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Evaluation du risque de chute et/ou du trouble de l’équilibre
Le
thème du congrès de l’association Rencontres en rééducation
et du centre hospitalier Côte de Lumière était cette
année : la prévention des chutes et des fractures de
la personne âgée. Cette journée a été l’occasion d’échanges
entre professionnels intéressés par ce thème encore
mal exploité par les kinésithérapeutes. France Mourey
nous a fait part avec la rigueur qu’on lui reconnaît
des tests d’évaluation à la disposition des confrères
soucieux d’appuyer leur pratique sur des évaluations
validées.
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F.Mourey
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La
chute du sujet âgé est le plus souvent le résultat d’un
processus multifactoriel incluant des facteurs de risque
intrinsèques et des facteurs environnementaux. Ainsi,
l’évaluation du risque de chute repose sur des échelles
extrêmement longues reprenant les facteurs de risque les
plus performants. L’approche concernant les aptitudes
d’équilibre et de marche concerne plus particulièrement
les rééducateurs. Certains tests réalisés en laboratoire
nécessitent un matériel spécifique. C’est le cas avec
les plate-formes de force qui permettent d’enregistrer
les déplacements du centre de pression des pieds du sujet.
Il n’existe à notre connaissance que très peu d’études
ayant objectivé une corrélation entre le risque de chute
et l’altération des paramètres posturaux enregistrés sur
plate-forme. Dans le domaine cliniques de nombreux tests
existent pour évaluer les aptitudes d’équilibre et de
marche
Le test de
Tinetti
L’observation des anomalies de l’équilibre repose sur
13 situations posturales cotées selon 3 niveaux (normal,
adaptatif et anormal) et celle de la marche sur 9 autres
temps d’examen cotés selon 2 niveaux (normal et anormal).
Concernant le risque de chute, Tinetti présente dans une
étude ultérieure une échelle réduite à 7 items cotés selon
2 niveaux (normal, anormal) qui apparaît corrélée au risque
de chute. Contrairement à ce qui a pu parfois être amené
dans la littérature, nous ne disposons pour le test de
Tinetti d’aucune valeur seuil permettant de prédire un
risque de chute ; la valeur seuil de 19 parfois rencontrée
est à priori issue de la première étude de Tinetti, tandis
que l’échelle de cotation du test était alors différente
de celle utilisée aujourd’hui.
C’est pourquoi, le test de Tinetti nous paraît être essentiellement
un outil pédagogique de grande qualité permettant d’évaluer
avec une grande précision sémiologique les anomalies de
l’équilibre et de la marche du sujet âgé.
L’échelle d’équilibre
de Berg («
Berg Balance scale »)
Il s’agit d’une évaluation de l’équilibre qui repose sur
l’observation de la performance de 14 mouvements habituels
de la vie quotidienne. Le système de cotation est une
échelle à 5 niveaux (0 à 4) déterminé selon la qualité
du mouvement et de la posture et le temps pris pour la
réalisation de la tâche. La validation de ce test est
un modèle du genre. Malheureusement, l’imprécision dans
la définition des items la rend difficilement utilisable
comme test de référence destiné à des études scientifiques.
L’utilisation de l’échelle d’équilibre de Berg semble
particulièrement intéressante dans le suivi de la réhabilitation
afin d’établir un pronostic fonctionnel chez des patients
pris en charge pour AVC.
Le « Get up
and Go » test
Ce test permet d’évaluer la qualité de l’équilibre par
l’observation de tâches motrices habituelles sollicitant
largement le contrôle postural. Le sujet est assis sur
un siège avec accoudoirs placé à 3 m d’un mur. Il lui
est demandé de se lever, d’observer une station debout
immobile quelques instants, puis de marcher jusqu’au mur,
de faire demi-tour sans toucher le mur, de revenir à la
chaise, de se retourner et de s’asseoir. Malheureusement,
la cotation du test est imprécise selon une échelle de
1 à 5. La corrélation entre le «Get Up and Go » et le
risque de chute n’a jamais pu être établie.
A l’inverse le « Timed Up and Go » test a été bien validé.
Le déroulement du test est simplifié : le patient se lève
d’un fauteuil, marche 3 mètres, se retourne, revient et
s’assied dans le fauteuil. Ce test permet de déterminer
la mobilité des patients selon 3 groupes :
1) les sujets qui réalisent le test en moins de 20 sec
sont totalement indépendants (possibilité de sortir dehors
avec sécurité);
2) les sujets qui réalisent le test en 30 sec ou plus
sont dépendants physiquement pour l’ensemble des actes
de la vie courante ;
3) les sujets qui réalisent le test en plus de 20 sec
et moins de 30 sec ont des aptitudes de mobilité incertaines.
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L’évaluation
de la peur de tomber
La peur de tomber exprimée par le sujet semble associée
à une altération de ses aptitudes posturales et à une
perte de sa mobilité. Mais là encore, à notre connaissance,
aucune relation n’a pu être établie entre la peur de tomber
et le risque de chute.
