Kinésithérapeutes – Esthéticiennes
Guerre ou Paix
Par Michel PAJOL

Photo : Les Nouvelles Esthétiques


Lors du Mondial Rééducation/Equip’salles 2002, Philippe GOETHALS, son président, avait organisé une conférence, dans le cadre du salon, sur le massage , provoquant une rencontre historique entre les esthéticiennes venues nombreuses soutenir Michèle de LATTRE, directrice de la revue « Les Nouvelles Esthétiques » à la tribune, et les kinésithérapeutes réunis autours de Jean-Paul DAVID, gérant de l’hebdomadaire Kiné Actualité et président de la F.F.M.K.R.Le 7 avril dernier, la situation s’est inversée puisque Michèle de LATTRE, en tant qu’organisatrice du Congrès annuel des Nouvelles Esthétiques, avait invité Monsieur Jean-Paul DAVID à venir débattre de la pratique du massage par les esthéticiennes.Vous avez été nombreux à assister à ce débat grâce au coupon inséré dans le dernier FMT MAG et qui vous fournissait votre pass pour la journée du lundi.A l’initiative de cette nouvelle discussion, Philippe GOETHALS se voulait animateur et modérateur du débat tout en soulignant que « dans les années à venir, le concept de massage proprement dit allait laisser la place au pumpering (envie de se faire dorloter, choyer) qui se dispense dans des centres de bien-être où kinésithérapeutes et esthéticiennes se croisent et se côtoient ». Jean-Paul DAVID était venu redire l’attachement des kinésithérapeutes au massage et prôner des solutions concertées et négociées.
Le débat pouvait alors commencer…


Parlons de rencontre et de concertation

L’intervention préalable de Jean-Paul DAVID fut assez explicite : « J’ai accepté cette invitation non pas pour faire la guerre, ni forcément la paix - car il n’y a jamais eu vraiment de guerre - mais parce que je représente une profession qui, dans notre pays, est exercée par plus de 50 000 professionnels dont 44 000 libéraux et que, forcément, avec une profession comme la vôtre, il y a des complémentarités. Certes, il y a parfois des procédures, des oppositions, mais je crois que dans l’avenir il y aura beaucoup plus de partenariats et de complémentarités ». « Ce débat, a-t-il poursuivi, sera une étape de plus dans la réussite de nos deux professions. Elles sont différentes, mais parfois elles se rejoignent car elles sont toutes les deux au service de l’être humain, de la relation à l’autre ». Et le président de la FFMKR de rappeler que « très souvent, on entend encore, ici ou là, que les kinésithérapeutes ne sont destinés qu’à faire des soins thérapeutiques. Or, cette profession a un champ de compétence très étendu, qui va du thérapeutique au bien-être en passant par la prévention ». « Je ne suis pas là pour entrer dans un débat de procédure et je n’éviterai pas les questions concernant la loi. Mais entre les kinésithérapeutes et les esthéticiennes, ce n’est pas la guerre ou le paix, c’est la concertation, le dialogue et surtout l’entente… »


L’avenir est dans la concertation

Olivier SALTARELLI
a présenté Action kiné massage (AKM), une association qui « regroupe des kinésithérapeutes pratiquant la kinésithérapie de bien-être » et dont la vocation est de faire la promotion, auprès du grand public, de la pratique du massage de bien-être par les kinésithérapeutes.Françoise MASSON a fait partager son expérience de kinésithérapeute spécialisée dans la « kinéplastie » et dans la kinésithérapie de bien-être.
Quant à Martine BURNEAU, qui représentait l’Association soutien massage bien-être (ASMBE), elle a défendu le droit des usagers de pouvoir se faire masser où ils veulent et par qui ils veulent.
Dominique REDUREAU
qui dirige le service de kinésithérapie de l’hôpital européen de Paris était venu dire qu’il ne souhaitait pas que sa profession prenne « une fausse piste et livre un faux combat ».Pour sa part, Sophie MEYER, kinésithérapeute de formation s’est vite rendue compte que le massage était le parent pauvre des études de kinésithérapie.
Maître KHAÏAT
, avocat à Paris, a indiqué que « l’avenir était plutôt dans la concertation et dans la recherche d’un modus vivendi entre les uns et les autres que dans le développement d’un contentieux qui ne semble opportun ni pour une profession, ni pour l’autre ».


Parole ministérielle et jurisprudence

A ce moment du débat, Philippe GOETHALS a évoqué un article publié la semaine précédente par Kiné Actualité sur la confirmation par le Gouvernement que, thérapeutique ou non, l’exercice du massage est réservé aux kinésithérapeutes.
Maître KHAÏAT
rappelle pourtant qu’« actuellement, les masseurs-kinésithérapeutes ont le massage thérapeutique et les esthéticiennes le massage esthétique et les soins du corps. Cela correspond d’ailleurs - comme l’ont souvent noté et la Cour de Cassation et les Cours d’appel qui ont été amenées à se prononcer - à une partie du cursus pédagogique pour aboutir au métier d’esthéticienne ».
Jean-Paul DAVID souligne alors que le Gouvernement souhaite rester « très prudent par rapport aux risques que peuvent courir les consommateurs » pour éviter les excès de toutes sortes.


