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PLACE
DE LA RELATION THERAPEUTIQUE LORS D’UNE PRISE
EN CHARGE KINESITHERAPIQUE |
L.FENOUILLOT
IFMK EFOM
Ecole Boris DOLTO Paris |
Les étudiants ont une sensibilisation
à la psychologie, à la relation soignant/soigné
dès la première année de leur formation.
En troisième année, il leur est demandé
à l’EFOM de réaliser et de soutenir un dossier
pour valider leur module en s’appuyant sur la prise en
charge d’un patient rencontré en stage. Le dossier
reproduit ci-dessous présente le vécu d’un
étudiant confronté à la réalité
d’une prise en charge. Il pose des questions justes qui
mériteraient que les équipes, quand elles existent,
dans les centres de soins, prennent plus de temps à échanger
leur point de vue sur leur pratique et leur relation avec les
patients pour soutenir la performance de leurs gestes techniques
qui à eux seuls ne peuvent rééduquer un
malade. J.P. Zana
I PRESENTATION DU PATIENT ET
DE LA PRISE EN CHARGE
Dans le cadre du stage hospitalier, la rééducation
de Monsieur YZ m’a été confiée en
partie. Ce patient de 36 ans est hospitalisé pour bénéficier
d’une prise en charge des complications de sa ligamentoplastie
du genou droit. En effet, 7 mois auparavant, il s’est
rompu le ligament croisé antérieur suite à
un accident de ski. Il a donc bénéficié
d’une ligamentoplastie de reconstruction par transplant
libre du tendon rotulien.
Ce patient pratique régulièrement le sport de
loisir. Il vit seul en appartement. Il est en arrêt de
travail depuis 7 mois afin de suivre les séances de rééducation.
Lors de son admission au centre de rééducation,
YZ présente de nombreuses déficiences articulaires
dont une restriction importante de mobilité patellaire,
ainsi qu’une flexion de genou droit de 95° et un flessum
de genou de 20°. Une déficience de force musculaire
globale à la cuisse droite est retrouvée, cela
entraînant une incapacité partielle à la
marche, avec une boiterie sagittale, et à la reprise
du sport. Ceci s’inscrit dans un contexte d’algodystrophie
en phase froide, déclarée peu de temps après
l’opération.
Les principaux objectifs rééducatifs sont de récupérer
des amplitudes plus physiologiques, de redonner un équilibre
musculaire et de réintégrer le genou droit et
les membres inférieurs dans un schéma fonctionnel.
Des techniques de mobilisations passives spécifiques
et actives aidées associées au massage répondent
à l’objectif articulaire. Elles sont complétées
par des postures actives et passives. Un travail de réadaptation
neuromusculaire a été réalisé avec
YZ. La rééducation en salle est complétée
par des séances d’électrothérapie
et de balnéothérapie.
Après un mois de prise en charge, la progression était
faible et un flessum de 10° persistait. Il a été
décidé d’instaurer une période de
repos relatif par l’interruption temporaire de la rééducation.
Ce mode opératoire permet souvent d’obtenir un
gain d’amplitude dans ces cas récalcitrants.
II ANALYSE ET CONSEQUENCES
DE LA RELATION MISE EN PLACE AVEC LE PATIENT
La première rencontre avec YZ s’est faite en salle
de rééducation. Ainsi, une dizaine de patients
sont rééduqués par autant de kinésithérapeutes.
Nous verrons quelles ont été les influences de
cet environnement.
Lors de notre première rencontre, le kinésithérapeute
référent me présente à YZ. Il accepte
tout de suite que nous réalisions ensemble une partie
de sa rééducation. Au cours des séances
suivantes, YZ me fait part de son impatience de retrouver un
genou libre afin qu’il puisse reprendre son travail et
le sport. Ainsi, YZ s’est rapidement placé activement
en position de demandeur.
Cependant, YZ participe avec entrain aux exercices et n’abandonne
pas son corps et sa pathologie entre les mains du thérapeute.
Il réalise assidûment les exercices à faire
en salle, en balnéothérapie et seul dans sa chambre.
Cette participation active s’accompagne d’une ponctualité
quotidienne. Pour répondre à cette demande, j’écoute
activement YZ tout en étant empathique par rapport aux
quelques légères douleurs.
Cela montre qu’une relation adulte-adulte s’est
mise en place au début, avec une certaine confiance de
la part de YZ. Cela m’a permis d’ajuster quotidiennement
les moyens utilisés en adéquation avec le ressenti
du patient.
Cette relation de confiance amène YZ à me parler
de son inquiétude sur l’évolution de son
genou. Il souhaite même demander une arthrolyse pour faire
céder les adhérences tissulaires patellaires.
