Un
homme, une méthode « révolutionnaire » :
Moshé Feldenkrais |
La
Technique développée, il y a déjà quelques
décennies, par Moshé Feldenkrais n’a
jamais retenue totalement l’attention des kinésithérapeutes,
pourtant tous ceux qui ont pris le temps de s’y intéresser
ont découvert un outil complémentaire pour leur rééducation,
d’une efficacité exceptionnelle pour les patients. Françoise
Figuière nous rappelle les grandes lignes de cette
pratique qui, au moment où les premiers travaux scientifiques
montrent les liens existant entre les pathologies de l’appareil
locomoteur et le stress, devrait inciter les kinésithérapeutes
à se former à cette pratique.
J.P. Zana |
|
Un
personnage hors du commun : Moshé Feldenkrais
Né en Russie en 1904, il étudia à Paris où
il obtint son Doctorat en Physique avant de devenir assistant de Frédéric
Joliot Curie et de Paul Langevin. Il fut l’un des premiers à
introduire le judo en France et travailla avec les plus grands maîtres
de l’époque (Maître Kano). Décédé
en 1984, Moshe Feldenkrais a passé 40 ans de sa vie à
étudier les échanges entre notre système nerveux
et nos mouvements et enseigna le fruit de ses découvertes aux
Etats-Unis, en Europe et en Israël. Il eut comme public aussi
bien des acteurs comme Peter Brook, des musiciens, des danseurs que
des malades atteints d’affections neurologiques et de nombreux
enfants I.M.C qui venaient de tous les coins des USA. |
| Moshe
Feldenkrais (USA 1980). Séance d’intégration fonctionnelle
dans le cas d’un problème neurologique |
La méthode Feldenkrais est basée sur notre
capacité à faire de nouvelles connections à tout âge
et quelle que soit notre condition physique. Elle offre au kinésithérapeute
la possibilité d’aborder tout traitement d’une façon
globale et créative. Cette approche « révolutionnaire
» ne s’appuie pas uniquement sur le fameux
« cause à effet » mais sur la théorie des systèmes.
Dès lors la rééducation devient interactive et ouvre
le champ des possibles. « L’impossible devient possible, le
possible devient facile, le facile devient agréable,l’agréable
devient élégant ».
En dehors du cadre médical, la méthode Feldenkrais
est très utilisée chez les danseurs, les musiciens, les sportifs,
dans le domaine de la prévention et de l’ergonomie.
Le concept Feldenkrais est basé sur des principes
scientifiques de neuro-physiologie et de lois biomécaniques. L’objectif
étant d’acquérir une mobilité fluide, efficace,
avec un minimum d’effort et surtout de l’intégrer pour
une utilisation spontanée.
L’originalité de la méthode Feldenkrais
réside dans les moyens utilisés pour arriver à ce résultat
en faisant appel à notre plasticité neuronale, en utilisant
des circuits neuro-moteurs inhabituels, et une prise de conscience de soi
dans l’action. La méthode ne fait pas appel directement à
notre souplesse articulaire et à notre force musculaire d’une
façon répétitive et mécanique, mais à
notre capacité d’apprendre et de sentir.
La méthode Feldenkrais du nom de son fondateur est
née d’une recherche personnelle. A la suite d’un traumatisme
grave au genou lors d’un match de football, les chirurgiens de l’époque
ne lui garantissant pas une bonne récupération fonctionnelle,
il décide de ne pas se faire opérer et fait le pari de récupérer
le fonctionnement de son genou.
Pari fou, pour certains, mais pas pour lui compte tenu de ses connaissances
de physicien et de judoka.
C’est le déclenchement d’une recherche approfondie sur
les rapports entre le mouvement et le cerveau. En sa qualité de physicien,
il transpose les lois de la physique au fonctionnement du corps humain (force,
masse, poids, volume, vitesse...), s’inspirant par ailleurs du développement
psychomoteur de l’enfant et de notre capacité d’apprentissage
en tant qu’adulte. De sa formation aux arts martiaux on retrouve la
conception orientale du mouvement efficace et harmonieux, utilisant l’énergie
minimale, la courbe, la spirale et l’approche indirecte.
