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ALTERNANCE
ET FORMATION PROFESSIONNELLE
QUELS MODELES POUR LA PHYSIOTHERAPIE
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Philippe
STEVENIN,
Professeur Associé,
département Sciences de l’Education,
Université Aix - Marseille 1
En introduction du workshop de Paris, Philippe STEVENIN
nous apporte son expertise concernant la formation des
kinésithérapeutes français. Celle-ci existe sous une
forme d’alternance depuis la création du diplôme d’état
en 1946. Cette modalité d’apprentissage mérite d’être
questionnée sur son opportunité, dans le contexte actuel
à la fois d’une évolution technologique rapide et d’un
monde dans lequel tous les éléments sont de plus en
plus en interdépendance.
En considérant les stages comme lieux de la pratique
professionnelle, nous pouvons concevoir que les logiques
d’apprentissage mises en ceuvre et l’interaction entre
théorie et pratique favoriseront plus ou moins l’acquisition
des compétences des futurs professionnels.
1. Introduction
1.1 - Une formation alternée
en physiotherapie.
La formation des physiothérapeutes en France se déroule
dans des lieux différents, instituts de formation et
terrains hospitaliers, dans des moments différents avec
des temps de stages, des temps d’enseignement théoriques
et des temps de pratique. Ainsi les modalités d’organisation
présentent la formation des physiothérapeutes sous une
forme dite « en alternance ».
1.2 - Quel est le sens de cette
modalité de formation
?
Notre propos consiste à nous interroger sur le sens
de cette modalité de formation en alternance. Cette
modalité s’inscrit-elle dans une histoire ? Correspond-t-elle
à un choix d’apprentissage ? Comment se déroule concrètement
cette formation ? Les théories de l’alternance et une
réflexion sur la didactique de l’alternance nous permettront
de réaliser une approche compréhensive.
1.3 - Quelles perspectives
?
La formation des personnels de santé vit actuellement
un moment historique. L’évolution de la société par
ses aspects, économique, sociologique, technologique,
a modifié le secteur de la santé et celui de la physiothérapie.
Face à la rapidité de l’innovation technologique, les
savoirs ont une durée de vie très courte. La formation
ne peut plus se limiter à être une acquisition de connaissances
mais elle doit préparer la personne à être en formation
continue, capable de questionner ses pratiques. L’alternance
constitue une plate-forme de développement de projets
et de compétences.
2.
Des Approches du terme alternance
2.1 - Par les définitions
L’étymologie latine du terme alternance est : « alternare
» qui signifie : changer, se succéder; succession répétée
dans l’espace ou dans le temps qui fait réapparaître
tour à tour dans un ordre régulier les éléments d’une
série (Dictionnaire Petit Robert) ; c’est tout d’abord
la notion de rythme qui se trouve ainsi présente.
Nous retrouvons aussi ces différences dans les modalités
d’organisation de la formation avec des lieux différents
« un type de formation associant formation en milieu
scolaire et formation en entreprise » (Germe J.P. 1984),
des temps, et des modalités d’apprentissage différents
et réputés complémentaires... et le fait de l’existence
d’un projet pédagogique global (Berkovitz et al. 1982).
Enfin, elle fait entrer en jeu « au moins deux acteurs
institutionnels dont les finalités et les logiques ne
sont pas à priori convergentes. Elle tend vers une mise
en synergie aux fins de les valoriser réciproquement
au profit de la formation du formé » (Mauduit-Corbon
1996).
« L’alternance associe des apprentissages expérientiels
en situation de travail (learning by doing) à des apprentissages
formalisés en situation d’enseignement (leaming by teaching).
A l’entre-deux l’alternance est centrée sur les compétences
professionnelles ». (Geay A., Sallabery J.C., 1999)
L’alternance tire sa justification du fait qu’elle permet
d’acquérir ce qui ne s’ap- prend pas à l’école et qui
pourtant constitue l’essentiel de la compétence : l’expérience
du travail réel. La compétence professionnelle est la
capacité de faire face aux imprévus du travail et de
l’action. « C’est une forme d’intelligence bricoleuse
et rusée indispensable à la gestion des situations complexes
qui ne sont jamais totalement prévisibles ni entièrement
modélisables a priori »(Geay A. 2001). Cet objectif
d’acquisition de compétences est recherché dans la formation
professionnelle des physiothérapeutes en raison d’une
nécessaire adaptabilité de leurs pratiques à chacune
des personnes malades qu’ils prennent en charge.
