CONTRACTIONS MUSCULAIRES EXCENTRIQUES ET REEDUCATION :
DEUX EXEMPLES D’APPLICATION.
Philippe VOISIN
Centre l’Espoir. Lille

LESIONS MUSCULO-TENDINEUSE

Les lésions musculo-tendineuses concernent trois entités anatomiques : le corps charnu, la jonction myotendineuse et le tendon. Il s’agit :
• D’éviter l’aggravation
• De traiter l’œdème et l’hématome
• De favoriser la régénération et la cica- trisation.
• D’éviter la chronicité et la récidive.
• De gérer une bonne restauration fonctionnelle.
• D’assurer la réadaptation : le système muscle-tendon doit retrouver toutes ses qualités d’extensibilité, de force, de vitesse, d’endurance et de synchronisation.

La rééducation concerne le traitement des lésions aiguës (déchirures par exemple), chroniques (tendinopathies) ou post-chirurgicales (sutures).
Plusieurs auteurs ont étudié le comportement de la cicatrisation musculaire après lésion (Allbrook, Carlson, Kvist, Lehto, Plaghki). Les études sur l’animal ont ainsi permis de développer la théorie de l’immobilisation très courte (5 jours) et de la mobilisation la plus précoce possible. La mobilisation précoce permet :
• Une amélioration de la fabrication du collagène de type I (le plus résistant).
• Une stimulation de la vascularisation et de la régénération.
• La formation de tissu granuleux et l’o- rientation fibrillaire.
• Une limitation de l’atrophie.
• Un niveau de tension acceptable.
• Une action antalgique.

Un certain nombre de facteurs sont indispensables à la cicatrisation musculaire :
• La vascularisation pour un bon apport d’oxygène.
• L’innervation pour une différenciation typologique correcte.
• La traction pour une orientation collagènique de bonne qualité.

La mobilisation précoce doit être guidée car elle doit rester sûre et non agressive. La tension du muscle, conséquence de la contraction, peut être réglée à partir de l’effort qui est demandé (intensité de la contraction) et à partir de la longueur du muscle (installation dans différentes courses musculaires).
En contre-point de cette mobilisation précoce, la restauration correcte d’une lésion musculo-tendineuse nécessite en fin de progression une sollicitation extrême. C’est là où le travail excentrique a toute sa place.

Dans les lésions aiguës
Dès la deuxième semaine après la lésion, il faut « mobiliser » le muscle touché. Cette mobilisation précoce doit s’effectuer sans douleur et suivre la progression suivante :
1. de la course interne vers la course externe du muscle
2. d’un niveau de tension active faible à un niveau de tension active maximum. Le mode excentrique est le mode le plus séduisant mais aussi le plus délicat à utiliser. Le plus séduisant car c’est dans le mode étirement-contraction que les fibres musculaires sont les plus sollicitées. On peut ainsi par le ré-entrainement en excentrique être dans des conditions proches de certaines sollicitations fonctionnelles (exemple de l’extension du genou en position assise freinée par les Ischio-Jambiers en comparaison avec le shoot ou le passage de haie).

Le plus délicat car c’est précisément l’hypersollicitation en excentrique qui est génératrice des lésions musculo-tendineuses. L’entraînement suivant ce mode a été démontré comme étant également générateur de Douleurs d’Origine Musculo-Squelettiques (FITZERALD).
Les contractions doivent être prudentes, réglées sur la tolérance douloureuse et toujours contrôlables par le malade lui-même.
L’utilisation des contractions excentriques peut se concevoir après la deuxième semaine d’une lésion aiguë. Encore faut-il à ce stade imposer des garde-fous ! C’est toute la difficulté de ce programme qui conduit les équipes de rééducation à avoir une attitude exagérément hyperprotectrice au stade de la cicatrisation musculaire ; et les contractions excentriques en font souvent les frais. Les blessures surviennent préférentiellement en situation d’étirement-contraction, c’est donc la situation physiologique à recréer le plus tôt possible tout en conservant une marge de sécurité.

La Tension Maximum (T.M.) autorisée suit la progression suivante :
- le recrutement est minime au début. Il s’agit de ne solliciter qu’une légère résistance à l’étirement.
- En fin de troisième semaine la T.M correspond à 50% du Couple Maximum en Isométrie (C.M.I) non douloureux.
- Après 6 semaines la T.M correspond à 50% à 70% du couple Maximum en excentrique (C.M.E).

Dans les trois cas de figures, l’entraînement est réalisé un jour sur deux.