Aller
réveiller notre habileté
Feldenkrais se plaisait à répéter : « La clef
de toute amélioration n’est pas dans les muscles et articulations
mais dans le système nerveux ». Donc, il ne s’agira pasd’étirer,
de muscler, de faire des exercices répétitifs en utilisant
la force, mais d’aller réveiller notre habileté, notre
coordination, nos sensations pour effectuer des gestes plus justes, plus
économiques. Le sportif augmente alors son endurance, l’artiste
sa performance, le rhumatisant fait reculer le seuil de sa douleur.
Quels sont les paramètres à expérimenter pour améliorer
un mouvement ?
Quelques principes de base :
|
• |
Changer l’amplitude et la vitesse. |
|
• |
Changer
la position de départ. N’oublions pas que la position
allongée va permettre d’interrompre les schémas
musculaires habituels. |
|
• |
Ne
pas lier le mouvement avec un rythme respiratoire particulier, veiller
simplement à ne pas bloquer la respiration. |
|
• |
Changer
son « focus ». Aller porter son attention sur une autre
région du corps. Prendre du recul sur la région qu’on
est en train de mobiliser. |
|
• |
Visualiser
le mouvement avant l’action pour éliminer les mouvements
parasites. |
|
• |
Utiliser
un mouvement de dissociation par exemple tourner les yeux à
droite lorsque la tête tourne à gauche. |
|
• |
Utiliser
un mouvement auxiliaire, facili- tateur en faisant intervenir une
autre région du corps. |
|
• |
Immobiliser
la partie distale et initier le mouvement avec la partie proximale. |
|
• |
Alterner
les mouvements localisés et globaux. « On ne peut changer
un détail sans réorganiser l’ensemble »
se plaisait à dire Feldenkrais. |
Comment
intégrer « engrammer » ce nouveau schéma ?
Une fois que le mouvement sera aisé, fluide, sans douleur, le challenge
très particulier à cette méthode sera de trouver les
conditions pour que le nouveau schéma soit disponible dans n’importe
quelle situation sans passer par la pensée consciente. Nous ne devons
pas rester dans l’analyse ou bien encore dans les : « il faut
», « il n’y a qu’à ».
Les mouvements seront exécutés avec certains critères
:
|
• |
en
toute sécurité, dans de bonnes conditions de confort,
|

Dissociation “bassin-tête”

Cours de Groupe organisé autour d’une
fonction donnée

« La planchette » ou « sol
artificiel »outil indispensable pour touterééducation
à la marche |
• |
sans
vouloir atteindre un but à tout prix, |
• |
sans
aucun jugement. Ne pas attendre, le «c’est bien»
de l’extérieur, du kiné, mais plutôt éprouver
une satisfaction intérieure, de plaisir à se mouvoir
avec aisance |
• |
le
schéma de fonctionnement sera exécuté d’abord
sur un seul côté pour accentuer la prise de conscience. |
• |
savoir
reproduire ces mouvements,cette nouvelle fonction dans des positions
variées, assis, debout, à 4 pattes, inhabituelles parfois,
à des amplitudes et vitesses. |
En
pratique : 2 approches
Par les indications verbales
Le patient guidé par la voix, le rythme de l’enseignant
va augmenter son répertoire de mouvements, va prendre conscience
de son fonctionnement, trouver de nouvelles coordinations plus aisées,
ses tensions vont diminuer, sa respiration sera plus ample.
Petit à petit, le schéma corporel se précise,
la personne va faire des liens entre les différentes parties
de son corps, va sentir plus d’unité, va se réapproprier
son corps, ses sensations. Les indications tout en étant précises,
ne sont pas directives. La personne va retrouver plus de confiance
dans ses capacités.Le processus pédagogique étant
de faire des propositions et de poser des questions, la personne se
prend davantage en charge et participe plus activement à son
rétablissement. Ce n’est plus le kiné qui fait,
mais le kiné qui lui ouvre des possibilités. |
L’approche avec le toucher
Ce sont soit des mobilisations fines et précises, soit des mobilisations
globales. Il n’y a jamais d’étirement segmentaire mais
une sensation d’allongement due à la répartition du
mouvement sur plusieurs articulations, le plus souvent ce sont des manœuvres
de soutien, de poussée, de rapprochement de segments, agissant aussi
bien au niveau du squelette, des muscles et des fascias, sans oublier les
récepteurs proprioceptifs.