2.2 - Par l’histoire de
la formation en alternance en France
Entre le XVI et le XVIII sièclke on assiste à l’instauration
de « l’école » un lieu séparé des pratiques sociales
pour la transmission des savoirs. Ceux-ci jusqu’alors
étaient incorporés dans la transmission du travail «
sur le tas ». Cette époque va adopter de façon définitive
le schème théorie - pratique de la pensée occidentale.
L’intelligence pratique « combiner bricoler » perd alors
son sens positif.
Jusqu’au XVIII siécle dans tous les pays du monde, la
formation aux métiers s’est faite exclusivement par
apprentissage sur le tas sauf pour les professions de
droit et de médecine qui s’enseignaient à l’université
depuis le XIII».
La formation alternée est déjà présente dans la philosophie
des Lumières (XVIII siècle) qui plaide pour une alliance
du savoir théorique et des savoir-faire techniques (relier
la tête et les mains). C’est l’arrivée de l’école professionnelle
qui institue logiquement l’ordre théorie pratique dans
les apprentissages. La pratique n’est plus conçue que
comme une application des sciences et des techniques.
Elle n’est plus source de savoir et le travail n’est
plus considéré comme formateur. Cette négation des savoirs
de l’action et de la compétence engendrera la scolarisation
de la formation professionnelle. L’apprentissage se
trouve ainsi dévalorisé parce qu’il s’oppose à l’étude..(Geay
A. 2001)
L’alternance héritera de ce statut dévalorisé de l’apprentissage
professionnel
Nous pouvons constater, au travers de ces quelques éléments
d’histoire, que le terme alternance concerne trois aspects
:
| • |
Une
perspective « globaliste » qui tend à relier le
monde professionnel et celui du savoir savant
qui ont été dissociés à la fin du XVII siècle.
|
| • |
Une
dimension politique dans laquelle l’alternance
constitue un outil face à des problèmes d’emploi. |
| • |
Une
conception didactique par laquelle l’apprentissage
des compétences serait lié à la mise en situation
sur le terrain de la pratique professionnelle. |
3. Les formes
et les conceptions de l’alternance
Les formes que peut revêtir l’alternance sont liées
à trois facteurs : aux acteurs, aux problèmes, à la
construction du sujet.
3.1 - Des acteurs pour négocier
un partenariat
« Concevoir, conduire et interroger des formations en
alternance exigent d’introduire non seulement de la
complexité mais aussi du contradictoire et du paradoxal.
C’est ouvrir le champ éducatif à de nouveaux acteurs
avec qui il faut négocier, contractualiser, redéfinir
des rôles professionnels en partenariat ». (Pineau G.)
En physiothérapie, les acteurs institutionnels sont
au nombre de deux. L’institution de formation d’une
part, et l’institution qui accueille les apprenants
en stage, en l’occurrence, dans des lieux où sont dispensés
des soins de physiothérapie. Ces deux acteurs ont des
logiques différentes : l’une de formation, l’autre de
soins. Il est illusoire de penser qu’elles puissent
se réduire à une seule : « la richesse de l’alternance
réside justement dans leur antagonisme. » (Le Douaron
P. 1993). Leurs utilisateurs sont des apprenants d’une
part, des personnes malades ou handicapées d’autre part.
Le motif qui rapproche ces deux institutions c’est que
la formation est destinée à de futurs professionnels
de santé et donc futurs acteurs sur le terrain des soins.
Toutefois les partenaires ont à rechercher ensemble
les règles du jeu qu’il convient de construire. Ce partenariat
ne saurait donc être que négocié.
3.2 - Les aspects cognitifs
Le mode alterné permet aussi d’interroger les processus
d’apprentissage de l’apprenant ainsi que les processus
didactiques et pédagogiques, en particulier :
- La prise en considération croissante du sujet apprenant
- La contribution à une autonomisation de l’apprenant.
- La production de savoir de l’apprenant (pour être
efficace une formation en alternance doit s’appuyer
sur une production de savoir de l’apprenant)
Ainsi le stage traditionnellement conçu comme une application
des acquis scolaires et s’inscrivant dans une conception
«applicationniste,» (Ia pratique : application des sciences)
de l’alternance se trouve remis en cause par les approches
de la cognition « située et énactée » (Varela F. 1984)
« Dire que tout apprentissage est « situé » signifie
que l’environnement n’est pas seulement un contexte
d’application mais est un élément actif du processus
de construction des compétences, car il fournit des
ressources (sociales, symboliques, techniques et matérielles)
indispensables à la solution des problèmes. Les bons
gestes mentaux surgissent aussi de la confrontation
aux situations nouvelles » (Geay A. 2001).
