LES FORUMS DEBATS DU MONDIAL REEDUCATION/EQUIP'SALLES

Le massage en question.
Un avenir pour la profession.

Lors du dernier Mondial Rééducation/Equip’salles, Monsieur Philippe GOETHALS, son président, a organisé deux conférences le samedi 5 octobre, afin que le salon soit encore davantage un lieu d’échanges entre les professionnels sur les problématiques et les évolutions de leur activité. Exercice réussi qui a retenu l’attention, pour chaque rendez-vous, d’un peu plus de 150 personnes venues exprimer leur point de vue sur les deux thèmes choisis cette année. Nous espérons que ces débuts prometteurs se poursuivront dans les années à venir et conforteront la position de leader de ce salon en matière de forum professionnel.
Oriane MARTIN - Jean-Pierre ZANA
La première conférence sur le massage fut une rencontre quasi historique entre les esthéticiennes et les kinésithérapeutes sur ce thème. A la tribune, autour de Philippe GOETHALS, se trouvaient Madame Michèle de LATTRE-PIERANTONI, rédactrice en chef du mensuel Les Nouvelles Esthétiques, Madame Sophie MEYER, kinésithérapeute et esthéticienne et Monsieur Dominique REDUREAU, kinésithérapeute D.E., attaché à l’Hôpital Européen de Paris. Pour représenter les kinésithérapeutes, Monsieur Jean-Paul DAVID, gérant de l’hebdomadaire Kiné Actualité et président de la F.F.M.K.R., était présent, accompagné de Madame Fanny RUSTICONI déléguée fédérale à l’exercice illégal, de Madame Françoise MASSON kinésithérapeute de bien-être et de Maître Valérie PLOUTON, avocat. Lors de l’introduction du débat, Philippe GOETHALS a souhaité souligner que de la rencontre et du dialogue pourrait naître une certaine entente entre les deux professions, masseurs kinésithérapeutes et esthéticiennes. Il a ensuite cédé la parole aux représentants des deux professions pour leur permettre d’exposer le fond du débat. Nous transcrirons dans les lignes qui suivent l’essentiel des propos qui nous sont apparus signifiants de l’ambiance qui a régné lors de cette conférence.


Jean-Paul DAVID
La rencontre de ce samedi 05 octobre au matin a été organisée pour que les deux partis en présence, à savoir les kinésithérapeutes et les esthéticiennes, apprennent à se connaître. Il s’agit de faire évoluer les relations (parfois tendues) qu’ils entretiennent.
Il existe un vrai problème : celui du massage.
A ce sujet, le code de la santé publique est clair : le massage est réservé aux personnes diplômées en kinésithérapie.
Toutefois, la réalité s’oppose à un fait ; Il y a environ 50 000 kinésithérapeutes en France dont 42 000 exercent en libéral et il faut faire face à une demande toujours croissante en soins du corps, en massages de bien-être… La demande est actuellement plus forte que ce que la profession peut apporter. Il existe donc un problème, un décalage entre la loi et ce qui se passe réellement. La loi est rigoureuse mais il faut être lucide, il faudra trouver une solution…

Michèle de LATTRE-PIERANTONI
Nous voulons rassurer les kinésithérapeutes, nous ne pratiquons pas et n’avons pas l’intention de pratiquer le massage thérapeutique. D’autre part, nous n’avons pas les mêmes clients : Les gens vont chez le kiné pour se faire soigner, vous avez des patients, et ils se rendent chez l’esthéticienne pour être bien, pour parler, se détendre, se relaxer…
Nous avons davantage de femmes dans nos instituts.

Sophie MEYER
Il y a une contradiction évidente qui rend chaque profession victime de la situation puisque les études d’esthétiques qui préparent à un diplôme d’Etat ont, dans leur programme, les pratiques manuelles de massage.

PUBLIC (Kiné)
Les techniques chirurgicales nous sont enseignées pendant nos études de kiné et pourtant nous ne pratiquons pas ce genre d’acte.

Sophie MEYER
Les esthéticiennes n’ont pas de patientes mais des clientes. Nous travaillons sur des personnes en bonne santé. Les esthéticiennes sont capables de détecter les soucis de santé chez leurs clientes.

