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RELATION THERAPEUTIQUE DIFFICILE AVEC UN JEUNE ENFANT
Maryline PLATARETS,
Etudiante en kinésithérapie EFOM
Ecole Boris DOLTO - Paris
ETUDIANT

Il nous est apparu intéressant de vous présenter ce travail écrit d’étudiant portant sur la prise en charge d’un enfant difficile. Confrontés dans leur quotidien de stage à de telles rééducations, les étudiants nous apportent des axes de réflexion sur nos pratiques qu’il ne faut pas négliger du fait du peu d’écrits des professionnels libéraux ou salariés en particulier les textes portant sur les relations thérapeutiques et plus précisément celles qui concernent les relations de soins avec les enfants. J.P. ZANA


A. est un jeune enfant âgé de 4 ans et demi, présentant une hémiplégie cérébrale infantile gauche. Il mesure un mètre et pèse 15 kg. Il est droitier. Il n’est pas encore scolarisé. Il ne prend aucun traitement médical. Cet enfant est né à terme sans aucune complication ; il a une sœur âgée de 8 ans en parfaite santé. Ses parents ont quitté récemment l’Algérie pour s’installer à Paris afin que leur enfant puisse bénéficier d’un traitement adapté. Ils comprennent et s’expriment parfaitement en français. A. est très entouré par sa famille. Un peu plus d’un mois après sa naissance, A. fut victime d’une hémorragie intra-crânienne associée à des crises convulsives. Pendant un an cet enfant suivra un traitement médical anti-convulsivant, mais ne bénéficiera d’aucune autre prise en charge. A ce jour, les résultats du scanner révèlent une atrophie cérébrale sévère à droite et moindre à gauche. Cet enfant présente une microcéphalie avec un périmètre crânien de 44 cm. L’hémorragie intra-crânienne et les lésions ischémiques survenues peu après sa naissance ont entraîné une hémiparésie gauche.

Le bilan initial, réalisé dès le début de la prise en charge dans le service de rééducation fonctionnelle où l’enfant se rend 3 fois par semaine, montre que A. présente un membre supérieur gauche spastique en schéma de flexion/pronation, avec un déficit important de la commande motrice et sans limitation articulaire. A ces troubles s’ajoute une héminégligence motrice et spatiale gauche. (Figure 1)

Concernant les fonctions supérieures, A. utilise un vocabulaire approprié d’environ 10 à 20 mots. Il peut répéter quelques sonorités mais n’est pas capable d’associer plusieurs mots pour faire une phrase. Il comprend assez bien ce que l’on veut lui dire. Il a un âge mental et moteur inférieur à celui d’un enfant de son âge (annexe 2).Ces déficiences entraînent des incapacités sur le plan fonctionnel, en effet, Amazigh n’est pas autonome pour s’alimenter, se laver et s’habiller. Cet enfant ne se sert pas du tout de son membre supérieur gauche. Il ne présente cependant aucune difficulté pour marcher, courir, et sauter.
Concernant son handicap, il est dépendant de ses parents pour un grand nombre d’activités de la vie quotidienne. Ceci tant par ses déficiences physiques que mentales. En ce qui concerne son éducation, cet enfant ne peut être scolarisé. Il est en attente d’une place en institut spécialisé. Son état implique de lourdes contraintes pour son entourage familial.

La problématique de prise en charge
Le problème qui s’est posé au début de la prise en charge a été un problème relationnel entre l’enfant et moi.
Tout d’abord, A., qualifié d’enfant hyperactif, a du mal à rester dans la même position plus de quelques minutes. De plus, son langage « pauvre » ne lui permet pas de s’exprimer correctement et ainsi de se faire comprendre. Il refuse de participer aux séances de rééducation et refuse également tout contact physique. Cela se traduit principalement par un comportement violent tourné à la fois envers lui-même et envers les autres.
Comment instaurer avec cet enfant une relation de confiance afin de permettre la mise en place de la rééducation qui m’est demandée de lui pratiquer ?

Mon premier contact avec A. s’est effectué lors d’une séance de rééducation. Nous étions au nombre de 4 dans la pièce : A., sa maman, mon tuteur de stage et moi-même. Cette séance a été menée par mon kinésithérapeute référent. A. était agressif, il est allé jusqu’à frapper le kinésithérapeute. Ce dernier lui a expliqué que c’était la première et dernière fois que cela se passait, que cen’était pas bien de frapper, que cela faisait mal et que la prochaine fois, il ferait de même. L’enfant a continué, il lui a tiré les cheveux et le thérapeute lui a retourné son geste. Ensuite, au cours de la séance, les choses se sont envenimées jusqu’à ce que A. crache sur le kinésithérapeute qui en a fait de même.
Cela fut le dernier geste agressif entre les deux. J’ai été assez choquée de ce qui s’est déroulé sous mes yeux, car c’était la première fois que je voyais une telle agressivité à l’encontre d’un kinésithérapeute. De plus, la méthode employée par celui-ci ne me satisfaisait pas. D’un côté j’avais envie de prendre en charge seule l’enfant en me demandant comment, je pourrais gérer cette situation, mais d’un autre côté cela me faisait peur.

Ma première séance seule avec l’enfant fut un échec, A. ne voulait pas y participer, il était agressif, refusait tout contact et se réfugiait constamment auprès de sa maman qui avait souhaité assister à la séance afin de « rassurer » son enfant.
Je pense que la présence de la mère était une erreur, en effet elle m’avait dit qu’à la maison c’était A. qui commandait et qu’elle n’arrivait pas à se faire entendre. Le fait que l’enfant soit en présence de sa mère l’a incité à avoir le même comportement que chez lui. C’est la raison pour laquelle je me suis permise de demander à la maman, la séance suivante, de bien vouloir attendre son fils dans la salle d’attente. Elle a très bien compris les raisons mais m’a dit que ce serait pire si ellen’était pas là. En effet, dès que l’enfant a compris que sa maman n’était pas dans la pièce, il m’a dit « au revoir » et s’est dirigé vers la porte.