Se former par alternance c’est se construire dans plusieurs
mondes d’action, dans une tension formatrice entre les
deux cognitions situées par couplage de contextes. L’expérience
réfléchie du travail apparaît alors comme constitutive
du savoir de la compétence et de la pensée complexe.
Une partie des connaissances liées à l’action va constituer
les savoirs professionnels enseignables. Ceux-ci ne
sont pas réductibles aux savoirs théoriques. La fonction
essentielle de l’alternance du point de vue didactique
est alors de révéler ces écarts et de les travailler
pour favoriser une construction de nouvelles significations
par mises en relation. Les écarts introduisent alors
du jeu et constituent un espace potentiel de développement
d’une intelligence de la complexité. (Geay A. 2001).
3.3 - Construction du sujet
La construction de la personne en tant que « sujet »
est réalisée en partie par la production de savoir .(Pineau
G. in présentation revue française de pédagogie N° 128,
1999, 5-6.). C’est dans une temporalité alternée que
s’articulent formations expérientielle et formelle.
Le futur praticien développe une réflexion sur les écarts
constatés entre le champ de la théorie et la pratique
du terrain. C’est dans ces aller et retour qu’il passera
d’une posture « d’acteur » à une posture « d’auteur
»(Ardoino .J.) capable d’être à l’initiative de son
traitement.
3.4 - Formes sociales de
l’alternance
Une lecture des formes sociales peut se faire à partir
de la nature des liens (Bourgeon G. 1979 ):
Alternance Juxtapositive
Il y a coexistence de « deux périodes d’activités différentes
: l’une de travail, l’autre d’étude sans aucune liaison
entre elles ». Ce système ne se préoccupe pas des stratégies
d’apprentissage des acteurs pour faciliter l’intégration
des savoirs. Il se crée des espaces et des temps d’apprentissages
indépendants les uns des autres. Il s’agit d’une forme
d’alternance à sens unique. Cette forme d’alternance
se rencontre lorsque les institutions n’établissent
pas d’autres liens entre elles que des contrats purement
administratifs garantissant les risques juridiques des
stagiaires. Nous trouvons ce mode lorsqu’il n’existe
pas de concertation entre l’institut de formation et
le terrain de stage hospitalier.
Alternance Associative
« une association par alternance d’une formation générale
et d’une formation professionnelle ». Le système éducatif
n’institue pas à son compte la totalité de la formation,
il rencontre et reconnaît le rôle du terrain. Chaque
institution s’attribue une partie des tâches éducatives,
par exemple, l’enseignement théorique pour l’une, l’enseignement
clinique pour l’autre. L’apprenant vit ainsi une alternance
de temps et de lieux différents sans qu’il n’y ait de
travail sur les interactions entre les éléments. C’est
l’aspect organisationnel de la formation qui prime laissant
à l’étudiant et au hasard le soin de gérer le « reste
».
Alternance Copulative
« compénétration effective des milieux de vie socio-professionnelle
et scolaire en une unité de temps formatif » Le système
institué minimisé gère peu d’informations : son pouvoir
se limite à organiser le temps et l’espace de la formation
pour définir les objectifs à atteindre. Il ne prétend
ni imposer ni surdéterminer des stratégies types, liées
à une emprise sur les acteurs. Il a du pouvoir sur l’évaluation
sommative. Pour le reste la maîtrise de la situation
d’alternance est largement transférée aux acteurs eux-mêmes.
Cette forme se rencontre dans le cas d’institutions
partageant un projet commun.
3.5 - Les conceptions
Deux conceptions se dégagent (Collin C. 1998).
- La vision intégrative
La vision « intégrative » est inspirée de Schwartz B.
Les périodes accomplies en hôpital visent à apporter
un savoir-faire technique, mais l’alternance doit favoriser
l’apprentissage de compétences de type comportemental.
La situation de travail sur le terrain est considérée
non pas comme une modalité d’application de savoirs
acquis en institut de formation, mais comme un mode
d’acquisition de compétences en tant que tel. « Les
savoirs de la compétence se construisent autant par
la réflexion dans l’action et sur l’agir professionnel
que par l’applicatîon des sciences »(Geay A. 2001).
