Pourquoi un atelier équilibre ?
Expérience à l’observatoire de l’âge


Lors du dernier congrès de l’Association « Rencontres en rééducation » qui s’est déroulé comme chaque année aux Sables d’Olonne, Sylvie Laroudie nous a fait part avec la complicité d’Annick Soufflet d’une expérience très originale initiée par un assureur et qui est maintenant une action pérenne. Les kinésithérapeutes d’avant garde pourront trouver là matière à réflexion sur une diversification de leur activité.
Aujourd’hui, avec une formation solide, une capacité de communication et la volonté de convaincre, la kinésithérapie peut montrer des potentialités à exploiter

.

Qu’est ce que l’observatoire de l’âge ?


L’observatoire de l’âge appartient au groupe Médéric qui est une caisse de retraite de cadres. Il est depuis plus de 15 ans un centre de prévention médicale avec des médecins et des psychologues. C’est un lieu d’accueil, d’écoute, de conseil situé dans Paris.
Il organise :
• Des bilans de santé ( en 2001, 500 bilans sur ostéoporose ont été réalisés)
• Des conférences
• Des réunions d’informations
• Des ateliers

C’est également un centre de test ( en 2001 pour la DHEA)

Cinq espaces pour une sensibilisation active sous forme d’atelier sont proposés aux personnes retraitées vivant à domicile, en maison de retraite, ou en foyer logement.
• Atelier mémoire
• Atelier relaxation
• Atelier psychomotricité
• Atelier diététique
• Le dernier équilibre et prévention des chutes.

Le constat fait par les médecins lors des consultations est le même que celui que l’on retrouve dans la littérature : la fréquence des chutes augmente avec l’âge des retraités et les retraités vivent de plus en plus vieux.


Pourquoi un atelier équilibre ?


Comme des études épidémiologiques ont montré l’intérêt d’exercices réguliers sur la diminution des risques de chutes, l’observatoire de l’âge a décidé dans un premier temps en 2000 de réaliser une conférence sur le sujet. 99 personnes se sont inscrites (habituellement la moyenne est de 30) ce qui montre bien l’intérêt des retraités pour le sujet. La moyenne d’âge était de 74 ans et 64% était déjà tombé.

Suite a cette conférence, le médecin a décidé de créer ce nouvel atelier (équilibre et prévention des chutes)


Comment ?

Ensemble avec l’équipe de l’observatoire nous avons élaboré une stratégie de fonctionnement respectant les contraintes imposées

- Les horaires 14h30 - 16h le vendredi après-midi, seul créneau horaire disponible pour la salle de gym.
- La situation de la salle située sous les combles d’un bel immeuble parisien, accessible par un ascenseur puis par escalier ( premier test pour participer à l’atelier équilibre 20 mar ches à monter et descendre).

- La taille de la pièce impose de limiter le groupe à 10 personnes
- L’investissement en matériel ne devait pas être extravagant.
- La faible disponibilité de ces retraités cadres pluri-actifs qui sont souvent en déplace- ments (garde petits d’enfants, voyages, maisons de campagne, familiale).

Le déroulement de l’atelier a été décidé en fonction des habitudes de l’observatoire

• Les ateliers ont une durée limitée dans le temps 5 séances d’une heure trente
• Les retraités s’y inscrivent contre une faible participation financière
• La priorité est toujours aux nouveaux inscrits
• Toute personne voulant s’inscrire doit fournir un certificat médical d’aptitude

Afin de pouvoir évaluer l’efficacité de ces groupes équilibres dans le temps nous avons souhaité mettre en place un programme précis.

Dans un premier temps une évaluation individuelle est effectuée.

• Afin de situer les capacités d’équilibration des participants.
• Afin de connaître leur ressenti par rapport à leur fonction d’équilibration et par rapport à la chute.
• Afin de les informer sur le déroulement de l’atelier.
• Afin de composer des groupes homogènes.

Lors de ce test, sont évaluées objectivement et subjectivement les fonctions d’équilibration Une évaluation objective utilisant des critères reconnus comme ayant un lien avec l’origine des chutes.

• L’état cutané des pieds
• Une évaluation de la sensibilité des récepteurs cutanés plantaires
• Une évaluation de la mobilité articulaire et plus particulièrement celle du rachis cervical et des chevilles.
• Une évaluation de l’équilibre unipodal sur 10 s
• Une évaluation globale des fonctions d’équilibration par le GET UP AND GO chronomé tré et le TINNETI non coté pour connaître la sémiologie.

Une évaluation subjective s’intéresse au ressenti

• sur les chutes déjà vécues
• sur la peur de chuter
• sur d’éventuelles restrictions d’activité

Ce test permet de comparer les différents paramètres avant et après l’atelier.

