SECOND CONGRES NATIONAL DE TECHNIQUES DE REEDUCATION.






15 & 16 JUIN 2002

L’Association Nationale des Kinésithérapeutes Physiothérapeutes Libéraux du Maroc et l’Association Marocaine des Physio-kinésithérapeutes, organisent les 15 et 16 Juin 2002
le 2ème congrès National des Techniques de Rééducation. sur le thème de LA SCOLIOSE VERTEBRALE

Typologie, Traitements orthopédiques, Chirurgie, Techniques kinésithérapiques.
En juin dernier, Fmt Mag était présent pour la deuxième édition du congrès National des kinésithérapeutes et physiothérapeutes marocains qui a réuni près de 300 participants venus de l’ensemble du Maroc, des grandes agglomérations connues aux plus petites inconnues. De nombreux salariés sont venus rejoindre les professionnels libéraux et près d’une cinquantaine d’étudiants n’ont pas hésité à faire le déplacement de Casablanca avec leurs enseignants et leur direction. Une belle leçon pour ceux qui, en France, « s’arrachent les cheveux » pour organiser un congrès et réunir ainsi quelques professionnels sur un thème porteur. Le thème de ce congrès, peu attractif pour un kinésithérapeute Français fut essentiel pour nos collègues Marocains, compte tenu des difficultés qu’ils ont à prendre en charge ces patients encore trop souvent cachés dans les zones rurales et urbaines les plus retirées.
Lionel FAUVY, Philippe VOISIN et moi-même avons apporté notre connaissance et notre compétence lors de ce congrès. Nous sommes restés très fortement impressionnés par la qualité d’écoute de nos hôtes, la pertinence de leurs questions, et leur volonté d’apprendre. Un grand bravo à Fatmi El Kadiri et Amine Alioua, présidents des associations organisatrices. Toutes nos félicitations aux équipes qui les ont accompagnées tout au long de cet événement. Nous assurerons avec plaisir la publication de votre 3ème congrès.

Inchallah… Jean-Pierre ZANA

Voici trois extraits d’interventions des nombreux sujets de ce rendez-vous marocain.
Organisation musculaire du rachis au regard de la scoliose Jean-Pierre ZANA, Cadre de Santé, Ergonome, EFOM – Ecole Boris DOLTO Paris

Le pourquoi et le comment des déséquilibres du rachis sont d’autant plus complexes que les muscles en cause sont nombreux, de types très divers avec des orientations diversifiées.

Ils doivent remplir une double fonction, lutter contre la pesanteur par leur action antigravifique, mais aussi mouvoir l’empilement osseux que constitue la colonne vertébrale dans les différents plans de l’espace.

Chez le scoliotique, les différentes formes de scolioses entraînent des déséquilibres spécifiques du côté droit et du côté gauche des muscles para vertébraux et des muscles des ceintures. Chaque muscle réajuste son équilibre tonique.

Le kinésithérapeute doit s’interroger et interroger les structures qu’il mobilise en se demandant : Les déséquilibres musculaires sont-ils responsables ou victimes de la scoliose ?

Rappel de la myologie du rachis :
- des muscles courts, plaqués en parallèle sur le rachis.
Ils présentent une structure anatomique de type tonique et sont innervés par les branches postérieures des nerfs rachidiens. Ils représentent le système longitudinal. Ils jouent un rôle à prédominance statique d’érection et de réglage final du geste.

- des muscles plus larges tendus des ceintures au rachis. Ils présentent une structure anatomique de type phasique ; ils sont innervés par les collatérales des plexus, les branches antérieures des nerfs rachidiens . Ils représentent le système transversal. Ils ont un rôle à prépondérance dynamique imprimant le mouvement vertébral avec un point d’appui de ceinture.


Physiopathologie abrégée :
• Au niveau lombaire
- le sommet de courbure se situe entre L1 et L3
- il existe un déséquilibre droit/gauche
- le psoas major est en général contracturé du côté convexe
- le quadratus lomborum est en général contracturé du côté concave

Au niveau dorso-lombaire
- Le sommet se situe en regard de la charnière dorso-lombaire déséquilibre palpatoire des m. paravertébraux
- déséquilibre entre Latissimus dorsi droit et gauche (perte d’extensibilité côté convexe)

Au niveau dorsal moyen
- le sommet de courbure est en regard de D6 – D8
- déséquilibre des m. paravertébraux Dt et G
déséquilibre trapesus medius et inferior (hypotoniques et étirés côté convexe)
déséquilibre du pectoralis major et serratus anterior ( contracturé du côté convexe)