Dans le cas du traitement physiothérapique de la bronchiolite
par exemple, c’est le rapport physique du praticien
à l’enfant qui signera sa compétence. La capacité à
doser son appui sur la cage thoracique sera déterminant
pour permettre l’expression des secrétions.
- La vision instrumentale
La seconde vision de l’alternance est de type instrumental
en ce sens qu’elle met davantage en avant les aspects
organisationnels et pédagogiques, elle constitue l’un
des moyens de satisfaire le souci de souplesse. C’est
dans cette vision que se trouvent par exemple les aspects
de conception et de mise en ceuvre des protocoles thérapeutiques.
Néanmoins une conception globale rapprochant les deux
visions est proposée: « L’alternance doit être aujourd’hui
regardée comme un processus de profession- nalisation
large ... » « .... L’alternance ne doit pas être considérée
comme un procédé pédagogique mais bien comme l’amorce
d’une pratique sociale nouvelle, un élargissement et
un enrichissement de l’approche de la qualification
professionnelle et de l’intégration dans l’entreprise
... »(Santelmann P. 1998).
L’alternance entre institut de formation et terrain
de stage constitue à la fois, un temps d’acquisition
des savoirs et des savoir-faire et un temps de construction
de la représentation du « soi » professionnel.
4. La Didactique en
alternance
Nous présentons dans cette partie les aspects essentiels
de la didactique permettant répondre aux objectifs de
la formation initiale des physiothérapeutes.
4.1 - Apprendre à problématiser
La logique théorie application est toujours menacée
de perte de sens pour l’apprenant. Sans pratique sociale
de référence, sans expérience à relire, le sens du savoir
scolaire est perdu pour beaucoup d’élèves. Cette logique
est dangereuse si elle est exclusive, car elle laisse
croire que tout problème a une solution. Il faut apprendre
d’abord à poser le problème. Il convient de développer
les démarches de problématisation et non seulement les
résolutions de problème.
4.2 - Simplifier et complexifier
En didactique l’apprentissage est pensé comme une construction
de savoirs, on retient deux idées essentielles « s’il
faut aller du simple au complexe pour que la connaissance
soit à la portée de l’apprenant, il faut aussi que la
situation didactique ait du sens pour lui en réponses
aux questions qu’il se pose » (Vergnaud G. 1992). Ces
deux principes sont en contradiction, d’un côté, il
faut opérer une simplification du problème pour que
l’élève comprenne, de l’autre, pour que ce problème
ait du sens il faut que l’élève puisse le mettre en
relation avec une activité sociale où ce savoir est
mis en jeu, donc une activité nécessairement complexe.
Enseigner revient toujours à simplifier et complexifier
à la fois.
Nous avons besoin aujourd’hui d’une double compétence
: des physiothérapeutes techniquement compétents mais
aussi capables de penser autrement face à la complexité
des problèmes humains et sociaux, car même les problèmes
techniques ont une dimension sociale. La logique de
l’alternance permet de fonctionner dans les deux sens.
L’alternance est capable de produire cette double compétence
dont la société a besoin. D’ailleurs l’Université a
développé ces dernières années de nombreuses formations
sous cette forme. « Penser l’alternance en formation,
c’est mettre la question du travail au centre des apprentissages.
L’alternance repose donc fondamentalement sur l’hypothèse
du travail formateur
Cette forme d’apprentissage occupe « ... une place privilégiée
pour le développement d’une intelligence de la complexité
» (Geay A. 2001).
4.3 - Produire du savoir
Apprendre ce n’est pas seulement consommer ou appliquer
un savoir détenu par d’autres, c’est aussi en produire
pour soi et être capable de transmettre. L’alternance
en obligeant l’apprenant à confronter les savoirs transmis
par d’autres aux savoirs produits par lui-même dans
son expérience, développe une forme d’intelligence particulièrement
adaptée à la complexité des situations professionnelles.
Il ne s’agit pas d’une démarche d’application des enseignements
théoriques, comme dans les études de cas, mais bien
d’une implication personnelle dans une action dont on
est responsable.
4.4 - Favoriser l’explicitation
La prise de conscience est le processus inverse de l’explication.
