EFFETS DES TECHNIQUES KINESITHERAPIQUES
SUR LA RECUPERATION DES COURBATURES

Le professeur Portero a fait part au cours de cette journée de l’ENPHE du-savoir faire acquis par les chercheurs de l’Institut de Myologie sur les astreintes physiques liées à l’effort physique. Il regrette que peu de kinésithérapeutes s’engagent dans la recherche et que les résultats des recherches en kinésithérapie pénètrent difficilement dans les instituts de formation et les cabinets de kinésithérapie.  

Des exercices musculaires réalisés pour la première fois ou inhabituels en durée, intensité ou mode de contraction, peuvent entraîner des courbatures. L’activité musculaire qui cause le plus fréquemment les courbatures est l’activité excentrique.

Ces sensations douloureuses apparaissent le plus souvent de façon retardée et siègent d’abord au niveau des jonctions musculo-tendineuses avant de gagner le muscle lui-même. Leur acmé se situe 24 à 48 heures après la fin de l’exercice mais la disparition peut demander une semaine ou plus. Des mécanismes mécaniques et métaboliques sont impliqués dans l’apparition des courbatures. La déformation des sarcomères semble être le principal facteur mécanique plutôt que la tension développée. La rupture de la membrane extracellulaire ou intracellulaire aboutit à l’hydrolyse des protéines de structure favorisant la désorganisation myofibrillaire classiquement observée. La réponse inflammatoire qui fait suite provoque un oedème intramusculaire responsable du gonflement musculaire. Les principaux paramètres non invasifs utilisés pour le suivi de la récupération sont le temps de relaxation T2 (Imagerie par Résonance Magnétique : IRM) qui reflète l’œdème, la douleur musculaire, la force musculaire, les paramètres de l’EMG de surface et l’efficience neuromusculaire (rapport couple/EMG).

Différents traitements kinésithérapiques, cryothérapie, ultrasons, massage, compression, exercice, étirement, visant à diminuer la douleur et à rétablir un bon niveau de performance sont classiquement proposés.

Mais les effets de ces techniques sont particulièrement controversés et il existe un manque d’informations concrètes sur les mécanismes décrits ou les effets supposés. Actuellement, une étude est en cours dans notre laboratoire. Son objectif est de quantifier les effets d’une technique de mobilisation tissulaire (technique LPG‚) sur la vitesse de récupération de la courbature musculaire induite par un exercice excentrique. Les résultats préliminaires montrent, à partir de paramètres IRM, biomécaniques et subjectifs un effet positif du traitement sur la diffusion de l’œdème, la douleur, la récupération de la force et de l’efficience neuromusculaire.

En conclusion, de nombreuses recherches doivent être encore menées avant de porter des conclusions sur les différents traitements kinésithérapiques (et leurs modalités d’application), leurs effets sur la réponse musculaire inflammatoire post-exercice ou les différentes autres modifications physiologiques qui caractérisent les lésions musculaires induites par l’exercice ainsi que leur récupération. Enfin, il ne suffit pas de quantifier les effets des techniques mais aussi d’explorer les mécanismes physiologiques mis en jeu.

Pr Pierre PORTERO
Université Paris XII & Institut de Myologie
GH Pitié salptêtrière
83, bvd de l'Hôpital
75651 Paris cedex 13