ces auteurs que la stabilisation de la tête dans l’espace permettait de faciliter les transformations sensori-motrices nécessaires pour améliorer la stabilité posturale au cours du mouvement.

La comparaison entre sujets jeunes et âgés montre que la durée du mouvement est plus longue chez le sujet âgé. Il est bien connu que le ralentissement moteur accompagne habituellement le vieillissement.



L’étude des mouvements de la tête dans l’espace montre une tendance chez les sujets âgés à une moins bonne stabilisation du segment céphalique au cours du mouvement. L’effet est majoré au cours de D-A. La littérature apporte peu d’éléments concernant les effets de l’âge sur la stabilisation de la tête. Cependant Alexander note que lors des stratégies de rééquilibration sur plate-forme mobile, il existe une grande variabilité dans la coordination tête/tronc chez les sujets âgés. On sait que les réflexes vestibulo-nucaux et cervico-nucaux participent au contrôle de la tête dans l’espace. Or, au cours du vieillissement il existe des altérations des organes vestibulaires et de la proprioception cervicale pouvant expliquer en partie cette absence de dissociation tête /tronc.

Les modifications de l’organisation du mouvement observées chez le sujet âgé sain montrent l’intérêt d’une analyse clinique fine des deux phases du mouvement dans les consultations gériatriques et les bilans de rééducation chez tous les patients âgés présentant une quelconque diminution de leur mobilité. Différents auteurs ont souligné l’intérêt d’évaluer les capacités à se lever d’une chaise mais à la lumière des résultats obtenus, il semblerait pertinent d’affiner l’évaluation de l’exécution du mouvement et de considérer le passage D-A.

En rééducation, un travail spécifique de la mobilité du tronc et de la dissociation tête /tronc doit être utilisé tant à titre préventif que chez des sujets présentant des difficultés à l’exécution du mouvement.

1. Mourey F , PozzoT , Rouhier-Marcer 1, Didier JP. A kinematic comparison between elderly and young subjects during standing up from and sitting down to a chair.. Age and Ageing. 1998; 27: 137-146.
2. Mourey F, Grishin A, d’Athis Ph,. Pozzo T &. Stapley P. Standing up froin a chair as a dynarnic equilibriurn task: A comparison between young and elderly subjects. J Gerontol. 2000; 55A:B425-B431 F.Mourey, Docteur sciences de la vie E-mail: france.mourey@chu-dijon.fr