Dominique REDUREAU
Nous sommes devant un fait évident : il y a deux sortes de massages, le massage thérapeutique d’un côté et un véritable phénomène de société de l’autre. On assiste en effet à l’émergence de tous types de massages tels que le massage oriental, le shiatsu… La question est de savoir si l’on va pouvoir contenir cette déferlante. Il y a le droit qui est incontestable, mais il va falloir s’organiser.

Jean-Paul DAVID
Dans la mesure où un professionnel pratique des gestes de relations avec le toucher, cela implique une formation spécifique adaptée.
Il y a peu de différence entre thérapeutique et esthétique. Un massage, quel qu’il soit, n’est pas anodin et ne peut être pratiqué que par le kinésithérapeute. Nous sommes là pour éviter les soucis, les dérives en tous genres. Certains comportements du toucher peuvent dévier sur des problèmes moraux très graves comme des dérives sectaires. Il convient de souligner que la Fédération est en relation avec la MILS (Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes). Tout ce qui touche à la relaxation, au bien-être sont des structures susceptibles de servir au recrutement des sectes.

Françoise MASSON
Un petite précision : nos patients ne sont pas forcément malades et peuvent venir nous consulter dans le cadre d’une prise en charge globale afin d’obtenir un bilan sérieux dans des domaines tels que l’amincissement, la remise en forme…

Valérie PLOUTON
Je souhaite rappeler le Droit actuel, le Droit positif et vous donner quelques définitions précises :
- d’une part vous remémorer l’Article L 487 du décret de 1996 où la définition est extrêmement claire et explicite : le monopole du massage est détenu par les kinésithérapeutes.
- d’autre part l’Article L 4321-1 publié lors de l’année 2000 où la définition a été légèrement modifiée mais qui confirme le monopole du massage par la profession de kinésithérapeute.

PUBLIC (Esthéticienne)
Les dérives et les incompétents existent partout et dans toutes les professions. Il est important que nous travaillons ensemble.

PUBLIC (Monsieur SALTARELLI – ACTION KINE MASSAGE)
On ne peut pas faire de distinction entre différents types de massage. Tout massage aura des conséquences sur l’organisme donc le pratiquer ne relève pas du domaine de compétence des esthéticiennes. Il s’agit de prendre en charge le patient dans son ensemble.

• Fanny RUSTICONI
La politique de la Fédération est d’attaquer le plus souvent possible lorsque ce n’est pas un masseur kinésithérapeute qui pratique le massage.

Valérie PLOUTON
La formation des esthéticiennes n’implique pas l’exercice de cet enseignement.

PUBLIC (Kiné)
Comment être certain que les esthéticiennes respecteront la loi s’il y a partage des compétences alors qu’elle ne la respecte en aucun cas pour le moment ? (Référence est faite aux procès passés ou en cours).

PUBLIC (Cliente)
Je fais tout à fait la différence entre un massage thérapeutique et un massage esthétique, dit de confort. Si j’ai mal au dos, que je me sens nouée, j’irai de toute évidence chez le kiné. En revanche si j’ai besoin de me détendre, de me faire dorloter et de ne plus penser à rien, j’irai chez l’esthéticienne.
Les kinés ne désirent pas forcément pratiquer le massage de confort et n’ont parfois pas le temps de le pratiquer, leur cahier de rendez-vous étant déjà bien rempli.

PUBLIC (Esthéticienne)
Retour sur les études d’esthétique ; Trois niveaux, et les niveaux 2 et 3, à savoir équivalent Bac professionnel et BTS, permettent d’exercer les soins du corps. Il y a 7000 diplômés par an qui ont les compétences nécessaires pour pratiquer le massage esthétique.

PUBLIC (Kiné)
Les kinésithérapeutes sont des professionnels qui procèdent à un diagnostic avant de masser le patient. Il faut que tout le monde reste à sa place, à chacun son métier.

PUBLIC (Kiné)
Je ne veux pas que l’on m’impose un choix. Je veux pouvoir pratiquer à ma guise, à la fois les massages thérapeutiques et ceux dits esthétiques.

PUBLIC (Jean-Jacques MAGNIES Président du SNMKR)
En tant que syndicat représentatif de la profession de kinésithérapeute, nous veillons à la reconnaissance et au maintien de la loi. Pour nous, le choix est fait : nous conservons le massage et le revendiquons. La loi est la loi, mais nous sommes conscients que si les faits nous rattrapent, il faudra agir.

