Les
chutes du patient au cabinet sont une cause importante d'accidents corporels.
Ainsi, selon le rapport sur l’exercice 2000 du GAMM (Groupe des
Assurances Mutuelles Médicales), 23 patients ont fait une chute
en rendant visite à leur médecin généraliste.
Ces chutes ont provoqué 11 fractures et un hématome extradural
chez un enfant de six mois tombé de la table d’examen. Elles
représentent 4 % des déclarations de sinistres des généralistes.
Ce taux s'élève à 14% pour les radiologues, avec
15 déclarations de chutes, 11 en cours d’examen et 4 au cabinet,
responsables de 8 fractures. Les ophtalmologistes ont déclaré
6 chutes, les dermatologues 5, les psychiatres 4, les gastro-entérologues
3… Le risque concerne toutes les spécialités. Tapis, barre de seuil, escalier... -
La responsabilité du médecin en cas de chute à son
cabinet peut être fondée sur l'article 1384 alinéa
1er du code civil en tant que gardien d'une chose ayant causé un
dommage, lorsque cet élément ne se rattache pas à
l’exécution du contrat de soins. Le patient doit prouver
que cette chose est bien la cause de la chute et qu’elle présentait
un caractère anormal. -
Pour que la responsabilité du médecin puisse être
engagée, il est impératif que la chute ait lieu dans des
locaux faisant partie du cabinet et non au sein des abords relevant de
la copropriété lorsque le cabinet est situé dans
un immeuble collectif. Dans un tel cas, c’est la responsabilité
de la copropriété qui pourra être engagée.
- La responsabilité du médecin peut être engagée dans les mêmes conditions lorsqu’une personne accompagnant le patient a fait une chute provoquée par un élément anormal. Par exemple, un accompagnant malvoyant est décédé à la suite d’une chute dans un escalier menant à la cave alors qu’il cherchait les toilettes. Par une décision de juin 1995, un médecin a été condamné à verser 325000 F (49555,46 €) pour indemniser un accompagnant victime d’une chute dans le hall du cabinet mouillé par la neige.
Les fractures de membre sont les conséquences les plus fréquentes des chutes de la table d’examen. Elles surviennent surtout lorsque le malade descend, sans prévenir le praticien, fatigué ou ému par l'examen ou le traitement qu'il vient de subir. Ou encore, la chute est occasionnée par un incident lié à la table, un basculement par exemple. Les différentes affaires traitées nous fournissent les exemples suivants : un patient tombe de la table d’examen, ce qui provoque une plaie cutanée au visage et des fractures dentaires ; un autre, pourtant aidé d’une assistante, tombe de la table de scintigraphie, il souffre d’une entorse de la cheville ; un patient tombe en descendant de la table d'examen, le marchepied ayant cédé, ce qui provoque une entorse du genou. En
ce domaine, une décision de la Cour de cassation (première
chambre civile, 9 novembre 1999) a transposé la responsabilité
délictuelle du fait des choses dans la responsabilité contractuelle
du médecin à l'égard du patient, fondée sur
l’article 1147, la table d'examen étant considérée
comme un matériel se rattachant au contrat de soins. Dans cette
affaire, une patiente se blesse en tombant d'une table d’examen
radiographique et met en cause la responsabilité du médecin
sur le fondement d’un manquement à son obligation de sécurité
de résultat et d'assistance. Tout en affirmant une obligation de
sécurité de résultat du médecin quant au matériel
utilisé pour le contrat de soins, la Cour de cassation a rejeté
le pourvoi en estimant qu’en l’espèce il n’y
avait pas eu de manquement à cette obligation, la table ne présentant
aucune anomalie. Il n’y avait pas eu non plus de manquement à
l’obligation de moyens dans l’accomplissement de l’examen
radiologique : la patiente, descendue de la table de sa propre initiative,
« ne présentait aucune particularité et n’était
sous l’influence d’aucun produit pouvant affaiblir ses capacités
physiques ou de discernement et qui aurait nécessité de
la part du médecin une vigilance particulière ». -
En écartant la responsabilité du médecin dans l’affaire
précédente, la Cour a indiqué qu'il en aurait été
autrement si la patiente avait nécessité de la part du médecin
une vigilance accrue. -
Signalons enfin plusieurs déclarations concernant des chutes d’enfants,
par exemple d'un enfant de six mois que sa mère déshabillait
ou d’un enfant en présence de ses parents dans la salle d’attente
du pédiatre. Dans ces cas, la responsabilité du médecin
ne devrait pas être engagée, l’enfant se trouvant sous
la surveillance de ses parents.
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