Il me demande souvent si je pense que cette intervention est
utile pour lui. Dans ce cas, nos champs d’intention sont
différents. En effet, l’arthrolyse semble préjudiciable
en cas d’algodystrophie et ne dépend pas de moi
alors que je crois être capable de poursuivre sa rééducation
avec quelques résultats. Cependant, la décision
est médicale et je ne veux pas me prononcer sur cette
technique. J’adopte donc une attitude de fuite technique
en conseillant à YZ de demander aux médecins,
tout en informant les médecins de la requête de
YZ..
De plus, YZ me demande à de nombreuses reprises de «
décoller les adhérences » en forçant
sur son genou. Cependant, il est recommandé de ne pas
entraîner de douleurs trop importantes en cas d’algodystrophie.
En tenant compte du ressenti du patient et de mes connaissances,
j’essaie d’expliquer à YZ qu’une action
sur la durée plutôt que sur l’intensité
est préférable.
L’inquiétude de YZ se manifeste davantage vers
la fin de la prise en charge. Il pose alors de nombreuses questions
quant à l’explication anatomique de la raideur
de son genou. Cela entraîne un changement transitoire
dans son attitude. En effet, YZ a confronté les réponses
que nous lui apportions avec d’autres informations obtenues
par Internet. Il utilise en quelque sorte une attitude évaluative.
De plus, il me fait part de ses interrogations pendant les séances
de rééducation, ce qui diminuait sa concentration
et sa participation lors des exercices. Cela traduisait peut-être
une recherche de dialogue, voire le sentiment de ne pas être
entendu.
Quelques fois, YZ nous a dit avoir l’impression de ne
pas avoir été correctement suivi après
l’opération. Mais, d’autres signes de son
découragement temporaire sont perceptibles. Notamment,
pendant la séance, il discute avec les autres patients
plus que d’habitude, diminuant son temps de travail. Une
autre fois, YZ demande avec insistance auprès du chef
kinésithérapeute de bénéficier des
soins d’autresthérapeutes, en plus du thérapeute
référent et moi. Ainsi, à deux reprises,
un autre kinésithérapeute a pris le relais de
la prise en charge. Cependant, lors des séances suivantes,
YZ continue d’être assidu.
III REFLEXIONS QUANT A L’ATTITUDE
A ADOPTER
Pour maintenir un suivi du patient en dehors de la salle de
rééducation, j’ai accompagné quelques
fois YZ lors de ses séances de balnéothérapie
et d’électrothérapie. YZ appréciait
d’être ainsi accompagné et de faire des exercices
avec les mêmes thérapeutes , mais dans un cadre
différent. Le fait de l’accompagner semble le soutenir
face à son découragement passager. Cela faciliterait
ainsi sa participation lors des séances en salle et son
adhésion à la rééducation. L’utilisation
de techniques de relaxation aurait peut-être été
utile. Par exemple, la balnéothérapie comme moyen
de détente générale aurait pu être
utilisée. De même, la technique de Schultz aurait
pu permettre à YZ de se détendre et de mieux gérer
son inquiétude.
La technique de Jacobson permettrait aussi à YZ d’intégrer
une image plus globale de son corps, au lieu de se focaliser
sur son genou. Ces techniques sont efficaces si le patient y
participe activement. Pour mettre en place ces techniques, il
aurait fallu instaurer une dynamique de groupe entre les équipes
soignantes de la balnéothérapie et de la salle
de rééducation. Cependant, cette organisation
semble peu facile à mettre en place.
Au cours de la rééducation, YZ posait de nombreuses
questions quant à l’explication de sa raideur.
Apparemment, c’est au médecin d’énoncer
une éventuelle faille dans l’opération.
Alors, quelle attitude devrait avoir un kinésithérapeute
face à l’inquiétude du patient ?
CONCLUSION
L’état de YZ. s’est peu amélioré
au terme de cette prise en charge. Plusieurs hypothèses
peuvent expliquer cela : techniques kinésithérapiques
mal réalisées, plastie trop tendue, présence
d’un conflit osseux…
La relation avec le patient s’est-elle correctement déroulée
?
Cela montre, si besoin était, que la psychologie intervient
dans toute relation de communication avec l’autre et tient
donc une place importante en kinésithérapie. La
psychologie nous permet de gérer les relations avec le
malade, mais aussi les relations avec nous-même. L’objectif
étant de gérer au mieux la souffrance des autres
et parfois la sienne propre, ne peut-on pas utiliser ces techniques
aussi sur soi-même ?
| BIBLIOGRAPHIE |
| BARBEAU
J.-C. Un «psy» dans une école
de kinésithérapie : de panser à
penser. Kinésithérapie scienti-fique
2003;n°430:43-6 |
| PELISSIER
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de l’adulte : revue de littérature,
in L’algodystrophie post-traumatique des membres.
Paris : SPEK, 2002:33-7 |
| ZANA
J.-P. Second congrès national de techniques
de rééducation, in FMT MAG. Paris
: Groupe 76, 2002-2003;65:40-43 |
| ROLAND-GOSSELIN
E. Apport des sciences humaines à la relation
soignant-patient : huit questions pour définir
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2002;11-12:55-57. |
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