Dans les lésions chroniques (tendinopathie)
Les principes décrits dans les atteintes aiguës sont directement applicables en tenant compte, là aussi, de la tolérance douloureuse à la mise en tension passive ou active du tendon.
Cette mise en tension facilite la cicatrisation (vascularisation) et renforce et assouplit les structures passives du muscle (ALBERT, STANISH).
L’utilisation du mode Excentrique est le garant d’une bonne qualité de restauration de la structure tendineuse. En excentrique la T.M est à 50% à 70% du C.M.I (non douloureux) puis à 50% à 70% du C.M.E. au bout de quelques semaines. Les vitesses utilisées s’étalent de 30 à 180% /s.


GAIN D’EXTENSIBILITE MUSCULO-TENDINEUSE

Un défaut d’amplitude articulaire d’origine ligamentaire et musculaire s’installe par

- la restriction d’allongement des freins passifs et /ou des adhérences des plans de glissement, une mauvaise orientation des fibres de collagènes de ces tissus entretenant l’enraidissement.

- Une hypoextensibilité des muscles qui sont antagonistes au mouvement recherché (ex : ischio-jambiers pour un déficit d’extension du genou).

- Une faiblesse (par inhibition douloureuse, par insuffisance fonctionnelle active) des muscles agonistes au mouvement recherché.

- Une attitude antalgique.

On distingue les techniques passives et actives de gain d’extensibilité musculo-tendineuses. Elles peuvent être manuelles ou instrumentales. L’utilisation du mode de contraction musculaire excentrique à visée de gain d’extensibilité est encore confidentielle. Le mode excentrique est toujours utilisé à intensité modérée afin d’éviter toute « surcharge myo-tendineuse » et toute réaction algique.

Le mouvement va permettre de jouer sur l’effet antalgique par la théorie du gate control. En effet, les stimulations périphériques ont vraisemblablement un effet de diminution de la douleur. Le travail excentrique améliore l’élasticité musculo-tendineuse. A vitesse lente, l’augmentation de tension stimule les organes tendineux de Golgi qui sont responsables d’un réflexe inhibiteur.


REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
 
Albert M. Excentric Muscle Training in Sports and Orthopaedics. N.Y. : Churchill Livingstone, 1st Ed., 1991.

Allbrook D., Baker W. de C., Kirkaldy-Willis W.H. Muscle regeration in experimental animals and in man. The cycle of tissue change that follows trauma in the injured limb syndrome. J. Bone Joint Surg. 1996 ; Vol 48B, n°1 : 153 – 169.

Allbrook D.B. Skeletal muscle regeneration. Muscle & Nerve. 1981 ; 4 : 134 – 245.

Carlson B.M., Faulkner J.A The regeration of skeletal muscles fibers following injury : a review. Medecine and Science in Sports and Exercice. 1983 ; Vol. 15, n°3: 187 – 198

Fitzgerald G.K Delayed Onset Muscle Soreness : Implications for Rehabilitation and Clinical Research. Critical Reviews in Ophysical and Rehabilitation Medecine. 1993 ; Vol. 5, n°4 : 291 – 299.

Kvist H., Jarvi M., Sorvari T. Effect of mobilisation and immobilisation on the healing of contusion injury in muscle. A Prelimanary Report of Histological Study in Rats. Scand. J. Rehab. Med. 1974 ; 6 : 134-140.

Lehto M., Duance V.C., Restall D. Collagen and fibronectin in a healing skeletal muscle injury. An immunological study of the effects of physical activity on the repair of injured gastrocnemius muscle in rat. J. Bone Joint Surg. 1985 ; Vol 67, n°5 : 820-828.

Middelton P, Puig P, Trouvé P, Roulland R Une nouvelle technique de gain d’amplitude articulaire. Le travail excentrique sur machine isocinétrique. Actualités en Médecine Physique et Rééducation. Masson. 1993. Paris.

Plaghki L. Régénération et myogénèse du muscle strié. J. Physiol. 1985, Vol. 80, n°2 : 52-110.

Stanish W.D., Rubinovich R.M., Curwin S. Eccentric exercise in chronic tendonitis Clinical Orthopaedics and Related Research. 1986 ; n° 208 : 65 – 68.
 