Prévenir les dérives

Le président de la FFMKR a rappelé que le Gouvernement devait protéger les citoyens contre toutes dérives médicales et morales. Allant au-delà de l’exercice du massage, Jean-Paul DAVID a tenu à préciser qu’une« technique comme le massage est une technique de haut niveau et n’est pas anodine. Mais, dispensée par une population qui veut rendre service, pour aider, par générosité, elle perd sa valeur de haute technicité, et s’il y a un accident le consommateur n’est pas protégé ».
« Les esthéticiennes bénéficient des mêmes garanties que les masseurs-kinésithérapeutes » a confirmé maître KHAIÄT. « Elles sont similaires, voire identiques du point de vue de la protection du consommateur eu égard aux assurances qui sont souscrites par les uns et par les autres dans la mesure où les uns et les autres exercent dans le cadre de leurs prérogatives respectives ».


Il y a urgence à s’entendre

Selon Dominique REDUREAU, il est « urgent que kinésithérapeutes et esthéticiennes parlent, définissent leurs champs d’activité pour éviter les escrocs, les charlatans … ». Ce qui le choque, c’est que « l’on empêche les esthéticiennes de faire leur travail » et il se demande « pourquoi on attaque toujours l’esthéticienne de quartier sans défense et pas le grand groupe de parfumerie, le grand spa, les journaux qui en parlent chaque semaine. Unissons les kinésithérapeutes et les esthéticiennes et luttons contre les gourous et les charlatans ».
« Si le massage était une technique plus ou moins confidentielle, mes confrères auraient raison de se le réserver. Mais c’est devenu un véritable phénomène de société qui va devenir extrêmement difficile à contenir. Tout le monde veut se faire masser. Nous ne serons pas de trop, les uns et les autres pour nous unir contre les charlatans. Une profession ne pourra pas, seule, contenir ce véritable phénomène de société » a insisté Dominique REDUREAU.


Travaillons ensemble, mais pas l’un contre l’autre

Françoise MASSON
conteste pour sa part que « 95 % des kinésithérapeutes se moquent que l’on masse dans les instituts. Il y a de plus en plus de kinésithérapeutes qui massent, qui prennent le temps de masser ». Les deux professions, sont, à ses yeux, « complémentaires dans leur exercice ».
Même son de cloche chez Olivier SALTARELLI pour qui, « kinésithérapeutes et esthéticiennes sont complémentaires et ont besoin de travailler ensemble… ». « Mais que chacun respecte le domaine de compétence de l’autre. Le massage nécessite une compétence technique, intellectuelle, une connaissance du corps, de la santé, des contre indications. Travaillons ensemble, mais pas l’un contre l’autre » a conclu le kinésithérapeute.


Un marché considérable

Philippe GOETHALS
a rappelé que le Gouvernement venait de lancer un programme «Bien vieillir» pour promouvoir le bien-être des personnes âgées.
Cela va concerner 16 millions de français âgés de plus de 55 ans, un tiers de la population. « Tout le monde aura son mot à dire, kinés, esthéticiennes, salles de gym, professeurs de sport… Ce programme sera subventionné par l’Etat. Sachez qu’aux Etats Unis, l’inactivité physique représente 2.4 % des dépenses de santé soit 24.3 milliards de dollars. Vous avez entre les mains un marché qui est énorme ».


Ce sont les esthéticiennes qui gagnent les procès

Concernant les procès intentés par des kinésithérapeutes à des esthéticiennes qui utilisent des appareils pour traiter la cellulite, Jean-Paul DAVID explique qu’« un kinésithérapeute qui emploierait une femme de ménage pour faire du massage avec un appareil quelconque serait complice d’exercice illégal et serait condamné de la même façon que la femme de ménage, voire plus sévèrement que cette dernière qui ne connaît pas forcément le droit. Les appareils sont libres d’achat. Chacun peut, demain, acquérir un appareil de radiologie, un électromyogramme et ce n’est pas pour cela qu’il fera de la radiologie ni des électrocardiogrammes ».

Une nouvelle fois, le président de la FFMKR a mis en garde les esthéticiennes : « chacun peut acheter un appareil de massage quel qu’il soit, mais nul ne peut - dans le cadre de la loi française - l’utiliser pour exercer le massage s’il n’est pas titulaire du diplôme d’État de masseur-kinésithérapeute ».
Michèle de LATTRE
rappelle que les esthéticiennes qui avaient acheté cet appareil et qui avaient été traduites en justice avaient gagné les procès qui leur étaient intentés. Face aux kinésithérapeutes qui les attaquent, « ce sont les esthéticiennes qui gagnent les procès » a-t-elle assuré.


Continuez à faire de beaux massages de confort

Le témoignage de cette esthéticienne qui s’occupe d’un centre de mise en forme dans un complexe hôtelier en suisse a retenu l’attention. « Lorsque j’ai ouvert ce centre, j’ai toujours embauché des kinés qui étaient surpris de me voir effectuer des massages pendant une heure… En Suisse il existe une formation de massage commune aux kinés, aux esthéticiennes, aux médecins, aux infirmières : elle est sanctionnée par un diplôme de massage général ».
C’est à Michèle de LATTRE qu’est revenu le mot de la fin. Celle-ci trouve « les esthéticiennes très créatrices, car les massages qui ont été présentés dans le cadre du congrès sortent de la tête des esthéticiennes et non pas de celle des kinésithérapeutes. Je trouve normal que les esthéticiennes pratiquent les soins de confort car c’est une idée à elles ». Enfin, elle a incité les esthéticiennes à poursuivre dans la voie actuelle. « Continuez à faire de beaux massages de confort » a-t-elle scandé.
Cette seconde rencontre marque bien évidemment le début d’une longue série de réunions informelles sur le sujet entre esthéticiennes et kinésithérapeutes.