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Kinésithérapie rénovée
réussir face aux exigences normatives
Eric VIEL, Alain GARNIER - Edition SPEK 2004
Voilà un livre sur un sujet qui n’a jamais enthousiasmé beaucoup de lecteurs et que je recommande parce que je le trouve osé et très moderne sur sa forme par rapport à ceux déjà publiés sur la législation ou les bonnes coutumes de notre profession. Ce livre apparaît être un guide, un référentiel de bonnes pratiques qui place l’exercice libéral à un niveau d’exigence qualité qui vaut tous les consensus en cours. C’est une boîte à outils où rien ne manque à priori, mais qui peut paraître en désordre du fait de la quantité d’outils qui la compose. Les plus organisés d’entre eux sauront y mettre bon ordre, les autres risquent de s’y perdre un peu. C’est un ouvrage qui devrait trôner sur les bibliothèques des kinésithérapeutes et vers lequel on doit aller pour en lire un ou plusieurs chapitres en fonction de son intérêt du moment. Eric VIEL et Alain GARNIER ont bien voulu répondre ensemble aux trois questions que nous leur avons posées.
J.P. Zana


Marcel BENOIT : Le nouvel avenant, la nouvelle convention et les Accords de Bon usage des soins récemment signés correspondent-ils au niveau d’exigence de nos confrères européens ou sont-ils en avance et peut-être pourront-ils influencer la normalisation européenne en matière de physiothérapie ?

Eric VIEL et Alain GARNIER : Les accords actuels alignent la pratique française sur ce qui existe en Europe du nord (Scandinavie, Grande-Bretagne, Hollande etc.). Ils sont un pas en avant vers la normalisation européenne et devraient influencer le développement d’une kinésithérapie fondée sur la preuve, différente de la kinésithérapie fondée sur l’affirmation que nous connaissons depuis des années. Ils ne sont pas en avance, mais permettent à la France de conserver une position honorable.

Fait remarquable et trop peu signalé, nous sommes passés d’un « métier » d’exécutant technicien à une « profession » responsable de ses choix. Un professionnel possède des connaissances étendues, et des responsabilités importantes, vérifiées. Cette notion de responsabilité est acceptée par nos confrères européens, refusée par ceux qui préfèrent s’abriter derrière les larges épaules du médecin-prescripteur.
On voit poindre à l’horizon des bouleversements du monde de la santé, la re-certification des professionnels et l’accréditation des cabinets libéraux – dans cette optique, nous sommes encore des précurseurs, mais pas pour longtemps.
La rédaction de cet ouvrage correspond à un besoin compte tenu des réformes en cours et à venir. Les kinésithérapeutes doivent trouver tous les éléments leur permettant d’accompagner celles-ci. Peut-être leur donnera-t-il le goût de s’intéresser à leur profession et à ce qui va devenir leur exercice quotidien. L’évaluation des cabinets et des pratiques est à leurs portes.

M.B. : Les Fiches de Procédures qui font l’objet d’un chapitre important représentent la partie la plus pratique me semble-t-il, sur quelles références s’appuient-elles ? Et quelle validité ont-elles ?

E.V. et A.G. : Les Fiches de Procédures sont issues de documents officiels (donc impératifs) et le chapitre entier s’appuie sur des références comme le Journal Officiel et les bases de données du gouvernement. C’est le chapitre le plus difficile à rédiger et à lire, il est rendu plus acceptable par la forme « check-list » qui permet au libéral, dans son cabinet, de cocher des cases et évaluer la disparité entre ce qui va lui être imposé et la situation réelle, dans une optique d’amélioration constante. Il y a des choses que l’on peut faire soi-même, ou à peu de frais.

Les normes ont une validité actuelle, nous en connaissons l’évolution fréquente. La première démarche consiste à savoir qu’elles existent. Ce sont des exigences imposées par la société. Nous avons adopté le téléphone portable, les distributeurs de billets, le Web, la télétransmission. La kinésithérapie doit évoluer en parallèle pour ne pas se trouver un beau jour déconnectée de la réalité. C’est d’ailleurs la même chose pour les textes qui ont une pérennité toute relative. Il est à parier que se construit aujourd’hui par touches successives l’exercice professionnel de demain que nous devons accompagner.

M.B. : La profession progresse et cet ouvrage en est un bon exemple, toutefois est-il prévu en parallèle, avec la nouvelle convention, une évolution des programmes de formation initiale, des modalités et des thèmes de la formation continue qui sont « figés » depuis des années ?

E.V. et A.G. : C’est le souhait du gouvernement qui a noté la prévalence en formation continue des acquisitions des techniques et qui désire au contraire renforcer la connaissance des nouveaux modes de comportement. Il y a eu une évolution timide avec l’inclusion du « Bilan-diagnostic Kinésithérapique » dans les thèmes conven tionnels, mais si l’on en juge par le nombre d’inscrits, ce n’est pas encore un succès. Pourtant, les AcBus sont basés sur la Fiche de Synthèse. L’obligation incitative et non punitive de la formation continue doit être inscrite dans les textes courant Janvier pour l’ensemble des professionnels de Santé. Lors de ses dernières assises nationales, la Fédération Française des Organismes de Formation Continue en Masso-Kinésithérapie que je préside, a d’ailleurs pris position pour 7 jours /an de Formation Continue : il faudra bien sûr diversifier les thèmes et accepter les formations transversales pluriprofessionnelles. Enfin, ce n’est pas l’objet de ce livre mais notre Fédération réfléchit à une réorganisation complète de la formation continue pour préserver son aspect multipolaire.

Quant à la formation initiale, l’action est loin d’être homogène.
Les écoles ont intégré dans les cours la réalisation du diagnostic kinésithérapique, elles sont loin d’aborder l’univers du Niveau de Preuve, changement trop récent et brutal. L’enseignement par Résolution de Problèmes qui se généralise à l’étranger est rendu très difficile chez nous par l’absence de moyens de documentation actualisés - des connections Internet, par des ouvrages datant des années soixante-dix.
 
 
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