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Il nous est apparu intéressant de vous présenter ce travail écrit d’étudiant portant sur la prise en charge d’un enfant difficile. Confrontés dans leur quotidien de stage à de telles rééducations, les étudiants nous apportent des axes de réflexion sur nos pratiques qu’il ne faut pas négliger du fait du peu d’écrits des professionnels libéraux ou salariés en particulier les textes portant sur les relations thérapeutiques et plus précisément celles qui concernent les relations de soins avec les enfants. J.P. ZANA A. est un jeune enfant âgé de 4 ans et demi, présentant une hémiplégie cérébrale infantile gauche. Il mesure un mètre et pèse 15 kg. Il est droitier. Il n’est pas encore scolarisé. Il ne prend aucun traitement médical. Cet enfant est né à terme sans aucune complication ; il a une sœur âgée de 8 ans en parfaite santé. Ses parents ont quitté récemment l’Algérie pour s’installer à Paris afin que leur enfant puisse bénéficier d’un traitement adapté. Ils comprennent et s’expriment parfaitement en français. A. est très entouré par sa famille. Un peu plus d’un mois après sa naissance, A. fut victime d’une hémorragie intra-crânienne associée à des crises convulsives. Pendant un an cet enfant suivra un traitement médical anti-convulsivant, mais ne bénéficiera d’aucune autre prise en charge. A ce jour, les résultats du scanner révèlent une atrophie cérébrale sévère à droite et moindre à gauche. Cet enfant présente une microcéphalie avec un périmètre crânien de 44 cm. L’hémorragie intra-crânienne et les lésions ischémiques survenues peu après sa naissance ont entraîné une hémiparésie gauche.
Concernant les fonctions supérieures, A. utilise un vocabulaire approprié d’environ 10 à 20 mots. Il peut répéter quelques sonorités mais n’est pas capable d’associer plusieurs mots pour faire une phrase. Il comprend assez bien ce que l’on veut lui dire. Il a un âge mental et moteur inférieur à celui d’un enfant de son âge (annexe 2).Ces déficiences entraînent des incapacités sur le plan fonctionnel, en effet, Amazigh n’est pas autonome pour s’alimenter, se laver et s’habiller. Cet enfant ne se sert pas du tout de son membre supérieur gauche. Il ne présente cependant aucune difficulté pour marcher, courir, et sauter. Concernant son handicap, il est dépendant de ses parents pour un grand nombre d’activités de la vie quotidienne. Ceci tant par ses déficiences physiques que mentales. En ce qui concerne son éducation, cet enfant ne peut être scolarisé. Il est en attente d’une place en institut spécialisé. Son état implique de lourdes contraintes pour son entourage familial. La problématique de prise en charge Le problème qui s’est posé au début de la prise en charge a été un problème relationnel entre l’enfant et moi. Tout d’abord, A., qualifié d’enfant hyperactif, a du mal à rester dans la même position plus de quelques minutes. De plus, son langage « pauvre » ne lui permet pas de s’exprimer correctement et ainsi de se faire comprendre. Il refuse de participer aux séances de rééducation et refuse également tout contact physique. Cela se traduit principalement par un comportement violent tourné à la fois envers lui-même et envers les autres. Comment instaurer avec cet enfant une relation de confiance afin de permettre la mise en place de la rééducation qui m’est demandée de lui pratiquer ?
Ma première séance seule avec l’enfant fut un échec, A. ne voulait pas y participer, il était agressif, refusait tout contact et se réfugiait constamment auprès de sa maman qui avait souhaité assister à la séance afin de « rassurer » son enfant. Je pense que la présence de la mère était une erreur, en effet elle m’avait dit qu’à la maison c’était A. qui commandait et qu’elle n’arrivait pas à se faire entendre. Le fait que l’enfant soit en présence de sa mère l’a incité à avoir le même comportement que chez lui. C’est la raison pour laquelle je me suis permise de demander à la maman, la séance suivante, de bien vouloir attendre son fils dans la salle d’attente. Elle a très bien compris les raisons mais m’a dit que ce serait pire si ellen’était pas là. En effet, dès que l’enfant a compris que sa maman n’était pas dans la pièce, il m’a dit « au revoir » et s’est dirigé vers la porte.
La séance suivante, il a accepté de venir tout seul, et nous avons commencé par jouer avec le même ballon, afin que cela devienne une sorte de rituel, de repère auquel il pouvait se raccrocher. Puis, peu à peu, nous avons pu jouer à des jeux plus calmes comme les legos, afin de pouvoir faire travailler son membre supérieur de façon plus spécifique. J’étais obligée de varier très rapidement les jeux car il avait du mal à rester dans la même position plus de quelques minutes. Au fil des séances, l’enfant prenait plaisir à venir, il aimait particulièrement jouer à certains jeux et peu à peu nous avons pu établir une relation de complicité. Le problème qui a perduré le plus longtemps a été le refus de contact physique. Cela a pris plus de 3 semaines avant qu’A. accepte que je le mobilise et que je puisse réaliser des postures et des étirements dans le schéma inverse de flexion/pronation de son membre supérieur gauche. Cette expérience m’a particulièrement touchée car elle a été riche en émotion. Je me suis pleinement investie dans cette prise en charge qui s’annonçait comme un défi, je voulais que cette rééducation soit une réussite avant tout pour l’enfant, mais c’était également important pour moi aussi que je parvienne à atteindre mes objectifs. Cette prise en charge m’a énormément apporté tant sur le plan personnel que professionnel. En effet, elle m’a permis de me retrouver confrontée à l’échec, de me rendre compte de la manière dont je pouvais réagir face à cette situation et ainsi me découvrir un peu plus. Sur le plan professionnel, elle m’a montré que la rééducation d’un enfant n’a absolument rien avoir avec celle d’un adulte. Un enfant de 4 ans et demi peut ne pas comprendre les enjeux de la rééducation ; c’est au thérapeute d’instaurer une relation de confiance avec l’enfant afin de parvenir aux objectifs souhaités par l’équipe thérapeutique tout en laissant l’enfant s’épanouir au fil des séances. Je suis convaincue après cette expérience, que ce travail s’effectue en donnant une place privilégiée au jeu. Enfin, j’ai été confrontée à cette difficile réalité qu’il peut ne pas y avoir de résultats immédiats dans nos prises en charge. Le chemin qui conduit à des résultats pour le patient est souvent très long mais également très enrichissant pour le thérapeute.
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