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Kinésithérapie
et prévention :
Tout reste à construire… |
| Propositions
pour permettre aux kinésithérapeutes de
devenir les partenaires des acteurs de la prévention.Jean-Pierre
ZANA Département ETE, INRS ParisDan YI M.K.D.E.,
ergonome. |
Le CDPK Breton a réuni, le 22 mars dernier
à Plérin, une cinquantaine de kinésithérapeutes
sur le thème : « Kinésithérapie
et Prévention ». Quelques médecins du
travail se sont joints à ce groupe afin de partager
leurs préoccupations et s’informer des actions
engagées par nos confrères. Il faut rendre hommage
à Christian Meignan qui se démène toujours
avec justesse pour assurer des rencontres professionnelles
d’une grande efficacité. Un grand bravo aussi
aux intervenants qui ont présenté des démarches
difficiles pour des postes et des entreprises tout aussi difficiles.
La profession, loin de s’opposer entre les kinés-ergonomes
et les kinésithérapeutes-préventeurs,
a montré une fois de plus que les points de vue sont
complémentaires et qu’ils doivent continuer à
échanger pour que chacun trouve une place juste dans
le champ complexe de la prévention.
Depuis de nombreuses années, les kinésithérapeutes
essayent d’investir le champ de la prévention.
Loin d’ignorer la légitimité de cette
profession qui joue un rôle important pour limiter l’aggravation
de certaines pathologies chroniques ou pour éviter
les « rechutes » de certaines affections ostéo-articulaires,
la question de leur place sur le thème de la santé
au travail et plus particulièrement dans le champ de
la prévention, reste posée au regard de leur
enseignement initial.
Mon expérience professionnelle acquise dans l’enseignement
et l’ergonomie, associée à celle d’autres
cadres de santé en kinésithérapie et
ergonomes, en particulier Sylvie Laroudie et Gilles Chemoul,
nous conduit à faire des propositions pour recadrer
le programme imposé, à la réalité
quotidienne des kinésithérapeutes.
L’existant
Dans le cadre de la formation initiale en kinésithérapie,
il est apparu indispensable au législateur de prévoir
cet enseignement dans le cadre des connaissances des kinésithérapeutes.
• Rappel du programme officiel de 1989
Le programme de l’enseignement apparaît sous le
chapitre intitulé module 10. « L’enseignement
doit permettre à l’élève d’apprécier
et de corriger un poste de travail en insistant surtout sur
l’amélioration des données anthropométriques,
sans négliger l’ambiance de travail ».
Le contenu du programme comprend deux chapitres :
1. la tâche avec pour sous-chapitres, la charge mentale,
le travail informationnel, le travail musculaire et anthropométrie.
2. les ambiances de travail avec pour sous-chapitres, les
poussières, l’ambiance thermique, l’ambiance
acoustique et l’éclairagisme.
On peut se demander si le contenu du programme tient compte
des connaissances scientifiques acquises ?
Proposition de programme
Le dossier des maladies professionnelles de l’appareil
locomoteur, les TMS en particulier, sert d’introduction
et de fil conducteur. C’est un thème d’une
actualité quasi quotidienne pour ces praticiens, pourtant
ils en entendent très peu parler (voire pas du tout)
durant leur scolarité.
L’objectif visé est de nous appuyer sur des maladies
professionnelles bien étiquetées. Ces pathologies
s’inscrivent dans des histoires médicales longues,
où le kinésithérapeute peut tenir une
place importante dans la réparation et nous sommes
convaincus que cette place sera encore plus importante si,
sensibilisés aux facteurs de risques qui entretiennent
les symptômes qu’ils tentent de circonscrire,
ils peuvent associer des recommandations qui amènent
le patient-opérateur à solliciter son entreprise
à entreprendre une démarche préventive.
Cela serait un premier pas vers la prévention si parallèlement,
les kinésithérapeutes s’engageaient aussi
à créer un lien avec les médecins traitants
et surtout les médecins du travail concernés.
Ils deviendraient alors acteurs de prévention en permettant
à leurs patients, mais aussi aux autres opérateurs,
de bénéficier des adaptations qui pourraient
être mises en œuvres.
• L’enseignement théorique préconisé
Il a été élaboré :
- pour être au plus près des nécessités
de connaissance des kinésithérapeutes en matière
de prévention,
- pour permettre aux futurs professionnels une meilleure compréhension
des liens existant le plus souvent entre l’activité,
les tâches professionnelles de leurs patients et les
troubles et pathologies qu’ils ont à traiter.
Les objectifs sont définis pour solliciter les étudiants
à réagir en groupe autour d’une problématique
de leur choix et à rechercher des recommandations qui
s’écartent des traditionnels « conseils
d’hygiène de vie » qui bercent encore trop
souvent certains de leurs cours…
- Sensibiliser les étudiants aux pathologies d’hyper
sollicitations liées au travail,
- Informer sur les outils ergonomiques nécessaires
à l’analyse des postes,
- Présenter des études de cas pour illustrer
la problématique TMS,
- Guider des groupes de travail à établir le
lien entre rééducation et adaptation au travail,
- Susciter leur créativité pour leur permettre
d’élaborer des recommandations pour un cas donné
choisi par eux.
Il comprend les chapitres suivant :
-
Les troubles musculosquelettiques ; de la terminologie aux
tableaux des maladies professionnelles.
- La prévention des TMS ;Actualité des actions
entreprises tant sur le plan de la recherche que sur le plan
des applications.
- Généralités sur l’ergonomie ;
approche physiologique,approche psychosociale,approche cognitive.
