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UNE JEUNE KINESITHERAPEUTE
EN MISSION HUMANITAIRE
AU BANGLADESH


La mission a démarré en mars 2001 et les kinés se relaient. Marie-Line Targé a passé quinze mois à Chakaria et Cox’s Bazar, région côtière au sud-est du Bangladesh.
Dès la fin de ses études de kiné en Belgique, Marie-Line a cherché à partir dans un pays en voie de développement. Elle a trouvé la réponse à son attente en visitant le salon Mondial Rééducation / Equip’salles à Paris et plus particulièrement le stand de «Kinés du Monde» ; elle connait alors que c’est avec eux qu’elle pourrait partir dans un des pays où cette ONG installe ses missions : Tchad, Bénin, Bangladesh… Elle en rêvait, mais avant de partir, il a fallu le temps de la préparation : entretiens avec d’anciens expatriés, week-end de formation sur l’enseignement (car la tache primordiale de KDM est de former sur place des auxiliaires kinés) et les différentes pathologies rencontrées dans les pays en voie de développement ainsi qu’un week-end de préparation au choc culturel. «Cela a été long», remarque-t-elle tant son impatience de partir était grande.
Kinés du monde et ses missions
Association humanitaire, «Kinés du monde» (KDM), dont le siège est à Grenoble, a pour vocation d’aider à l’insertion sociale des enfants handicapés des pays en voie de développement. Des professionnels se relaient à la fois pour soigner ces enfants et pour former le personnel local à la rééducation et à l’appareillage en créant des postes d’auxiliaires kinésithérapeutes. Depuis 1987, KDM a déjà mené de nombreuses missions dans différents pays et plusieurs se poursuivent actuellement : Bénin, Tchad, Inde, Burkina Faso, Bangladesh.

Mais ce temps de préparation a été utile, elle le dit : «j’ai approfondi mes connaissances en pathologie infantile en travaillant dans différentes structures auprès d’enfants handicapés».

Et puis arrive un appel téléphonique de la responsable de mission : «pouvez-vous partir au Bangladesh ?»… » J’ai sauté de joie», raconte Marie-Line qui se prépare aussitôt en se documentant sur la langue du pays, sa culture et les problèmes sanitaires qui s’y posent.

Au Bangladesh, elle a appris très vite le Bengali car, dit-elle, «c’est la langue des pauvres. Les riches parlent l’anglais. Moi, je voulais m’occuper des pauvres».
Pour parfaire son intégration, elle s’habille comme les femmes bengladeshis : de longues tuniques fendues sur pantalons et châle sur les épaules. Et elle précise : «je mange comme eux, je bois l’eau qu’ils boivent ce qui les étonne vivement et les gamins me crient «arsenic! arsenic!» (car l’eau est polluée) et je voyage comme eux».


Que rencontre-t-elle dans les consultations qu’elle met en place ?
«D’un jour à l’autre le nombre de patients sur la matinée varie très fort pouvant aller de zéro les jours de pluie à 10 ou 12 les autres jours. La grande majorité des patients sont des enfants rachitiques pour lesquels un bilan de départ très complet avec une photo est important.

En fonction de l’âge et des déformations, nous leur prescrivons de la vitamine D, du calcium et de l’huile de foie de morue, des attelles de nuit ou de jour ou de la chirurgie. Pour pouvoir bien suivre l’enfant et son évolution, nous demandons à le revoir tous les mois. Nous avons aussi beaucoup d’enfants pieds bots pour lesquels nous faisons des plâtres successifs, des enfants IMC, poliomyélitiques ou atteints de polyarthrite juvénile. Moins régulièrement des hémiplégiques, myopathes, brûlés ainsi que d’autres ayant diverses déformations suite à des infections».

Sa mission se partage entre deux petites villes : Chakaria et Cox’s Bazar. Dans cette dernière, un service kiné a été mis en place à l’hôpital où des chirurgiens d’une autre ONG, «Aide médicale et développement» (AMD) viennent opérer les enfants, réduisant leurs déformations osseuses. La rééducation post-opératoire incombe aux kinés et aux aide-kinés.

Dans son carnet de bord, Marie-Line note : «Après de longs mois d’attente et de travail, l’équipe d’AMD et moi-même avons pu fêter la première opération «rickets» à l’hôpital de Cox’s Bazar.«Tout est à mettre en place. Après deux semaines de recrutement dans les quartiers des environs, nous nous occupons de trouver un minimum de matériel pour démarrer et ouvrir des dossiers et feuilles de bilan pour les patients. Très vite, ceux-ci arrivent à toute heure. Après de nombreuses réunions avec les partenaires locaux, nous trouvons des accords et des solutions pour le bon déroulement de ce nouveau service.

Les consultations avec comme priorité les enfants se dérouleront la matinée afin de poursuivre la formation les après-midi».
Après une interruption de sa mission, Marie-Line repartant pour le Bengladesh écrit : «me voici repartie pour six mois avec une idée bien précise en tête : il faut aider ces enfants. Oui! Ces petits souffrent de rachitisme (appelé «rickets»), ils se déforment de plus en plus, jour après jour.

Urgence !
Ils sont des milliers dans cette région et pour certains, les déformations aboutissent à des handicaps majeurs allant jusqu’à la perte de la marche.» Travailler dans ces régions et dans ces conditions implique d’inventer avec les moyens du bord et notre kinésithérapeute explique : «Nous essayons d’abord les attelles de nuit en plâtre. Pas assez rigides.

Puis en bambou : trop rigides. Il faut trouver une correction de jour car les jambes se déforment à cause du poids du corps sur ces os « chewing-gum «. Nous essayons alors des plâtres successifs avec gypsotomies toutes les semaines. Ce traitement est lourd pour l’enfant à cause de la chaleur. Les plâtres se ramollissent rapidement lors de la mousson et les distances sont souvent trop longues pour être parcourues chaque semaine.

L’attelle bilatérale avec pièce de hanche semble idéale pour ce type de pathologie mais trop onéreuse. Grâce à l’aide de mes élèves kinés et celle financière d’AMD, le projet d’atelier d’attelles a pu se réaliser. Nous voyons une évolution positive très rapide ce qui aide les parents à persévérer avec ce matériel peu confortable.
Actuellement, 68 de nos 900 patients rachitiques sont appareillés en plus de leur traitement en vitamine D et calcium.

Chaque jour de nouveaux patients arrivent… Pourrons-nous assumer les milliers d’enfants de cette région ?
Une chose est sûre : ce n’est ni l’envie ni le courage qui manque à cette nouvelle équipe de kinésithérapie».

Anne HAUG
Kinésithérapeutes du Monde
14, rue Colbert
38000 Grenoble
Tél. : 04 76 87 45 33 - Fax : 04 76 47 32 82
E-mail : kdm.siege@wanadoo.fr
www.kines-du-monde.org
Crédit Photos : KINES DU MONDE
 
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