Il est nécessaire d’introduire dans l’alternance une
activité didactique d’explicitation (Vermersh P. 1994)
des situations vécues pour que l’expérience des apprentis
soit source d’apprentissage, activité de verbalisation
et activité de problématisation. Ce n’est pas l’activité
mais l’analyse de l’activité qui exerce une influence
déterminante dans le développement cognitif. La pensée
est à la fois un geste et une représentation. Pour (Piaget
J. 1974)« l’action constitue un savoir-faire parce qu’elle
mobilise des schèmes ... »
4.5 - Savoir pour comprendre
L’alternance se veut aussi éducative et culturelle.
Elle veut aussi aborder les savoirs pour eux-mêmes.
Partir de la pratique ne veut pas dire y rester. Il
faut aussi accéder à un rapport au savoir finalisé par
la compréhension. Savoir pour comprendre et non seulement
pour réussir.
4.6 - L’interdisciplinarité
pour approcher le sens global
L’interdisciplinarité paraît la seule réponse cohérente
parce que les situations réelles ne répondent pas à
la logique scientifique des découpages disciplinaires.
Et parce que également la confrontation des différents
spécialistes sur une question donnée est fructueuse.
5. Projet et
alternance
Une identité de projet, une autonomie de savoir
« L’existence d’un projet a une influence directe sur
la capacité des stagiaires à utiliser l’alternance à
leur profit et à constituer un savoir en leur nom propre
»Les stagiaires ont conscience d’avoir à faire à des
types de connaissances différents mais ils dépassent
ces clivages en mettant à l’épreuve leurs propres projets
dans les réseaux professionnels et en se constituant
un savoir personnel. Ainsi lorsqu’on leur demande à
qui ils font référence lorsqu’ils rencontrent un problème,
ils évoquent le plus souvent le terrain : lieu de validation
de la pratique. Toutefois la méfiance à l’égard du terrain
n’est pas absente ce qui ménage leur autonomie. En fait,
ils se référent surtout à leur propre jugement et leur
projet n’est pas le résultat d’une réflexion solitaire
mais « l’expression d’une affiliation professionnelle
à un milieu qu’ils aspirent maintenant à rejoindre ».
(Chaix M.L. 1996).
Le rapport entre l’école et le monde professionnel favorise
donc l’élaboration d’une identité professionnelle dans
le cadre d’une double référence : aux enseignements
de l’école et aux enseignements des professionnels.
Mais si l’une ou l’autre des parties ne remplit pas
son rôle, il y a perte de références, perte du sens
de la visée professionnelle ou repli sur la seule référence
scolaire.
L’alternance est donc un mode de formation où s’observent
ces processus de construction identitaire.
6. Conclusion
Une conception « applicationniste » du savoir sens théorie
pratique est contradictoire avec l’idée de compétence
professionnelle. Dans la conception traditionnelle,
la pratique pouvait toujours se ramener à de la théorie
appliquée. Or, le savoir professionnel ne respecte pas
ce modèle qui ne peut expliquer la capacité du professionnel
à réussir en situation complexe. Les savoirs de la compétence
se construisent autant par la réflexion dans l’action
et sur l’agir professionnel que par l’application des
sciences.
Pour poser les problèmes, il est essentiel de partir
des représentations du travail réel, de les expliciter
et de les analyser. Analyser des situations de travail
pour les modéliser c’est faire émerger le problème.
Pour cela il faut mettre en marche un processus d’explicitation
des actions qui permettra de repérer les dimensions
pertinentes des situations. Le passage à la conscience
réfléchie se fait par représentation et mise en mots.
Cette capacité de formalisation fait partie de la compétence.
Cette explicitation par verbalisation de l’expérience
est un outil d’apprentissage essentiel parce qu’il réduit
l’écart théorie pratique et fait émerger le sens. C’est
un travail d’aide à la construction de l’expérience
et à la construction de problème sous forme interdisciplinaire
(aspect généraliste, aspects techniques) qu’il convient
d’introduire dans l’alternance. faire découvrir une
science à faire et non pas une science toute faite dans
laquelle les différentes disciplines prennent sens par
rapport au problème qu’il faut d’abord construire avant
d’essayer de le résoudre. Il faut susciter chez les
apprenants une activité de formulation d’hypothèses
soumises à réfutation. Contribuer à développer une intelligence
de la complexité, forme d’intelligence s’enracinant
dans le réel, , tel est le challenge d’une ingénierie
pédagogique d’une alternance auquel doit s’affronter
la profession.
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