L’appui unipodal
L’évaluation de la qualité et du temps maximal de l’appui
unipodal est un paramètre observé dans la plupart des
tests évaluant la marche et l’équilibre. L’étude de Vellas
et al. a montré que les patients qui ne pouvaient pas
se maintenir durant 5 secondes sur un pied avaient un
risque de chutes graves plus élevé. Ce test facile et
rapide semble très adapté pour le dépistage systématique
du risque de chute dans une population âgée tout venant.
Le « Stops
walking when talking » test
Il s’agit d’un test intéressant concernant le degré d’automatisation,
publié récemment, pour lequel nous ne disposons d’aucune
étude de validation. Cette épreuve, réalisée sur un échantillon
de 58 résidents de maison de retraite, consistait, lors
de la marche, à instaurer une conversation avec le sujet.
L’attention nécessaire à poursuivre la conversation imposait
l’arrêt de la marche pour certains d’entre eux. Ces sujets
présentaient un risque de chute plus important dans les
6 mois suivants.
Si, comme nous l’avons vu, le risque de chute reste très
difficile à prédire, l’évaluation de l’équilibre et de
la marche a pour objectif essentiel de proposer une démarche
médicale et réadaptative permettant d’améliorer la mobilité
du patient et de réduire le risque de dépendance ultérieure.
En effet, l’altération des aptitudes de marche et d’équilibre
s’intègrent parmi les déficits fonctionnels les plus fréquemment
observés dans les états de fragilité du grand vieillard
(« frail elderly ») et elle représente un facteur prédictif
d’institutionnalisation tandis qu’elle est corrélée à
la mortalité.
L’évaluation de l’équilibre et de la marche repose sur
des instruments différents, fonction des caractéristiques
de la population testée :
1. Dans le cadre d’un
bilan gérontologique chez des sujets âgés autonomes à
domicile. Les aptitudes du sujet à maintenir l’appui unipodal
plus de 5 secondes représentent actuellement le test le
plus rapide pour sélectionner une population présentant
des troubles de la posture et nécessitant de ce fait une
évaluation plus poussée.
2. Chez un patient
ayant déjà chuté ou présentant des troubles de la marche
et de l’équilibre.
L’interrogatoire précisera la fréquence et les caractéristiques
exactes de survenue de la chute. L’examen clinique sera
complet. Sur le plan ostéoarticulaire, une attention particulière
sera apportée à l’évaluation de la qualité de la dorsiflexion
de cheville, amplitude articulaire particulièrement compromise
chez les chuteurs ainsi qu’à l’examen attentif des anomalies
du pied. De même, l’évaluation de la stabilité du genou
nous paraît indispensable. En effet, l’amplitude articulaire
du genou apparaît comme un facteur directement corrélé
à la mobilité; en outre, notre expérience clinique nous
a montré que la laxité de genou occasionnait des dérobements
du membre inférieur et conduisait à un risque de chute
imprévisible. L’évaluation de l’équilibre telle qu’elle
a été proposée par Tinetti est particulièrement pertinente
dans l’objectif d’un diagnostic et d’une prise en charge
adaptée.
Notre expérience clinique nous amène à nous intéresser
tout particulièrement aux items suivants :
1) l’équilibre en position assise
avec notamment l’existence d’une rétropulsion témoignant
d’une franche altération des aptitudes posturales;
2) l’évaluation du lever du fauteuil et du retour en position
assise qui mettent en jeux des schémas posturaux complexes
indispensables à l’autonomie de la personne âgée ;
3) la résistance à une légère poussée déséquilibrante
appliquée en avant mais aussi en arrière afin d’évaluer
la qualité des réactions d’équilibration.
Nous rajoutons la recherche des réactions parachutes aux
membres inférieurs comme aux membres supérieurs, obtenues
après une poussée plus ample permettant de faire sortir
le centre de gravité de l’individu du polygone de sustentation.
L’évaluation de la marche selon l’observation proposée
dans le GARS permet de compléter avec précision les caractéristiques
concernant l’équilibre.
L’examen des aptitudes du patient à se relever du sol
doit impérativement compléter l’examen de l’équilibre
et de la marche car l’impossibilité de se relever spontanément
du sol témoigne d’une altération des schémas moteurs complexes.
Enfin le Test Moteur Minimum semble particulièrement adapté
aux sujets âgés fragiles.
Conclusion
De nombreuses échelles ont été proposées pour évaluer
l’équilibre et la marche du sujet âgé. Ces tests s’avèrent
rarement prédictifs d’un risque de chute qui relève d’une
composante multifactorielle difficile à appréhender par
une approche réduite à l’évaluation des aptitudes posturales
et d’équilibre d’un sujet.
Par contre, ces tests s’avèrent être des outils de valeur
permettant d’observer avec une grande précision sémiologique
les anomalies de la marche et de l’équili-bre du sujet
âgé afin de proposer une prise en charge médicale et réadaptative
de qualité.
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F.MOUREY
Cadre de santé MK. Docteur
Es Sciences
Service de Médecine Gériartrique.
Centre de Gérontologie de Champmaillot
2, rue Jules Violle - CHU BP 87 909
21079 DIJON Cedex
E-mail : france.mourey@chu-dijon.fr
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