La
notion de transmission de mouvement est toujours en arrière
plan. Dans ce travail, la qualité du toucher est essentielle,
la position des mains et des prises de contact sont très spécifiques
à la méthode.Dans la pratique le kinésithérapeute
va aller d’un endroit à l’autre du corps donnant
un message et attendant une information. A ce niveau une non-réponse
à la même valeur d’information qu’une réponse
positive. Et ainsi par une série d’améliorations
on obtient une transformation progressive qui va être acceptée
et intégrée par le patient parce qu’il ne les
perçoit pas comme imposées de l’extérieur.
Par exemple dans le cas d’une rééducation d’épaule,
le kiné va d’abord faire la relation « bassin-épaule
» avant toute rééducation segmentaire. Il met
le patient en décubitus latéral, afin de limiter l’effet
de la pesanteur, et après avoir fait le lien avec le bassin
et l’omoplate, va utiliser un trajet facilitateur en rotation
externe de l’épaule adduction et supination de l’avant-bras
pour augmenter l’antépulsion.
Autre exemple en neurologie très efficace pour la réhabilitation
à la marche et àl’équilibre c’est
l’utilisation de la « planchette » Feldenkrais
ou « sol artificiel ».
En s’inspirant de la méthode Feldenkrais
le kinésithérapeute trouvera là de nouvelles
façons de pratiquer plus fonctionnelles, plus rapides, plus
performantes, moins répétitives. |

Travail sur les diagonales
Stage
de formation |
Grâce
à quoi son travail devient moins routinier, moins fatigant et plus
gratifiant. La méthode pédagogique étant basée
sur le questionnement, le patient devient plus autonome et plus responsable
de sa guérison.
Références
Bibliographiques :
Feldenkrais M., « Le cas Doris » 1993
- Editions Espace du Temps Présent
- 30, rue Monsieur le Prince, 75006 Paris.
Feldenkrais M., « Energie et bien-être par le mouvement
»
- Editions Dangles
Goldfarb L., « Articuler le changement » 1998
- Editions Espace du Temps Présent
- 30, rue Monsieur le Prince, 75006 Paris. |
|
|
Françoise
Figuière : kinésithérapeute
enseignante Feldenkrais
Après quelques années de pratique en kinésithérapie,
Françoise Figuière découvre cette méthode
lors d’un stage avec Moshe Feldenkrais à Paris,
et en ressent très rapidement les bénéfices. |
Il est vrai que, dispensée de gymnastique toute sa scolarité
pour scoliose et cyphose, Françoise Figuière a découvert
des possibilités qu’elle n’aurait jamais soupçonnées
et de surcroît avec plaisir et facilité.
C’est donc naturellement qu’en 1980 elle se rend aux Etats-Unis
pour suivre la formation dispensée par Moshe Feldenkrais, lui-même.
Depuis lors, F. Figuière enseigne cette méthode auprès
de différents publics, danseurs, musiciens, chanteurs et y
compris auprès d’une clientèle privée.
Depuis 1987 elle est enseignante régulière à
l’Institut de « Bois Larris » dans le cadre de la
formation continue et donne également des stages dans de nombreux
centres de rééducation et centres hospitaliers, en France
et à l’étranger. Forte aujourd’hui de ses
20 années d’expérience, F. Figuière toujours
aussi passionnée et enthousiaste continue à découvrir
de nombreuses applications, notamment, en neurologie et chez la personne
âgée. |
|
Pour tous renseignements complémentaires et notamment
concernant les formations professionnelles, merci de contacter :
Françoise FIGUIERE
au 06 09 05 25 62
ou à l’adresse suivante : f.figuiere@worldonline.fr
|
Crédit
Photos : FRANCOISE FIGUIERE |