- La démarche ergonomique ; les situations de travail,
méthodologie d’observation et d’analyse,les
contraintes, les outils d’observation et d’analyse,les
astreintes physiologiques, les outils d’analyse et d’évaluation,les
ambiances physiques et l’activité professionnelle,les
audits et les enquêtes psychosociales, généralités
et questionnaires.
- Méthodologie de pratique de terrain ;proposition
d’outil pour réaliser leur observation
- Présentation d’études de terrain ;compte
rendu d’études et/ou de formations réalisées
dans les entreprises.
• Pratique
Il est demandé aux étudiants de rechercher dans
leur entourage ou en stage une personne ou un patient se plaignant
de douleurs et présentant des symptômes de pathologies
présentent dans les tableaux des maladies professionnelles
(Tx 57-97-98). En groupe, ils organisent la démarche
pour l’activité donnée. Ils doivent organiser
leur travail autour des axes suivants :
- recherche bibliographique sur le lien entre pathologie et
travail,
- l’observation de terrain,
- résultats et analyses,
- les recommandations,
- réalisation de l’écrit,
- la présentation orale.
Ainsi, les objectifs de cette mise en pratique peuvent se
résumer de la façon suivante :
- Se poser un problème en lien avec la pra-tique kinésithérapique
;
- Elaborer une stratégie de résolution en s’appuyant
sur la démarche ergonomique
- Pratiquer une observation de terrain ;
- Analyser la situation de travail observée ;
- Etablir des recommandations kinésithérapiques
en s’appuyant sur celles de l’ergonomie.
Sur la méthode pédagogique
Les apports théoriques doivent permettre
aux étudiants de posséder le vocabulaire de
l’ergonomie, les différents chapitres de la démarche
ergonomique. Les études de cas doivent illustrer le
propos pour renforcer le lien avec la réalité
du travail. L’accent sera mis sur les références
bibliographiques et les sites Internet de références
pour favoriser leurs recherches personnelles et éviter
de s’appuyer sur la seule expérience vécue.
La pratique de terrain est réalisée par des
groupes librement choisis de 3 à 5 étudiants.
Les étudiants sont guidés par deux ergonomes
pour l’analyse de leurs observations. Les recommandations
proposées doivent rester à leur entière
initiative. Les enseignants peuvent s’inspirer des techniques
d’apprentissage par résolution de problèmes.
Proposition d’évaluation
Elle s’effectue sous trois formes.
1. Une interrogation écrite portant sur les apports
théoriques développés.
2. Un document écrit de 5 à 10 pages qui présente
l’évolution de la pratique depuis la fiche de
terrain jusqu’à l’élaboration des
recommandations et sa réalisation.
3. Une présentation orale du travail où chaque
étudiant est appelé à s’exprimer
sur un des aspects du travail effectué.
Conclusion
Ces propositions qui intéressent aujourd’hui
la formation initiale, doivent aussi pouvoir s’adapter
à la formation continue des professionnels libéraux
et salariés.
Celle-ci doit permettre à ceux qui le souhaitent, non
pas seulement d’apprendre de nouvelles techniques kinésithérapiques
pour animer tel ou tel groupe de salariés, mais de
recevoir les connaissances scientifiques et techniques nécessaires
pour comprendre ce que sont les TMS, les facteurs de risques
et les contributions que les thérapeutes peuvent apporter
aux préventeurs pour participer aux luttes contre ces
« épidémies ».
Ces propositions n’excluent pas les pratiques existantes
de gymnastique sur les lieux de travail ou de formations à
la manutention. Elles essayent de dépasser les objectifs
techniques de ces méthodes pour solliciter l’attention
des responsables d’entreprises et des responsables de
prévention, du rôle que peut avoir un kinésithérapeute
dans l’équipe pluridisciplinaire indispensable
à la gestion des TMS liés au travail.
Elles incitent les kinésithérapeutes à
repenser leurs diagnostics et traitements kinésithérapiques
avec une visée encore plus « réadaptative
».
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Références bibliographiques
non exhaustives
|
| [1]
Pr CONSO Fr – Qu’est-ce que les TMS en terme
de maladie professionnelle, et Prévenir les troubles
musculosquelettiques du membre supérieur –
Editions INRS ED 4056 Paris 2000 |
| [2]
APTEL M., ACHERITEGUY M.- apport des kinésithérapeutes
à la prévention des troubles musculosquelettiques
du membre supérieur en milieu de travail –
Documents pour le médecin du travail N°84 4ème
trimestre 2000 pp 363-370 |
| [9]
MEYER J-P., SLUITER J., REST K., FRINGS-DRESEN M., DELARUELLE
D., PRIVET L., ROQUELAURE Y. – Troubles musculosquelettiques
du membre supérieur liés au travail –
Archives des maladies professionnelles, 2002, 63, N°1,
pp32-45, Masson éditeur |
| [10]
VIEL E. – Le diagnostic kinésithérapique
– 2ème édition, Masson Ed Paris 2000 |
| [11]
PENINOU G. – Le bilan et le diagnostic kinésithérapique
– Conférence de Consensus sur la prise en
charge kinésithérapique du lombalgique,
ANAES Paris 1998 |
| [12]
LOISEL P. – La prévention d’incapacité
au travail, un nouveau paradigme – Archives des
Maladies Professionnelles, 2002, 63, N°1, pp.1-19[ |
13]
MEIGNAN Ch. - Evaluation d’un programme de formations
de kinésithérapeutes à l’animation
d’actions d’éducation pour la santé
– Kinésithérapie Scientifique N°407
Janvier 2001 pp21-23
|
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