100 objectifs de santé publique à méditer…

 
La presse s’est faite l’écho des 100 objectifs fixés par le gouvernement en matière de santé publique dans le cadre du projet de loi sur la politique de santé publique. Le kinésithérapeute est bien évidemment concerné par un certain nombre de ces mesures, en particulier dans les orientations préventives que souhaite voir se développer le gouvernement, pour toute une série de pathologie. Marthe Béna nous propose dans cet article d’en prendre connaissance et peut-être cela contribuera-t-il à vous accompagner dans vos choix de formation professionnelle ou d’investissement futurs. Nous vous conseillons aussi de vous rendre sur le site du ministère où vous pourrez avoir accès au texte intégral de la loi et des objectifs (www.sante.gouv.fr).
J.P Z.


Jean-François Matteï, ministre de la santé, de la famille et des personnes handicapées a émis, sur propositions du groupe technique national, 100 objectifs dont au moins 28 concernent de près et parfois de loin les kinésithérapeutes. La lecture de cette imposante littérature permet de dégager certains axes de réflexion que je soumets, par ricochet, aux lecteurs de la revue FMT MAG. Vous n’aurez pas tous pris connaissance du texte de loi et il m’est donc apparu important de vous informer, avant le grand chantier de la rentrée qui concernera aussi la santé, et de vous faire connaître les orientations qui se profilent. En introduction du projet, j’ai retenu cette phrase qui situe bien l’esprit de la loi : « … La santé est dans notre société une valeur essentielle et un bien supérieur. » Ce projet de loi en est la traduction.

Le 21 mai dernier, le projet a été présenté au conseil des ministres ; une affaire à suivre…J’ai retenu les objectifs qui, me semble-t-il, doivent retenir l’attention des kinésithérapeutes. Chacun, en fonction de ses aspirations professionnelles, pourra trouver matière à prévoir ses formations professionnelles ou à envisager une orientation de son exercice professionnel.



Chapitre Nutrition et activité physique
Objectif 9 – sédentarité et inactivité physique

Il concerne la nécessité d’augmenter la fréquence de l’activité modérée dans la vie quotidienne. Parallèlement, il conviendra de diminuer la proportion de sujets inactifs. Il est même précisé que 30 minutes par jour pendant 5 jours représentent une dose acceptable.

¬ Conseils de FMT MAG : Voilà une opportunité pour proposer des séances de gym ou de remise en forme dans vos espaces de travail et d’aller dans le sens souhaité par les autorités.


Chapitre Santé et travail
Objectif 15

Il concerne la réduction du nombre de salariés soumis à des contraintes articulaires prolongées. Sans être cité, ce chapitre est le seul à concerner les troubles musculo-squelettiques, expression consacrée aux maladies professionnelles concernant le tableau 57 qui correspond, pour l’essentiel, à des pathologies du membre supérieur. Le kinésithérapeute formé à l’ergonomie peut, s’il le souhaite, devenir un acteur de prévention attendu et probablement reconnu s’il sait montrer son efficacité ; le kinésithérapeute non initié aux démarches ergonomiques peut, à travers les écoles du dos et les gestes et postures, apporter une aide aux acteurs de prévention qui recherchent des compétences parmi les acteurs de santé qui ont une bonne connaissance physiologique des capacités et des incapacités physiques de l’homme au travail.

¬ Conseils de FMT MAG : Se rapprocher des CDPK tel que celui du 22 qui proposent une large gamme de formations pertinentes ; se rapprocher de l’EFOM qui propose un D.U. d’ergonomie adapté à notre profession. Sans formation continue adaptée, vous risquez de passer à côté d’un marché potentiel en matière de prévention. Pour discréditer la profession, il suffit de se lancer sur le terrain de la prévention sans outils cohérents et nos seules connaissances initiales ne nous suffisent pas.


Chapitre Douleur
Objectifs 31 – 32

Ils concernent d’une part la prévention de la douleur notamment en post opératoire et pour les patients cancéreux, et d’autre part ils cherchent à réduire l’intensité et la durée des épisodes douloureux chez les patients présentant des douleurs chroniques. Le kinésithérapeute est toujours (ou presque) confronté aux phénomènes douloureux où les techniques ont peu évoluées. L’évaluation de ces douleurs mérite un approfondissement des connaissances. La douleur doit-elle être le symptôme dominant dans nos prises en charge ?
Peut-on changer de paradigme et laisser un peu plus la médecine gérer la douleur pour mieux nous consacrer à la rééducation proprement dite ?
Autant de questions qui mériteraient bien des réunions de travail.


Chapitre Déficiences et handicaps
Objectif 35

L’objectif préalable mentionné dans le texte est ambitieux ; il convient de construire un outil spécifique sensible au changement et utilisable en routine pour repérer et décrire les limitations fonctionnelles et les restrictions d’activité… Voilà un thème qui devrait susciter de l’intérêt à l’AFREK et devrait trouver un écho dans les écoles de cadres pour diffuser encore plus nos compétences dans le domaine de l’évaluation. De plus, la kinésithérapie de ville est-elle prête à être encore plus attentive à l’accès aux soins des handicapés, des chroniques graves ?
Débat qui mériterait d’être ouvert afin qu’il engendre des négociations sur la cotation des actes à ces patients qui soient plus près de la réalité de la pratique et plus attractifs financièrement.