PUBLIC (Gérant de salle de sport)
Il est évident que les kinésithérapeutes ont une image thérapeutique et que les esthéticiennes ont une image de bien-être. Il faut que dans les salles de sport, chacun intervienne en fonction de ces compétences : les masseurs kinésithérapeutes en thérapeutique, les esthéticiennes en beauté.

Jean-Paul DAVID
Le problème ne vient pas tant des esthéticiennes qui sont formées à ces techniques mais des autres personnes qui pratiquent sans formation.
C’est là qu’est le vrai danger !

La conférence se termine par d’autres interventions qui mettent en évidence le fait qu’il faille trouver une solution, cette situation ne pouvant durer éternellement. Un kinésithérapeute de l’assistance explique que depuis qu’il s’est installé, il a pris la décision de travailler en collaboration avec des esthéticiennes, au sein de la même structure et qu’ils se partagent désormais les tâches sans aucun conflit.


Le devenir du métier de kinésithérapeute.

Philippe GOETHALS s’est entouré, pour ce second débat, des présidents des syndicats de la profession, messieurs Jean-Paul DAVID pour la FFMKR, Jean-Jacques MAGNIES pour le SNMKR et Patrick BEGUIN pour OBJECTIF KINE. Après les politesses d’usage, le débat s’est engagé avec les professionnels présents dans la salle. Les lignes qui suivent n’ont l’ambition de n’être que le reflet des idées exprimées.
Oriane MARTIN - Jean-Pierre ZANA

Jean-Jacques MAGNIES s’est réjoui de cet échange avec les professionnels et a tenu à souligner qu’il n’y a pas de concurrence entre les deux syndicats représentatifs.

Patrick BEGUIN précise que la création de son syndicat résulte des difficultés de communication entre les deux structures. L’organisation qu’il représente a la volonté de créer une chambre professionnelle élue démocratiquement qui aurait des possibilités ordinales.

En réponse, Jean-Paul DAVID a rappelé que le débat est ouvert à tous même aux organisations non représentatives, mais que les décisions sont prises par les instances représentatives, avec les adhérents de sa fédération.

Le public a réagi en regrettant que ceux qui ne se retrouvent pas dans le courant de pensée de tel ou tel syndicat se sentent exclus du débat sur la profession.

Jean-Paul DAVID
et Jean-Jacques MAGNIES ont, en réponse à cette question, souligné que la démocratie exigeait l’engagement individuel dans les structures institutionnelles afin de participer aux débats et agir sur ceux-ci. La force d’un syndicat n’est pas le nombre de ses adhérents, souligne Jean-Jacques MAGNIES, mais le nombre de votants. C’est par ses suffrages directs que l’on voit la force d’une organisation syndicale.

Nomenclature, quotas, IFD, les questions techniques se succèdent…
A retenir :
- « Nous ne voulons plus des quotas » (Jean-Paul DAVID)
- « On tend vers l’autonomie des kinésithérapeutes » (Patrick BEGUIN)
- « Il faut imposer notre profession par ses bilans, Il faut agir, frapper fort et demander ce à quoi nous avons droit » (Jean-Jacques MAGNIES)

Le politique cède non pas seulement par la stratégie de l’organisation syndicale, mais aussi par la pression de l’opinion publique, c’est à dire vos patients donc vous. (Jean-Paul DAVID)

En réponse à un kinésithérapeute salarié qui demandait si les trois organisations présentes seraient prêtes à l’accueillir ainsi que ses confrères salariés, Jean-Jacques MAGNIES précise qu’il ne doit pas y avoir de kinésithérapie à deux vitesses et qu’il serait inadmissible d’appliquer un code déontologique qui ne concerne qu’une partie de la profession.
Jean-Paul DAVID
rappelle que la FFMKR accueille les salariés.
Quid du devenir de la profession ?

Le praticien dans son cabinet peut se sentir frustré de ne rien lire sur les évolutions techniques et technologiques, sur les bonnes pratiques de rééducation, sur la thérapie manuelle kinésithérapique qu’il conviendrait peut-être de soutenir sur la prévention. Tout autre question pourrait lui permettre de se reporter vers la lecture d’articles scientifiques et cliniques qui montrent que des chercheurs ou confrères oeuvrent pour valider la technicité et les pratiques des kinésithérapeutes reconnues du grand public depuis longtemps mais mal appréciées des pouvoirs publics.

A d’autres débats peut-être…