L’intérêt et les bienfaits
de la pressothérapie pneumatique n’échappent pas à
l’attention de nombreux thérapeutes. A côté
de la prévention des thromboses veineuses profondes (TVP), l’œdème
en représente une indication importante. Les résultats sont
là pour attester que cette procédure est sans danger lorsqu’elle
reste soumise à la supervision de kinésithérapeutes
sensibilisés au domaine vasculaire.
La pressothérapie programmée
ou programmable s’inscrit dans une évolution technique qui
a vraiment débuté, il y a près d’un demi-siècle.
Elle succède aux techniques intermittentes et séquentielles.
La pressothérapie intermittente apparaît dans les années
1950. La botte, faite d’une seule chambre pneumatique, était
alternativement gonflée et dégonflée. Il a fallu
attendre les années 1970 pour qu’apparaisse un nouveau concept
: la pressothérapie séquentielle. Cette fois, le compresseur
gonfle successivement plusieurs alvéoles. Cette seconde génération
était prometteuse. Toutefois, les premières bottes séquentielles
étaient faites par juxtaposition des chambres pneumatiques, ce
qui laissait un espace sans compression : le membre en sortait avec un
aspect en « collier de perle » ou de tôle ondulée.
Le recouvrement partiel des chambres vint rapidement corriger ce problème.
Il subsistait alors une autre source de déception : le nombre de
chambres était limité à 3-5 ; la surface de contact
de chaque compartiment était trop grande et la fonte de l’œdème
demandait de trop longues applications. Les appareils professionnels ont
donc été munis d’un plus grand nombre de divisions
(7 à 15).
Dans les cas sévères, cette subdivision restait insuffisante,
aussi, aux alentours de 1978, nous avons imaginé de remplacer les
bottes compartimentées par de simples gaines de tensiomètre
ce qui permettait de limiter le recouvrement des 7 à 15 gaines
à un seul segment de membre. Peu onéreuses et solides, ces
gaines sont disponibles dans un très large éventail de dimensions
allant d’un doigtier jusqu’à des cuissardes pour volumes
extrêmes. Non seulement ce matériel permet de concentrer
l’effort sur un segment de membre mais, en plus, ce membre peut
être progressivement dégorgé par son segment frontal,
à la mode du drainage manuel (DM). Nous avons désigné
cette décongestion à reculons sous le nom de « fragmentation
». L’inconvénient majeur de cette technique résidait
dans la contrainte d’intervention du kinésithérapeute
: toutes les 20-30 minutes, il fallait réaliser un changement de
niveau et un réajustement des gaines. C’est en ça
que l’apparition de la pressothérapie programmable a ouvert
à une plus grande liberté thérapeutique, à
une plus grande souplesse pratique.
La mémoire des microprocesseurs
a permis d’ouvrir les possibilités d’approches au vaste
champ des exigences thérapeutiques. Ainsi, en 1991, nous avons
fait mémoriser pas moins de 90 programmes tout en laissant, en
plus, le choix de modifier la pression à exercer, d’activer
ou non un gradient négatif de pression, de régler les temps
de compression et de dégonflement ainsi que de déterminer
la durée de la séance. Nous avons alors poursuivi cette
avancée en élaborant une arborescence décisionnelle
: les différents signes cliniques, la variété de
type d’œdème, l’importance du problème
et la localisation de l’œdème défilent.
Alors que la pressothérapie conventionnelle
gagne encore en notoriété dans la prévention des
TVP, elle perd du terrain dans les différentes formes de déficit
veineux ou lymphatique. En effet, avec une botte monocamérale,
il faut près de 20 minutes pour observer une réponse maximale
de l’activité lymphatique. Grâce à la multiplication
des chambres et la progression séquentielle de l’onde de
pression, ce temps d’activation peut être réduit seulement
à 3 minutes. Mais si l’activité lymphatique est plus
rapidement majorée, cela ne suffit pas pour réduire des
œdèmes et la longueur des séances (>5 heures/jour).
C’est en cela que les innombrables possibilités offertes
par la programmation du protocole ont suscité un regain d’intérêt.
En effet, les derniers perfectionnements permettent à cette technique
de s’adapter avec souplesse aux étiologies les plus diverses
d’œdème. Son efficacité en permet une utilisation
de plus en plus large.
A l’instar des techniques classiques, la pressothérapie programmée
peut être marquée d’une notion de routine ou de presse-bouton.
Toutefois, elle reste, intrinsèquement, une technique où
compétence et savoir-faire sont indissociables.
Grâce à la sophistication informatique, les appareils haut
de gamme, sont capables d’utiliser des modalités très
variées non seulement en termes de pression, mais également
en termes de surfaces de contact et d’abord du membre. Si chaque
programme utilise des événements séquentiels, la
procédure peut appliquer une insistance sur une zone déterminée
par le maintien plus long de la pression ou par la répétition
de la séquence. L’onde de pression peut étaler son
onde soit sur l’entièreté du membre, soit sur zone
d’activité plus ou moins étendue. L’onde de
pression peut encore aborder le membre par sa distalité comme par
sa racine. Auquel cas, tel un DM, la progression suit toujours une orientation
centripète.
Au cours d’une séance de décongestion, la pressothérapie
peut occuper trois positions. Elle est utilisée avant, durant ou
après le DM. En débutant par elle, l’éclaircissage,
le dégrossissage est dévoué à la pressothérapie,
le peaufinage, la finition au DM. Les deux peuvent agir de concert, la
pressothérapie en dégrossissage et le DM en éclaircissage
et éloignement de l’œdème qui risque de s’accumuler
au-delà du niveau supérieur de la botte. La pressothérapie
succède au DM pour - parfois - débloquer une poche de résistance,
pour - souvent - entretenir le résultat et prolonger l’activation
du drainage.
En règle générale, toute pathologie veineuse est
à aborder du distal vers la racine du membre. Lorsque le déficit
veineux ne s’accompagne pas d’œdème, le membre
est effleuré, dans un sens centripète, par une onde légère,
plus ou moins étroite (2-3 gaines), simple ou dédoublée
; comme le ferait un effleurage étroit en encerclant le membre
des deux mains placées en vis-à-vis, un effleurage large
en juxtaposant les mains ou un effleurage à deux niveaux en parcourant
le membre successivement.