Un
ouvrage de plus sur l’ergonomie… pas tout à fait
car pour l’instant il s’agit des deux premiers tomes d’un
ensemble de trois livres qui pourront devenir sans doute des ouvrages
de référence pour ceux que le domaine de la prévention
des risques professionnels intéresse. Le titre réunit
Ergonomie et Prévention comme un tout indissociable des risques
liés au travail, les sous-titres des deux premiers volumes,
« l’environnement physique du travail et ses contraintes
» et « Les contraintes musculo-squelettiques et leur prévention
», confirment l’attention que les kinésithérapeutes
devraient porter à ces écrits qui pourraient bien les
placer demain en bonne place des professionnels de la prévention.
Ils ne manqueront pas de participer au rapprochement de ceux qui n’ont
de l’ergonomie qu’une approche psycho-sociologico-organisationnelle
et qui ont tendance à marginaliser la dimension physique du
travail et ses conséquences, et de ceux qui n’ont qu’une
vision scientifique de l’ergonomie considérant, le plus
souvent, les approches psychosociologiques et organisationnelles comme
insuffisamment objectives pour être crédibles. Les pathologies
d’hypersollicitation de l’appareil locomoteur qui font
l’objet d’un volume sont suffisamment complexes et multifactorielles
pour réclamer la complémentarité des experts
et non leur division. Les professeurs Pierre HARICHAUX et
Jean-Pierre LIBERT, coordonnateurs de ces ouvrages ont accepté
de répondre à trois de nos interrogations.
J.P. Zana |
Marcel
BENOIT : Dans votre avant-propos, et tout au long
des deux premiers tomes, le discours se veut didactique et le niveau
de preuve élevé. Au delà des professionnels ergonomes
ou médecins et kinésithérapeutes que nous invitons
à lire ces livres, à qui ces ouvrages pourraient-ilss’adresser
?
Et avec quels objectifs ?
Pierre HARICHAUX et Jean-Pierre LIBERT
: Les professionnels de santé sont parmi les
premiers concernés, mais ce ne sont évidemment pas les
seuls « préventeurs » en matière d’ergonomie
et de risques du travail, car les obligations légales s’imposent
aux employeurs et à leurs cadres, comme d’ailleurs doivent
y veiller aussi les représentants du personnel dans les Comités
d’Hygiène et de Sécurité des Conditions
du Travail (CHSCT). La diversité des origines des étudiants
que nous formons dans notre Institut universitaire témoigne
bien de ce besoin généralisé de formation.
M.B. : La richesse
de vos références bibliographiques issues des différents
domaines scientifiques en particulier et la diversité culturelle
des auteurs témoignent-ils de l’intérêt
que vous portez à la pluridisciplinarité dans le domaine
de la prévention et de l’ergonomie ? Que doit être
cette pluridisciplinarité lorsque l’on évoque
les risques professionnels ? |

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P.H. et J.P.L. : La
pluridisciplinarité s’impose, car la multiplicité des
techniques utilisées actuellement dans le monde du travail, allant
de la mécanique à l’informatique en passant par la chimie
et la physique des particules, y compris les sciences liées à
la santé de l’Homme (bio-ingéniérie), est telle
qu’aucun scientifique ou professionnel de santé ne peut prétendre
dominer à lui seul l’ensemble des données à connaître
en matière d’expertise ergonomique. La concertation à
plusieurs est donc une impérieuse nécessité pour répondre
efficacement aux divers problèmes posés.
M.B. : La prévention
sera-t-elle « la thérapeutique » à développer
et à asseoir dans les tissus social, médical et politique
du troisième millénaire ?
P.H. et J.P.L. : La
prévention n’est pas une thérapeutique en soi, mais
bien précisément le comportement nécessaire pour éviter
d’avoir à recourir à des soins après l’accident
du travail. Rappelons aussi la définition classique de l’OMS
que la Santé n’est pas seulement une absence de maladies, mais
un état de bien-être physique et moral, ce qui doit s’appliquer
au domaine du travail, loin de la célèbre description caricaturale
de Chaplin dans « les Temps modernes »… |