Chapitre Affections neuro-psychiatriques
Objectifs 63-64-65

Ce chapitre sur lequel on ne s’attardera pas compte tenu du peu d’intérêt réservé à ces patients par les kinésithérapeutes, présente les objectifs concernant certaines maladies mentales. Il concerne aussi des pathologies particulières, la maladie d’Alzheimer encore trop peu investie par la profession qui manque de formation dans le domaine, la maladie de Parkinson et la sclérose en plaque plus connues pour lesquelles il faudrait certainement relancer des campagnes d’information.
Pour toutes ces affections, des conférences de consensus ou des recommandations de l’ANAES seraient un premier pas pour inciter encore plus de professionnels à s’engager dans la prise en charge en ville de ces pathologies lourdes mais passionnantes.



Chapitre Maladies cardio-vasculaires
Objectifs 72-73

Qu’il s’agisse de la rééducation des accidents vasculaires cérébraux ou de celle des insuffisances cardiaques, les kinésithérapeutes possèdent des « arsenaux thérapeutiques » souvent performants. Là encore, il y a peu de cohérence entre les pratiques en centre de rééducation et les pratiques libérales. Le manque de communication évidente entre les différents acteurs doit être amélioré d’autant plus si les praticiens souhaitent participer à la réduction des ré-hospitalisations et des séquelles fonctionnelles de ces affections.



Chapitre Affections des voies respiratoires
Objectifs 74-75

Ils concernent les BPCO et l’asthme, pathologies bien connues de notre profession mais peu présentes dans les programmes de formation continue ou qui attirent peu de praticiens. Pourtant, les techniques ont trouvé des justifications scientifiques et des modes d’évaluation qu’il convient d’actualiser.



Chapitre Pathologies gynécologiques
Objectif 78

Réduire la fréquence et les conséquences de l’incontinence urinaire. Le consensus kinésithérapique existe, les formations sont performantes. On peut se fier à l’expérience de certains formateurs comme Henri Portero ou Joëlle Souffir qui maîtrisent, chacun à leur manière, la rééducation de ces troubles qui concernent les femmes mais aussi les hommes.

¬ Conseils de FMT MAG : Beaucoup de formations sont proposées, lisez d’abord la conférence de consensus avant de faire votre choix…(www.anaes.fr)



Chapitre Troubles musculo-squelettiques
Objectifs 82-83-84-85-86-87

Le texte de projet de loi évoque, sous ce vocable, toute une série de pathologies qui n’ont rien à voir avec ce que l’on appelle habituellement les TMS. En effet, le texte évoque des objectifs pour l’ostéoporose, la polyarthrite rhumatoïde, les spondylarthropathies, l’arthrose, les lombalgies, qu’il s’agisse de la réduction des incapacités fonctionnelles et de l’amélioration de la qualité de vie des personnes atteintes de ces affections. Depuis toujours, le kinésithérapeute s’est attaché à soulager ces patients. Peut-il être encore plus performant en matière de prévention par notamment la participation à l’élaboration de guides pratiques ? Peut-il revoir ses techniques en changeant de paradigme à savoir moins de techniques pour lutter contre la douleur et plus de techniques pour le maintien des capacités fonctionnelles ?…
Là encore il existe peu de publications sur ces thèmes et peu de formations probablement du fait du peu d’intérêt que leur accordent les praticiens.

Concernant les lombalgies, dont il existe une conférence de consensus déjà assez ancienne, elle reste la première pathologie prise en charge par les kinésithérapeutes de ville, mais qui reste aussi un des symptômes les plus difficiles à « maîtriser ». Un élément reste quasiment absent de tous les articles thérapeutiques sur le sujet, c’est la dimension des facteurs causals dans la rééducation. En effet, l’essentiel de ces symptômes est lié à l’activité physique qu’il s’agisse de postures contraignantes, de gestes contraignants ou de manutentions excessives. Quelle place le praticien laisse-t-il à ces facteurs dans le choix des objectifs communs qu’il établit avec son patient ? (Lire avec attention l’article de KS N° 433 de mai 2003 p. 35-48 ou l’art de normaliser tout et plus si affinité…) Quelle évolution et quels choix techniques envisage-t-il compte tenu de ces mêmes facteurs ?

¬ Conseils de FMT MAG : N’est-il pas possible que les organismes de formation de la F.F.O.F.C.M.K. Kiné formation continue s’organisent pour assurer ensemble des programmes sur des thèmes qui ne recueillent pas l’enthousiasme mais qui intéressent sûrement des confrères isolés aux quatre coins de la France.
Reportez-vous à la conférence de consensus, informez-vous sur les publications nationales et internationales sur ce thème ; nos techniques sont probablement pertinentes mais encore trop symptomatiques et insuffisamment préventives.



Santé des personnes âgées
Objectif 99

Dans ce chapitre, un objectif devrait retenir particulièrement l’attention des kinésithérapeutes, il concerne les chutes. C’est un champ de compétence qui est important et pour lequel le public, les assureurs et les personnes âgées elles-mêmes sont demandeurs de prévention.


¬ Conseils de FMT MAG : Reportez-vous aux articles de France Mourey, de Sylvie Laroudie et Annick Soufflet dans cette même revue ; elles restent les personnalités compétentes sur ces techniques.