Au niveau Cervico – Dorsal
- le sommet de courbure est en regard de D3
déséquilibre des m. paravertébraux Dt et G
déséquilibre des rhomboidei (contracturés côté concave)

Les traitements traditionnels de la scoliose idiopathique restent encore d’actualité.
Il s’agit d’un traitement fonctionnel pour des courbures inférieures à 30°, un traitement orthopédique pour des scolioses entre 30° et 50° et un traitement chirurgical pour des courbures supérieures à 50°. Les critères d’évolutivité que sont l’âge de la scoliose et le nombre de degrés perdus par an en regard de l’âge de l’enfant, constituent les éléments essentiels de l’adaptation des techniques kinésithérapiques.

En ce qui concerne le traitement kinésithérapique, il a pour but essentiellement de retrouver un équilibre sur les schémas soulignés plus haut, c’est à dire de libérer les éléments trop tendus dans les concavités et de renforcer les muscles faibles.

Les techniques traditionnelles (KLAPP, NIDIERHÔFFER, SCHROTT) semblent abandonnées au profit, après une analyse précise des tissus mous, de techniques différentiées pour chaque patient Parmi les techniques actuelles s’adressant aux tissus mous, il convient de souligner l’intérêt des techniques s’attaquant à chacun des maillons d’une chaîne telle que les techniques de levées de tensions ou de mobilisations spécifiques du rachis.

La kinésithérapie des scolioses doit aussi s’enrichir des techniques globales de prise de conscience du corps ou d’étirement musculaire. L’ensemble de ces techniques s’appuie sur la dynamique des chaînes musculaires, elles favorisent leur rééquilibrage fonctionnel.

Vers un autre regard…Le Projet Kinésithérapique
« Un ensemble d’activités thérapeutiques préventives curatives ou palliatives dans les domaines cognitifs, gestuels et relationnels ». définition groupe de travail APHP

Notre pratique nous amène à considérer que les techniques psychocorporelles peuvent trouver là un champ d’application important. Il s’agit des techniques décrites par Moshé FELDENKRAIS, Gerda ALEXANDER et François MEZIERES notamment.


Les principales techniques psychocorporelles

Ces techniques sont souvent médiatisées sous les appellations de gymnastiques douces ou techniques de prise de conscience. Par opposition aux relaxations, on peut aussi les qualifier de pratique de « l’ici et maintenant » au sens où le travail proposé sur l’image inconsciente du corps doit permettre de devenir préconsciente en l’associant au langage conscient[1].

Les caractéristiques communes
L’unité du corps
Elles privilégient l’unité du corps : un mouvement n’est arrêté à aucun niveau et peut être transmis à travers tout le corps par le jeu des chaînes musculaires. C’est en prenant conscience du corps et en essayant de le libérer, que l’on accède peu à peu à son unité. Il est possible d’en acquérir un contrôle conscient, on obtient alors une meilleure adaptation et une possibilité de lutte contre l’angoisse.

L’inventaire
Evocation non descriptive et plus ou moins détaillée des différentes parties du corps. Les inventaires sont commencés en position couchée dorsale sur le sol (assise ou debout dans certains cas). L’intérêt de ces inventaires est de prendre conscience des zones crispées et parfois de les relâcher.

La prise de conscience du mouvement
Chacun d’entre nous accomplit souvent des gestes habituels avec une posture défavorable et des contractions musculaires beaucoup plus importantes qu’il n’est nécessaire. La répétition de ces attitudes défavorables finit par avoir une influence néfaste sur la santé et l’équilibre.

Les principes de base proposés sont la prise de conscience du mouvement, favorisée par la lenteur d’exécution de celui-ci et la recherche de la détente, chacun travaillant à son rythme et selon sa propre inspiration.

Pour enseigner ou corriger un mouvement ou une attitude, le kinésithérapeute ne donne aucune indication de la « bonne posture » ou du « bon geste », il essaie de faire prendre conscience, au travers d’exercices, des corrections nécessaires afin que le patient se rende compte peu à peu de ce qui se passe dans son propre corps et qu’il corrige, à son rythme, ce qui lui semble défavorable.

En tendant vers la connaissance de son corps, le sujet devient capable de s’adapter aux actes de la vie courante avec le minimum de force, de la façon la plus économique et la plus plaisante, sans jamais se conformer à un modèle [3]. Ces notions sont applicables à tous les sujets, indépendamment de leur âge, de leurs possibilités fonctionnelles de départ.