A ce stade de la prise en charge, deux solutions se sont présentées à moi : soit je laissais l’enfant devenir maître de la situation et dicter la prise en charge, soitj’adoptais une attitude plus sévère en lui faisant comprendre qu’ici c’était moi qui décidais. J’ai choisi d’opter pour la seconde. Je lui ai expliqué que sa maman était dehors et qu’il la retrouverait dès la fin de la séance. Malgré cela l’enfant s’est mis à pleurer, crier, être agressif. Je m’attendais évidemment à ce type de réaction de sa part et nous sommes donc restés devant la porte que j’ai maintenue fermée, durant la moitié de la séance.
Cette situation a duré 20 minutes qui ont paru interminables à tous les deux. La maman étant juste derrière la porte, elle entendait les hurlements ; j’ai rassuré l’enfant autant que j’ai pu, je lui ai expliqué pourquoi il était là, tout ce que nous allions faire tous les deux, les jeux auxquels nous allions jouer, etc. Après un très long moment il s’est calmé et je suis allée chercher un ballon de rééducation qu’il aimait particulièrement (fig. 2). Nous avons joué tous les deux mais je n’ai pas pu avoir de contact physique avec lui. C’est comme s’il me disait« d’accord j’accepte tes règles et je reste avec toi, mais toi en échange tu acceptes les miennes et tu ne me touches pas ».

La séance suivante, il a accepté de venir tout seul, et nous avons commencé par jouer avec le même ballon, afin que cela devienne une sorte de rituel, de repère auquel il pouvait se raccrocher. Puis, peu à peu, nous avons pu jouer à des jeux plus calmes comme les legos, afin de pouvoir faire travailler son membre supérieur de façon plus spécifique. J’étais obligée de varier très rapidement les jeux car il avait du mal à rester dans la même position plus de quelques minutes. Au fil des séances, l’enfant prenait plaisir à venir, il aimait particulièrement jouer à certains jeux et peu à peu nous avons pu établir une relation de complicité.
Le problème qui a perduré le plus longtemps a été le refus de contact physique. Cela a pris plus de 3 semaines avant qu’A. accepte que je le mobilise et que je puisse réaliser des postures et des étirements dans le schéma inverse de flexion/pronation de son membre supérieur gauche.

Cette expérience m’a particulièrement touchée car elle a été riche en émotion. Je me suis pleinement investie dans cette prise en charge qui s’annonçait comme un défi, je voulais que cette rééducation soit une réussite avant tout pour l’enfant, mais c’était également important pour moi aussi que je parvienne à atteindre mes objectifs.

Cette prise en charge m’a énormément apporté tant sur le plan personnel que professionnel. En effet, elle m’a permis de me retrouver confrontée à l’échec, de me rendre compte de la manière dont je pouvais réagir face à cette situation et ainsi me découvrir un peu plus.
Sur le plan professionnel, elle m’a montré que la rééducation d’un enfant n’a absolument rien avoir avec celle d’un adulte. Un enfant de 4 ans et demi peut ne pas comprendre les enjeux de la rééducation ; c’est au thérapeute d’instaurer une relation de confiance avec l’enfant afin de parvenir aux objectifs souhaités par l’équipe thérapeutique tout en laissant l’enfant s’épanouir au fil des séances. Je suis convaincue après cette expérience, que ce travail s’effectue en donnant une place privilégiée au jeu. Enfin, j’ai été confrontée à cette difficile réalité qu’il peut ne pas y avoir de résultats immédiats dans nos prises en charge. Le chemin qui conduit à des résultats pour le patient est souvent très long mais également très enrichissant pour le thérapeute.


Infirmité motrice cérébrale : ce terme recouvre une variété de manifestations cliniques dues à une lésion cérébrale ou une anomalie du développement acquise pendant la période prénatale, néonatale ou dans la toute petite enfance.De nos jours, le terme « d’Infirme Moteur Cérébral » fait généralement place à celui « d’Infirme Moteur d’Origine Cérébrale ». Cela permet de parler d’un groupe plus large que l’on pourra subdiviser à souhait en fonction des types de troubles moteurs, intellectuels ou associés. Hémiplégie cérébrale infantile : d’origine congénitale (75%) ou postnatale (25%), elle se manifeste cliniquement par une paralysie complète (hémiplégie) ou partielle (hémiparésie) d’un côté du corps. Elle affecte, en général, plus l’extrémité que la racine des membres et plutôt le membre supérieur que le membre inférieur. Le degré de l’infirmité motrice cérébrale est modéré et la marche est acquise vers l’âge de 2 ans.

Bibliographie
DUCHE D-J. L’enfant hyperactif. Ellipses. Edition Marketing S.A., 1996.

BERARD C., GIRARDOT F., POISSON R., CHARMET E. Rééducation motrice d’un enfant présentant une hémiplégie cérébrale infantile.Annale de kinésithérapie, 1996 ; t. 23, n° 3, pp 120-124.

LE METAYER M., Rééducation cérébro-motrice du jeune enfant, Educa-tion thérapeutique, Kinésithérapie pédiatrique, Paris : Masson, 2001.
Crédit Photos : MARYLINE PLATARETS
 
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