LE VIEILLISSEMENT DE L’EQUILIBRE,
DE LA POSTURE ET DE LA LOCOMOTION



Henri Portero cadre santé et le docteur Michel Caulier, organisateurs de cette journée des Sables d’Olonne ont demandé à Loïc Coquisart de faire part des recherches en biomécanique qu’il a menées depuis de nombreuses années sur le vieillissement de l’équilibre et sa prise en charge en rééducation.

L’équilibre est une fonction sensori-motrice mettant en jeu des capteurs, des intégrateurs et des effecteurs. Ils ont pour rôle d’adapter la statique et la locomotion aux éventuelles variations du milieu environnant. Chacun de ces éléments vieillit à son rythme, dissocié ou associé aux autres.

LES CAPTEURS
La première interface entre le corps en équilibre et le sol est constituée par la plante du pied dont le tissu renferme de nombreux capteurs proprioceptifs. Les modifications morphologiques et statiques du pied perturbent leurs messages ; la sédentarité voire l’inactivité contribuent à leur raréfaction. De plus, la démyélinisation des fibres de gros calibre sensées véhiculer les informations se traduit par un abaissement des vitesses de conduction. La stratégie de chevilles de l’adulte se voit donc remplacée en vieillissant par une stratégie d’équilibration de hanches, raccourcissant la distance que doivent parcourir les informations. L’appui unipodal devient difficile même pendant la phase oscillante de la marche, le pas se raccourcit aboutissant à terme à une marche où les deux pieds glissent sur le sol. (figure 1 )

Dans l’oreille interne, les otolithes se fragmentent, les cellules ciliées des parois se raréfient et l’endolymphe se charge en protéines, rendant le milieu plus visqueux. Progressivement, le sujet apprend à se passer de ces informations aboutissant à l’omission vestibulaire. Les demi-tours deviennent hasardeux sujet et le sujet, s’il ne perçoit plus les accélérations vers le sol lors des chutes, ne met pas en jeu de réactions automatiques de protection.(figure 2)
SENSIBILITE POSITIONNELLE DES
MEMBRES INFERIEURS
ERREUR MOYENNE EN DEGRES
 
25-45 ans
65-85 ans
Proximal
D
G
2,11° ± 2,70
2,67° ± 2,4
4,69° ± 3,13
5,32° ± 3,72
Distal
D
G
0,45° ± 0,79
0,35° ± 0,87
3,83° ± 3,93
3,26° ± 3,82
(fig. 1)


Schéma du vieillissement des otolithes.



(fig. 2)

Parallèlement, la raideur cervicale contribue également à réduire au silence les propriocepteurs du cou.
La perception visuelle ne permet plus au sujet âgé de prendre des repères orthonormés à distance dans l’environnement, a fortiori si celui-ci est vaste. Les contrastes sont moins bien perçus et l’appréciation des distances est erronée. Cependant, c’est autour de cette dernière entrée que s’organise préférentiellement l’équilibre vieillissant. On attachera donc une grande importance à l’adéquation des lunettes et à l’éclairage.


LES INTEGRATEURS
Sans en faire la liste exhaustive, on sait qu’ils sont chargés d’adapter les programmes en fonction des informations qu’ils reçoivent et de la mémoire motrice.
Le cervelet peut être responsable de modifications du polygone de sustentation. La dégénérescence cérébrale peut être à l’origine de comportements aberrants comme l’oubli des synergies de redressement, de l’adaptation posturale préparatoire à l’action. De plus, le vieillissement sous cortical altère les automatismes de la marche rendant le sujet incapable de marcher et parler simultanément.


LES EFFECTEURS
- Le muscle vieillit surtout au détriment des fibres rapides. Si l’équilibre statique reste possible, les réactions rapides sont dépassées lorsqu’il s’agit de réagir efficacement à des sollicitations inopinées.

- L’enraidissement progressif des articulations les rend également moins aptes à faire adopter au sujet une statique économique et à réagir rapidement en cas de besoin. La perte d’amplitude en flexion dorsale du pied peut être responsable d’un défaut de réaction lors d’un déséquilibre postérieur.

- Les yeux sont également des effecteurs, chargés sur ordre d’aller chercher des repères dans l’environnement, en collaboration avec la mobilité céphalique. Si celle-ci se restreint, cette fonction s’altère.


LE COUT ENERGETIQUE
- La statique en flexion de la personne âgée la contraint à utiliser des verrous actifs et par conséquent à consommer plus d’énergie rien que pour tenir debout.

- Lorsque la posture se fait en rétropulsion, le sujet ne peut plus se suspendre à ses triceps suraux et à leur fonction d’amortisseur. Les oscillations s’en trouvent majorées d’autant,augmentant ainsi encore plus la facture énergétique.


CONCLUSION Le vieillissement de l’équilibre est un processus multifactoriel dont les différents aspects doivent être connus, seule condition pour sortir de la marchothérapie pour adopter plutôt la devise : lève toi, tiens debout et marche. Chacune de ces consignes doit faire l’objet d’un travail spécifique.

Loïc Coquisart
Cadre de santé en Kinésithérapie,
Centre Hospitalier de DARNETAL
76160 Darnetal
Loic.coquisart@ch-darnetal.fr