La progression du travail
Il est difficile d’indiquer une ligne générale dans la progression du travail thérapeutique qui s’engage en utilisant ces techniques car il n’existe pas deux sujets identiques. Le kinésithérapeute, observateur formé, adaptera en permanence l’évolution de ces exercices aux capacités du patient et aux objectifs fixés.

Les techniques psychocorporelles sont aussi souvent utilisées pour les groupes de quatre à huit personnes, ce qui évite la dépendance trop importante du sujet ou patient envers son thérapeute. Le rythme des séances peut être variable ; en général une séance par semaine paraît une bonne moyenne tant du point de vue thérapeutique que pédagogique [6].


L’Eutonie de Gerda ALEXANDER
La méthode de Moshé FELDENKRAIS
Le mot eutonie vient du grec eu qui signifie « bien, harmonie, juste » et tenos qui signifie « tonus, tension ».

Ce terme a été créé en 1957 par Gerda ALEXANDER [2] pour traduire l’idée d’une tonicité harmonieusement équilibrée et en adaptation constante avec la situation ou l’action à vivre.

Chaque séance débute par un inventaire qui permet au patient de situer ses zones de tension et de détente. Le kinésithérapeute ainsi informé peut guider ses gestes thérapeutiques vers les objectifs qu’il s’est fixé.
La prise de conscience du corps par le mouvement de M. FELDENKRAIS [8] a pour origine le concept suivant : l’homme agit comme un système compact et c’est au niveau du système et non pas d’une seule de ses parties qu’il faut intervenir. La méthode s’adresse à tous ceux qui désirent tirer le meilleur parti d’eux-mêmes et se rapprocher du potentiel maximum que chacun porte en soi.

Pour M. FELDENKRAIS, ce ne sont pas les dispositions ou les qualités d’un individu qui doivent être améliorées mais la manière dont il accomplit ses actes. Les leçons ont pour but d’augmenter le potentiel individuel par l’écoute de l’expression sensorielle.

Technique
Dans chaque exercice préconisé, non seulement chacun est son propre modèle, mais le corps tout entier participe à ce travail qui mobilise la conscience. Les mouvements sont exécutés, lentement, à la vitesse d’une feuille qui tombe de l’arbre. Le rythme respiratoire pendant les exercices doit rester libre, indépendant, ce sont les mouvements du corps qui s’adapteront à la respiration. La durée d’une leçon dépend de la capacité de concentration du patient ; au début, il est conseillé de s’exercer pendant 45 minutes environ puis d’interrompre les exercices jusqu’à la séance suivante.
La méthode MEZIERES
Françoise MEZIERES, souvent présentée comme une dissidente de la kinésithérapie, a toujours eu schématiquement comme principe de détendre et de muscler le dos dans le but essentiellement de soulager les scolioses et les dorsalgies.

Entre gymnastique et rééducation Face à l’homme debout avec ses douleurs et ses déformations, F. MEZIERES répond que la station debout est une position d’équilibre, qu’il n’y a pas de nécessité de force pour la maintenir. Les muscles postérieurs ne manquent pas de force, ils sont au contraire trop puissants, leur hyper tonicité et leur raideur sont responsables de nos maux ; le remède n’est pas de muscler, il faut au contraire combattre l’excès de tonicité. Il s’agit d’une technique d’étirement des chaînes musculaires.
Contrairement aux autres, la méthode MEZIERES se pratique exclusivement en séances individuelles hebdomadaires. Il est de plus impossible pour le patient d’effectuer seul des postures chez lui.

Les techniques de relaxation
La classification la plus fréquemment rencontrée est celle de Durand de BOUSINGHEN [6] qui distingue les relaxations à point de départ physiologique et celles dont l’objectif est essentiellement psychothérapique. Toutes les techniques de relaxation axées sur la détente neuro-musculaire entrent dans le champ de compétence des kinésithérapeutes ; seule la sensibilité personnelle du kinésithérapeute l’entraînera à apprendre et à utiliser celles qui lui correspondent le mieux.

Le but général de ces « training » est d’induire par des exercices physiologiques et rationnels, une concentration et une déconnexion générale de l’organisme. Le rôle de contrôle du kinésithérapeute est d’écouter les modifications exprimées, de guider le patient vers une analyse de celles-ci, sans chercher à donner des explications académiques, mais en le rassurant quand cela est utile et en valorisant les progrès obtenus.