EVALUATION DU TRAITEMENT NOCTURNE DE LA SCOLIOSE STRUCTURALE MINEURE PAR CORSET CAEN
Lionel FAUVY - Cadre de Santé en Kinésithérapie
- Chef de Service Hospitalier Spécialisée DE L’ARCHE St SATURNIN
- Membre du GKTS/chargé d’enseignement : IFMK ORLEANS
Email : archekinéfauvy@voilà.fr
Paul FILIPETIT : Médecin Chef de Service C.H. de l’ARCHE 72650 - St SATURNIN

Les scolioses structurales mineures ont un certain potentiel évolutif, le traitement nocturne par corset de CAEN (Concept d’Appuis Electifs Nocturne) nous apparaît extrêmement séduisant dans le cadre de la prévention de l’évolution de la déformation scoliotique.

Principes du corset :
Orthèse de port nocturne cherchant à hyper corriger les courbures par une mise en position d’ouverture segmentaire maximale de la concavité, elle agit en diminuant la durée de port mais en augmentant l’intensité des appuis.

Buts de l’étude :
- Interprétation des résultats après un traitement complet par corset CAEN : paramètres cliniques et radiologiques.
- Définir les indications du traitement nocturne par corset CAEN.

Critères d’inclusion
- Les scolioses idiopathiques structurales mineures comprises entre 10 et 25° ayant fait la preuve de leur évolutivité.
- Aucun traitement orthopédique préalable.
- Traitement mené à terme jusqu’à la décision médicale d’ablation.

Population étudiée au centre de l’Arche :
Nous utilisons ce corset CAEN depuis 1994 ; à ce jour nous avons en place plus de 100 corsets. Nous avons retenu 21 dossiers de scolioses structurales mineures :
13 courbures uniques = 8 lombaires et 5 thoracolombaires
8 courbures doubles = 6 double majeures et 2 double thoraciques

- 18 filles / 3 garçons
- âge osseux moyen 14 ans
- Risser 0-1 dans 61% des cas / les autres cas ayant un Risser entre 2 & 3
- Angulation moyenne 19°
- Réductibilité moyenne 7° soit 63% de l’angulation initiale

Courbure unique
: 4°5
ASASIL
: 6°5
Double courbure : Thoracique
: 10°5
                        : Lombaire
: 7°

Temps de port nocturne : 8 heures Protocole :
L’enfant est hospitalisé une semaine au Centre pour l’adaptation du corset et la prise en charge kinésithérapique. Il est revu régulièrement en consultation rachis pour bilan clinique, radiologique et contrôle de l’orthèse.
Il est suivi par un kinésithérapeute libéral une fois par semaine. Notre étude a pour but de comparer les paramètres cliniques et radiologiques de la déformation scoliotique dans les 3 plans de l’espace.
Nous comparons les examens pratiqués lors de l’hospitalisation et lors de la consultation après 6 mois d‘ablation.
Temps de traitement moyen : 2 ans 6 mois
Tolérance psychologique : bonne acceptation par l’enfant et l’entourage familial Tolérance cutanée : au début quelques réactions inflammatoires en regard de l’appui gibbositaire principal, problème rapidement réglé par le changement de mousse.



Résultats

PLAN FRONTAL

Angulation scoliotique
CTDF = Colonne totale debout de face mesurée selon la méthode de COBB


Courbures uniques : N.13
Début de traitement
Fin de traitement
20°
11°5
ASASIL : N.8
Début de traitement
Fin de traitement
7°5
Double courbures : N.8
Début de traitement
Fin de traitement
Courbures thoraciques
23°
21°5
Courbures lombaires
19°
16°

Les courbures thoracolombaires et lombaires plus souples, leur réductibilité étant de 4°5 obtiennent un excellent résultat en fin de traitement.
Par contre l’ASASIL, très raide, puisqu’il ne présente aucune réductibilité par rapport à l’angle de départ, s’aggrave.
Les scolioses doubles thoraciques et doubles majeures, plus raides, 10° en réductibilité pour la courbure thoracique et 7° pour la courbure lombaire, n’obtiennent qu’une modeste correction en fin de traitement.




L’axe occipital :

A o
Début de traitement
Fin de traitement
Courbures uniques
N : 13
A o = O
A o dévié
4 cas
9 cas
11 cas
2 cas
Double courbures
N : 8
A o = O
A o dévié
4 cas
4 cas
7 cas
1 cas

Au début du traitement 70% des courbures uniques présentent une déviation de l’axe occipital ; à l’issue du traitement 85% se trouvent équilibrées. Les doubles courbures déviées dans 50% des cas au début de traitement se trouvent équilibrées à 90% en fin de traitement.




PLAN SAGITAL

Angulation :
CTDP : colonne totale debout de profil = Mesure de la cyphose T3 / T12
Mesure de la lordose L1 / L5
Inclinaison de la base sacrée par rapport à l’horizontale.

