La Journée de rééducation des Sables d’Olonne :
Le rendez-vous kinésithérapique de l’Ouest
Pour sa cinquième édition, Michel Caulier et Henri Portero ont décidé de faire le point sur les bonnes pratiques en rééducation. S’appuyant sur les recommandations de l’ANAES, ils ont invité quelques experts cadres kinésithérapeutes à s’exprimer sur leur sujet de travail. Nous vous rapportons quelques éléments de leurs interventions et nous vous suggérons de vous rapprocher de l’ANAES pour vous procurer le CD Rom des conférences de consensus auquel tout praticien devrait se référer.



Fiches pratiques thérapeutiques : outil de transparence et de connaissance de la kinésithérapie.

Gérard PIERRON Directeur de l’Ecole des Cadres de Santé de Bois-Larris

Avec la minutie du praticien chercheur, Gérard Pierron a amené l’auditoire à percevoir la nécessité de réaliser des fiches pratiques thérapeutiques, outils de transparence et de connaissances pour une gestion concertée des dépenses de santé. S’appuyant sur les études du CREDES concernant les dépenses de santé et sur une analyse critique de la part et de la responsabilité des différents acteurs face à la santé, il reprend les propos de Jean Bernard pour affirmer avec lui que … « ce n’est pas du côté des thérapeutiques mais du côté de la prévention et de ses progrès que se trouve la solution du problème angoissant et paradoxal de la santé de demain »... « Un grand effort coordonné, rationnel, de prévention est seul capable, en prévenant les maladies, de protéger la santé de l’homme sans ruiner le système de santé »... On ne peut que s’associer à ces propos qui confirment un point de vue largement diffusé dans les colonnes de FMT MAG et qui conforte l’orientation professionnelle prise par certains kinésithérapeutes depuis de nombreuses années en se dirigeant vers l’ergonomie ou qui ont intégré la dynamique des « Ecoles du Dos » ou de la prévention dans leurs pratiques rééducatives quotidiennes.

Partant de ces aspects, les fiches pratiques proposées sont un modèle de simplicité. A partir du quoi, pourquoi, qui, comment, les fiches techniques renseignent sur :
la nature de la prise en charge qui peut être relationnelle, éducationnelle, instrumentale et/ou manuelle,
la validation des orientations sur les bases fondamentales et/ou cliniques,
les indications qui renvoient aux fiches affections,
les contre-indications,
les modes d’applications qui répondent au : quand ? comment ? combien ?
   
  Les fiches affections portent quant à elles sur :
les objectifs kinésithérapiques,
les techniques utilisées qui renvoient aux fiches techniques,
les modes de prises en charge,
le rapport bénéfice / coût.

L’école des cadres de Bois-Larris sensibilise ces étudiants à ces pratiques que la CNAM semble avoir initiés par la classification des actes médicaux qui a permis la hiérarchisation de plus de 7000 actes médicaux inter et intra spécialités. La transposition à la kinésithérapie reste à faire, il y aura obligation de préciser les termes, de justifier les techniques, de préciser les difficultés de réalisation d’un acte et de son évolution avec l’expertise. Un grand chantier qui mérite que l’on y consacre du temps et des moyens.


Les recommandations dans le cadre de l’entorse de la cheville.
Pascal GOUILLY Masseur-kinésithérapeute Cadre de Santé - CHU METZ

Après avoir rappelé l’essentiel sur le diag -nostic et les différents traitements médicaux, l’orateur résume une étude effectuée sur 600 patients qui confirme l’attention que l’on doit porter au traitement fonctionnel qui favorise la reprise plus rapide du travail, la diminution précoce de l’œdème, la diminution de la douleur et l’augmentation de la force et de la mobilité plus rapidement.

Concernant les recommandations de l’ANAES, dont le tableau de bord a été repris aussi dans les Annales chez Masson, elles insistent sur le bilan et surtout le diag- nostic kinésithérapique qui doit permettre au praticien, à partir des éléments de son bilan, d’élaborer les combinaisons techniques les plus favorables à la reprise fonctionnelle la plus précoce possible.


Les recommandations dans le cadre de la lombalgie.
Pierre TRUDELLE Masseur-kinésithérapeute Cadre de Santé – Paris

Le leitmotiv qui doit émerger à chaque prise en charge d’un lombalgique est d’éviter le passage à la chronicité. Cet objectif primordial justifie pleinement le rôle du kinésithérapeute dans le traitement de ces symptômes complexes où se conjuguent cinq dimensions :
physique
douleur
psychologique
capacité générale
sociale et professionnelle.