Conditions générales de réalisation
Les conditions d’une induction suggestive proposée par les méthodes de relaxation sont les suivantes :
- l’accord du patient et sa disponibilité à participer au traitement.
- l’autonomie du sujet est essentielle.
- l’attitude corporelle du sujet est aussi importante.
En règle générale, le sujet est couché confortablement sur le dos ou en position assise le dos en appui, les mains reposant sur les cuisses.
Le training autogène du Pr. J.H. SHULTZ
La relaxation progressive du docteur
Ed. JACOBSON

Le training autogène comprend deux cycles :

- le cycle inférieur, que l’on qualifiera comme plus psychosomatique, applicable à tous les patients ne présentant aucun symptôme psychique gravement pathologique ;

- le cycle supérieur qui s’apparente à une psychanalyse.

La durée des séances varie entre cinq et quinze minutes. Elles n’excéderont pas vingt minutes car l’immobilité exigée par la technique est susceptible de déclencher des phénomènes nociceptifs à type de crampes ou des sensations de fatigue désagréables. C’est seulement au bout de trois à quatre mois d’apprentissage, à raison d’une séance quotidienne, qu’apparaissent les premiers effets d’une cure de relaxation.
L’auteur part de l’hypothèse que dans tout individu qui s’étend, aussi calme soit-il, il persiste une tension qu’il nomme « tension résiduelle ».
Elle se manifeste par des contractions de certains muscles ou de tous les muscles à minima et continue, accompagnées de petits mouvements réflexes. Un des points essentiels de la méthode consiste à se débarrasser de cette tension résiduelle. Le terme de relaxation progressive est justifié pour trois raisons :

- le sujet relaxe graduellement un groupe de muscles, de plus en plus chaque minute ;

- il apprend à relaxer l’un après l’autre les principaux groupes musculaires du corps tout en continuant à relaxer les groupes musculaires préalablement relâchés ;

- il acquiert ainsi de plus en plus l’habitude de la décontraction jusqu’à parvenir à un état où il est automatiquement détendu.
La sophrologie
 
Sos pour harmonie, phrên pour esprit, logos pour science.

La sophrologie est définie comme une science qui étudie la conscience humaine, ses modifications et les moyens de la faire varier, dans un but thérapeutique, prophylactique, pédagogique, pour permettre à l’homme d’être en harmonie avec lui-même et son environnement. Le père fondateur est Alphonso CAYCEDO, neuro-psychiatre d’origine colombienne qui a développé cette méthode dans les années 60 à Barcelone. Il s’agit d’un mélange de techniques de relaxation occidentales et de méthodes orientales (zen, yoga…) ; la pratique s’inspire de la démarche du philosophe Edmund HUSSERL théorisée dans son analyse des structures de la conscience : la phénoménologie.



 
Bibliographie
1. ALEXANDER G., Le corps retrouvé par l’eutonie, Tchou, Paris 1981.
2. BRIEGHEL-MÜLLER G., Eutonie et relaxation, Delachaux et Niestle, Lausanne, Paris 1979.
3. DIGELMAN et KAMMERER Th., Rééducation psychotonique : l’eutonie de Gerda Alexander, EMC, Paris, Psychiatrie 3, 1970, 37 820 B 30.
4. DOLTO B., Le corps entre les mains, Hermann, Paris 19
5. DOLTO F., L’image inconsciente du corps. Seuil, Paris 1984.
6. DURAND DE BOUSIGEN R., La relaxation, coll. « Que sais-je », PUF, Paris 1961.
7. EHRENFRIED L., De l’éducation du corps à l’équilibre de l’esprit, éditions Aubier Montagné, Paris 1977.
8. FELDENKRAIS M., La conscience du corps, Marabout, Paris 1982.
9. FELDENKRAIS M., Le cas Doris, Hachette. Paris 1978.
10. GEISMAR S., Mézières, une méthode, une femme, éditions Josette, Lyon, Paris 1993.
11. HENRY M., Philosophie et phénoménologie du corps, PUF. Paris 1965.
12. JACOBSON Ed., Savoir relaxer, Les éditions de l’homme, Montréal 1980.
13. SCHULTZ J.-H., Le training autogène, 3e édition. PUF. 1965.
14. STOKVIS B., MONTSERRAT-ESTEVE S., GUYONNAUD J.-P, Introduction à l’hypnose et à la sophrologie, éditions Librairie Maloine. Paris 1972.
15. VAYER P., RONCIN Ch., Le corps et les communications humaines, éditions Vigot, 1986.