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Dr Jean-Marie Vetel
LA CANICULE :

UN BON REVELATEUR DE
DYSFONCTIONNEMENTS


Interview du Dr Jean-Marie Vetel, Chef du Service de Gériatrie au Centre Hospitalier du Mans et Président du syndicat national de gérontologie clinique. Co-auteurs des grilles AGGIR, PATHOS et SOCIOS


Dr Vetel, pensez-vous que les événements de cet été ont été un bon révélateur del’inadaptation de notre système de santé pour faire face aux nouvelles problématiques posées par le vieillissement de la population et par son isolement ?
Je peux vous donner mon point de vue en tant que gériatre coordinateur de long séjour, car j’étais sur le terrain dans mon service pendant la crise, et j’ai ensuite été placé au cœur de l’agitation politico-technique de ces dernières semaines de par mes responsabilités syndicales nationales.

La situation a résulté de la conjonction de plusieurs facteurs : température de fournaise diurne et nocturne sur une longue période, absence de vent, habitat souvent inadapté, pollution atmosphérique dans les grandes villes, population active en congés, et enfin méconnaissance du risque et de la prévention du « coup de chaleur » par le grand public et particulièrement les personnes âgées à risque, et même par les professionnels de la santé.

Cet événement a révélé l’insuffisance du système de surveillance sanitaire collective et individuelle dans le domaine climatique. Il a aussi mis en évidence une seconde faille : une quasi-rupture des systèmes de prise en charge et de soins des personnes âgées. Ces systèmes sont réellement « les maillons faibles » de notre société, alors que les enfants et les handicapés, pour diverses raisons culturelles et sociales, n’ont apparemment pas souffert de cette crise. L’isolement d’une grande partie de cette population fragile, particulièrement marqué pendant l’été en raison de l’éloignement légitime des familles, a aggravé les conséquences de la canicule.

Ces personnes à risque ont ainsi été souvent laissées sans conseil, alors que des messages de prévention auraient pu être passés en boucle sur les radios et télévisions et faute de détection sanitaire, leur état clinique individuel s’est trop souvent gravement altéré parfois jusqu’au décès à l’insu de tous.
C’est l’engorgement des urgences hospitalières vers lesquelles ont été orientés les malades les plus gravement atteints, puis celui des morgues, qui ont alerté sur la gravité de l’événement.

Que s’est-il passé ?
Qu’en pensez-vous ?

Que cet événement n’a été que le révélateur de la charge de rupture chronique de multiples maillons de la chaîne médico-sociale gériatrique. Ne nous leurrons pas, un plan canicule aussi bon soit-il, et des conseils sanitaires en boucle sur la radio et la télévision n’auraient pas renversé la situation. C’est la filière gériatrique dans son ensemble qu’il convient de mettre enfin à niveau, du domicile à la maison de retraite et à l’hôpital.

Bien évidemment, il faut évoquer la prise en charge des personnes âgées à leur domicile. C’est souvent à ce niveau qu’un manque de vigilance et de présence peut rapidement entraîner des situations dramatiques, avec pour conséquence un engorgement important du système de soins. Cette prise en charge au domicile n’est pas une problématique purement« médicale ». Elle doit intégrer l’ensemble des acteurs concernés : famille, voisinage, associations, aide sociale, professionnels médicaux et para médicaux.

Le domicile est souvent le « maillon faible ». La famille et les voisins jouent un rôle crucial mais ne peuvent assurer une présence et une disponibilité permanente. Les acteurs sociaux et médicaux n’interviennent que ponctuellement et en cas de besoins spécifiques. Il faut coordonner l’action de tous ces acteurs pour assurer une continuité dans la prise en charge. A cet égard, les services de téléassistance peuvent contribuer à mieux assurer cette continuité.

En quoi les services de téléassistance peuvent-ils contribuer à une meilleure prise en charge au domicile de cet accompagnement indispensable des personnes en perte d’autonomie ?
Quelles sont leurs limites ?

Les services de téléassistance existent depuis une vingtaine d’années en France et actuellement plus de 150 000 personnes en bénéficient. Cela représente environ 1,5% de la population des plus de 65 ans, contre plus de 7% au Royaume-Uni et même près de 10% en Suède. On estime les besoins actuels à plus de 1 million de personnes en France.
Ces services offrent une vraie sécurité lorsque la perte d’autonomie est essentiellement « motrice », c’est-à-dire tant que les fonctions intellectuelles sont conservées. Ils permettent également de rassurer l’entourage et les proches. Ils facilitent le retour à domicile après une hospitalisation en assurant un lien permanent avec la personne âgée. Ce point est essentiel car trop souvent, le retour à leur domicile des personnes âgées hospitalisées est difficilement envisageable en raison de leur isolement et du manque de surveillance, alors qu’une prise en charge médicale lourde et coûteuse ne se justifie plus.

En ce qui concerne les limites, on peut reprocher aux appareils actuels un certain manque de convivialité et parfois une adhésion difficile par la personne âgée qui refuse de se reconnaître comme « dépendante » d’une télécommande d’urgence. Ceci explique que certains abonnés ne portent pas en permanence leur télécommande et risquent ainsi de ne pas l’avoir lors d’une chute ou d’un malaise.

L’autre limite concerne leur utilisation. Il faut penser à appuyer sur la télécommande en cas de besoin alors que certaines pathologies comme la maladie d’Alzheimer, entraînent parfois des réactions inappropriées absence d’usage en cas de nécessité, la personne étant trop affolée pour se rappeler qu’elle doit appuyer sur l’alarme, ou au contraire usage intempestif itératif !
 
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