Les recommandations publiées suite à la conférence de consensus donnent des pistes de rééducation suffisamment souples pour permettre aux kinésithérapeutes de s’engager au plus près des besoins de son patient. Encore faudra-t-il qu’il s’attarde à effectuer un bilan diagnostic précis et ciblé et qu’il accepte de changer de paradigme en abandonnant l’idée de supprimer totalement la douleur, de ne pas la nier mais de la dédramatiser, de rassurer et de l’expliquer. Une autre attitude peu commune sera d’encourager la reprise du travail et d’inciter le patient à se prendre en charge. Le praticien s’engagera plus sur la voie de l’enseignement et du contrôle auxquels il n’est peut-être pas assez familiarisé.


Les recommandations dans le cadre de l’incontinence urinaire chez la femme.
Henri PORTERO Masseur-kinésithérapeute Cadre de Santé - CH Les Sables d’Olonne

L’incontinence urinaire chez la femme, mais probablement aussi chez l’homme, est un problème important puisque 37% des femmes présentent des troubles urinaires.Dix huit ans d’expérience professionnelle ont conduit à s’éloigner progressivement de l’électrothérapie pourtant préconisée dans les recommandations. Il reste beaucoup à travailler pour valider les techniques et toujours les vérifier… rien n’est acquis et c’est probablement ce qui enrichit notre pratique au quotidien.


Les recommandations dans le cadre de la coiffe des rotateurs.
Thierry MARC Masseur-kinésithérapeute Cadre de Santé - Montpellier

Les pathologies de l’épaule représentent le deuxième risque après la lombalgie. La fréquence des ruptures est de 50% à 70 ans et de 80% à 80 ans. On serait tenté de faire à Thierry Marc la même critique constructive qu’à Pierre Trudelle, ces deux brillants orateurs ont à peine effleuré le lien entre le travail et la pathologie qui nous semble-t-il devrait être un bon indicateur des objectifs à atteindre et des techniques à utiliser.
L’exposé de ce spécialiste de l’épaule depuis un peu plus de 15 ans nous a permis de nous rafraîchir la mémoire sur les trois types de rythme scapulo-huméral. Les recommandations de l’ANAES proposent là encore au praticien un guide précieux pour l’élaboration d’un diagnostic kinésithérapique. A partir du bilan des déficiences qui permet d’apprécier l’état des structures anatomiques, la classification du patient devient possible et la définition des techniques rééducatives plus aisée.

L’auteur insiste beaucoup sur le bilan des incapacités classées en :
Aucune
Moyenne
Modérée
Sévère
Totale

Nous ne pouvons que vous inciter à vous reporter sur le site de l’ANAES (www.anaes.fr) pour compléter votre information.


La prévention en kinésithérapie : de la prévention globale aux troubles musculo-squelettiques.
Jean CADET Masseur-kinésithérapeute Cadre de Santé Mutuelle Générale
Jean-Pierre ZANA Masseur-kinésithérapeute Cadre de Santé – Expert INRS - Paris


Pour clore cette journée, ces deux orateurs se sont partagés la lourde tâche d’évoquer devant un public de praticiens, la question de la prévention. La porte avait été entrouverte par Gérard Pierron ; ces deux experts de la prévention ont cherché à l’ouvrir entièrement.

Jean Cadet a d’abord rappelé les quatre volets de la prévention :
La prévention primaire qui a pour objectif l’éducation pour la santé, l’information.
La prévention secondaire qui a pour objectif le dépistage en favorisant les diagnostics précoces.
La prévention tertiaire qui a pour objectif d’agir sur l’affection dans lequel s’inscrit la rééducation.
La prévention action qui a pour objectif de participer aux sevrages des conduites addictives et de participer à la préparation au vieillissement.

Ce spécialiste de la prévention reste convaincu que le kinésithérapeute doit être un acteur de prévention pour chacun de ces volets. C’est une démarche personnelle dans laquelle le praticien doit s’engager et qui recevra le soutien des assureurs privés à en croire Jean Cadet.

Dans son domaine de compétence, les troubles musculosquelettiques, Jean-Pierre Zana a exposé les liens entre activités professionnelles et pathologies d’hyper sollicitation à partir d’un modèle simplifié qui justifie pleinement la prise en compte de la dimension du travail et des tâches effectuées dans la rééducation.

Pour cet expert, le kinésithérapeute est, par sa formation initiale et sous réserve de la prise en compte des gestes et des postures professionnels, un acteur de prévention qui, par la connaissance qu’il a du corps et de ses limites, peut participer aux actions de prévention initiées par les préventeurs ergonomes en particulier. S’il est formé à l’ergonomie, le kinésithérapeute peut alors être un préventeur à part entière.

Le débat est ouvert, il a le mérite d’exister pour que se rapprochent les points de vue au bénéfice du citoyen – patient qui fréquente tous les lieux de rééducation.

Remerciements à Messieurs Henri Portero et Michel Caulier qui, depuis plusieurs années, proposent des rencontres professionnelles de qualité non partisanes, des moments de ce type devraient se développer car ils permettent de poser les problèmes de fond de nos techniques et surtout d’avancer ensemble.