Cyphose T3 T12
Lordose L1 L5
Base sacrée
Traitement
Traitement
Traitement
avant après
avant après
avant après
Courbures uniques
N : 13
31°    29°5
49°    42°5
40°    39°
Double courbures
N : 8
27°5    29°
39°    36°
39°    31°5

Les courbures uniques ont une correction de la lordose lombaire après traitement. Les doubles courbures ont une légère amélioration de la cyphose thoracique et une légère correction de la lordose ainsi qu’une importante correction de l’inclinaison de la base sacrée après traitement.




Examen clinique :
Mesure des flèches au fil à plomb en T7, L3 et S2

T 7
L 3
S 2
Traitement
Traitement
Traitement
avant après
avant après
avant après
Courbures uniques
N : 13
5 mm    1,5 mm
38 mm    31,5 mm
5,5mm    1,5 mm
Double courbures
N : 8
7,5 mm    0 mm
28 mm    30 mm
2 mm    0 mm

Les mensurations cliniques prouvent que :
- Les courbures uniques ont une correction de la lordose lombaire corroborant les chiffres radiologiques
- Les doubles courbures ont une correction importante de la région thoracique : par une mise en cyphose (T7=0) plus marquée que sur l’examen radiologique.





PLAN HORIZONTAL

Etude de la rotation vertébrale radiologique
Selon la méthode de NASH et MOE

 
Rotation
Avant traitement
Après traitement
Courbures uniques
N : 13
0
1
2
2 cas
10 cas
1 cas
8 cas
5 cas
Lombaire Double courbure Thoracique N 8 (2 double thoraciques)

0
1
0
1

4 cas
2 cas
3 cas
7 cas
3 cas
3 cas
5 cas
5 cas

Les courbures uniques présentaient une rotation égale au moins à 1 pour 11 cas, après traitement, 63% améliorent leur rotation vertébrale.
Les doubles courbures, dont les doubles thoraciques ont une amélioration de la rotation dans 2 cas au niveau thoracique et, dans 1 cas au niveau lombaire, on a même une aggravation de la rotation vertébrale.




Bilan clinique :
Mesure de la gibbosité en mm sujet penché en avant :

Courbures
Avant traitement
Après traitement
Unique
6 mm
4,5 mm
Double Thoracique
          Lombaire

12 mm
3 mm

11 mm
2 mm

Le bilan clinique corrobore les résultats de la radiologie, il confirme l’amélioration de la rotation des courbures uniques thoracolombaires et lombaires et le peu d’action obtenu sur les double courbures.

Discussion : 
Les scolioses structurales mineures ont un potentiel évolutif certain mais on sait que 50% d’entre elles n’évolueront pas.
Nous nous situons donc dans le cadre d’un traitement préventif et à ce titre, le traitement nocturne apparaît tout à fait acceptable.
Le nombre de cas réunis est insuffisant et ne permettra donc pas de tirer des conclusions définitives. Les courbures uniques ont une meilleure réductibilité que les double courbures, l’ASASIL par contre est très raide.
Les courbures uniques ont un excellent résultat d’un point de vue tridimensionnel :
Excellente correction angulaire dans le plan frontal
Correction de la lordose lombaire clinique et radiologique
Nette amélioration de la rotation vertébrale clinique et radiologique.
L’ASASIL très raide, n’a par contre pas été ouvert par le corset.

Par contre les doubles courbures n’ont pas :
- De correction angulaire
- Ni de correction de la rotation vertébrale, on note seulement une légère amélioration dans le plan sagittal par une mise en cyphose du segment thoracique et une correction de la lordose lombaire. Le corset est très efficace sur la rééquilibration de l’axe occipital des courbures malgré l’absence d’action sur l’ASASIL mais, et c’est intéressant de le noter pour les doubles courbures qui présentaient un déséquilibre de l’axe occipital dans 50% des cas.

CONCLUSIONS :
Le corset CAEN, en port nocturne paraît mieux adapté aux courbures structurales mineures uniques souples qu’aux doubles majeures.
Il est bien supporté par les patients et bien accepté par l’adolescent et son environnement familial.
Le traitement à temps partiel par corset CAEN est extrêmement intéressant dans le cadre de la prévention de l’évolution des scolioses structurales mineures en période de croissance et doit donc trouver une place justifiée dans l’ensemble des traitements orthopédiques que l’on doit offrir aujourd’hui à nos jeunes patients.
Cependant, il ne pourra obtenir sa pleine efficacité que s’il est accompagné d’une kinésithérapie assouplissante et posturale, régulière et adaptée au patient et à sa scoliose.