Ensuite 5 séances d’une heure et demi sont proposées dans lesquelles tous les systèmes nécessaires à l’équilibration sont travaillés progressivement. L’objectif étant de stimuler, de faciliter d’entretenir le geste performant le moins coûteux énergétiquement.
Les exercices utilisés sont ludiques utilisant des cerceaux, des rubans des balles et des ballons.
Le matériel choisi n’est pas sophistiqué.
Des tâches de plus en plus complexes sont demandées aux participants afin de stimuler les ajustements posturaux qui sont difficiles avec l’âge.
Il faut éviter l’oubli des automatismes moteurs, la désadaptation due à la non-utilisation
Par une re-programmation neuromotrice et une poly stimulation.
Les exercices sont répétés plusieurs fois afin d’être automatiser.


Les systèmes d’équilibration travaillés :

• La sensibilité plantaire par un travail sans chaussures.
• Le réflexe vestibulo oculaire par stimulation de la mobilité des globes oculaires.
• La mobilisation articulaire plus particulièrement le rachis cervical et cheville .
• La mobilisation du rachis cervical afin d’améliorer la prise en compte de l’espace et de la verticalité et l’ancrage du regard la cheville afin d’entretenir les réactions automatiques d’équilibration par un entretien des stratégies de cheville ainsi que l’entretien des informations proprioceptives et somesthésiques.
• La stimulation vestibulaire par des exercices variant les directions et les rythmes.
• Le travail des réactions parachutes.
• L’apprentissage du relever du sol.

Une information sur l’intérêt d’une prise en charge des troubles trophiques des pieds et du chaussage est réalisée

En fin d’atelier, une évaluation objective et subjective est réalisée afin de pouvoir comparer les résultats avec ceux obtenus lors du premier bilan. Une liste de 5 exercices à faire quotidiennement est donnée aux participants.
Un document sur l’ergonomie domestique leur est remis pour réaménager éventuellement leur habitat en éliminant les facteurs de risques.
Les mêmes tests sont proposés 6 mois après afin de voir si les progrès obtenus sont maintenus ou pas.


Résultats

5 ateliers ont été réalisés jusqu’alors,33 personnes y ont participé. La plupart sont des personnes seules actives prenant des risques, vivant en région parisienne. 4 hommes et 29 femmes. Les âges se situent entre 68 ans et 86 ans.

Lors du bilan objectif initial, les items significatifs sont :
- L’appui unipodal fréquemment d’une durée inférieure à 10 s
- La durée du get up and go qui est entre 15 et 20 s
- Les réactions parachutes sont émoussées

Lors de l’entrevue, les personnes nous donnent comme motivation pour s’inscrire :
- Le nombre de personnes dans l’entourage déjà tombées
- La sensation d’instabilité à la marche
- L’obligation de diminuer certaines activités
- La surprise ou le choc des personnes ayant déjà chuté
- Personnes ayant peur de tomber

Ce qui est intéressant c’est la différenciation systématique des personnes entre une chute ayant une cause extrinsèque qui pour elle n’est pas une chute et la chute liée à un facteur intrinsèque qui correspond à leur yeux à la chute dangereuse ! La plupart des personnes même si elles ont peur de la chute n’ont pas réduit leur activité.
La plupart des personnes qui s’inscrivent à l’atelier ont déjà participé aux autres ateliers Ou étaient des personnes sportives escalade, golf, danse ...

Les tests finaux mettent en évidence des progrès objectifs :
• L’appui unipodal est amélioré en temps
• Le get up and go est réalisé en moins de 15 s
• Les réactions parachutes sont présentes

Au niveau subjectif, les personnes se sentent plus stables, plus sécurisées et pour certains ont repris certaines activités. Ils déclarent tous avoir gagné de l’assurance.

A 6 mois le sentiment d’assurance est maintenu 50% des personnes réalisent les exercices préconisés et tous souhaitent renouveler l’expérience. Les acquis objectifs sont maintenus. Pour les personnes qui sont tombées elles ont su se relever seules.
L’augmentation de l’activité voire même des risques est perçue lors de cette évaluation. Certaines personnes ont pris conscience de la diminution insidieuse de leur activité. Les bilans de cette première expérience sont très encourageants et nous motivent donc pour continuer. Nous espérons que les chiffres obtenus seront favorables avec une population plus grande.

La demande actuelle des retraités est forte, et en perpétuelle augmentation, de nouveaux ateliers sont prévus à la rentrée. Le souhait de l’observatoire de l’âge serait de multiplier les ateliers mais il est difficile de trouver des kinésithérapeutes disponibles et intéressés par le sujet.
S. Laroudie Cadre de santé, ergonome EFOM Paris
efom.consultants@efom.fr