FMT
reçoit régulièrement des textes de Marthe et
c’est toujours un grand plaisir de la lire et de vous faire
partager ses réflexions, ses « coups de gueule »
et ses coups de cœur. Elle nous propose ici une analyse de notre
presse qui ne manque pas d’intérêt et qui nous
renforce dans notre souci d’information. La presse professionnelle s’est enflammée ces derniers temps, depuis l’été et encore assez régulièrement Kiné Actualité fait paraître les réactions de ses lecteurs, vous mes chers confrères, aux deux articles de Jean-Michel LARDRY sur le massage. Ou ah ou !… Il y en a qui sont pour, le point de vue de l’auteur et son souci d’ouverture et d’écoute des autres professionnels qui osent masser ; il y en a qui sont contre et souhaitent couper les mains (je force le trait pour le style) de tous ceux qui osent masser l’autre. Quelle merveilleuse idée du rédacteur en chef de Kiné Actualité, Franck GOUGEON, de nous permettre de lire différents points de vue sur une pratique, avouons le, quelque peu délaissée par la plupart des professionnels. Bien sûr que certains d’entre nous la pratique encore ; pour ma part non pas comme un petit massage en début ou fin de séances pour faire plaisir au patient ou pour se faire plaisir du fait de la douceur de la peau de mon malade. Lorsque je conclus suite à mon bilan kinésithérapique que le massage se justifie dans le traitement de mon patient, je l’inscris dans mon projet thérapeutique. Je pratiquerai le massage avec des objectifs précis qui lorsqu’ils seront atteints partiellement ou totalement m’amèneront à l’abandonner au profit de techniques plus actives. Michel DUFOUR a publié récemment un ouvrage collectif sur le massage que je vous recommande, il permet de ré interroger notre pratique du massage et de lui redonner la dimension thérapeutique et exclusivement kinésithérapique réclamée par certains de nos confrères. Cet ouvrage fait aussi état de pratiques moins thérapeutiques et que pour ma part je ne veux pas réfuter ou ignorer. Je reçois assez souvent des anciens patients qui m’appellent et souhaitent une, peut-être deux séances de massages pour les « dénouer », les détendre, d’une période personnelle ou professionnelle trop intensive. Il m’arrive de penser que certains viennent aussi pour la douceur de mes mains et la qualité de ma relation professionnelle (un rêve peut-être). Pardon aux esthéticiennes qui m’entourent et que je respecte mais, je suis contente quand ces personnes me préfèrent à leurs compétences. Mon cabinet n’a pas l’éclat et le parfum de parfum de leur officine mais il sent bon l’huile essentielle douce et les traces de ma pratique inscrites sur leur peau, dans leur corps doit avoir cette dimension psychocorporelle qu’évoque Jean-Pierre ZANA dans ces articles trop anciens sur la dimension psychosomatique de nos prises en charge. Alors j’en conclus que les personnes qui ont eu des massages reconnaîtront toujours celui qui agira en professionnel et celui qui ne saura que les détendre momentanément. J’ai la preuve : dernièrement je me suis déplacée en avion à partir de Roissy vers un pays dont je vous parlerai prochainement, il y avait dans le hall d’accès aux avions deux sièges de massage et deux jeunes proposant leur art. J’ai longuement hésité et j’ai osé… Le petit moment du premier contact passé, je n’ai pas pu faire abstraction des personnes qui m’entouraient et dont certaines devaient sûrement faire comme moi quelques minutes avant et regarder ce que le jeune masseur malaxait, frappé le long de mon rachis et sur mes épaules « meurtries par le poids de mon sac de voyage porté dans le RER et les couloirs d’accès à l’aéroport. Je n’ai plus été capable de me laisser aller comme s’autorise beaucoup de nos patients le mitan de nos salles de traitement quand la chaleur est agréable, la lumière pas trop vive et le geste de massage juste, précis et efficace. J’ai été content que ces mains cessent et qu’il soit si rassurant. « Vous avez de petites tensions musculaires qui ont vite cédées aux manœuvres spécifiques que j’ai pratiquées et qui ne réapparaîtront pas malgré les heures de vol que votre corps va devoir supporter ». Mon large sourire Occitan a dû le séduire, après l’avoir payé il s’est engagé sur un cours philosophico-scientifique sur les pratiques manuelles et le repos du corps et de l’âme. J’ai été sauvée par l’hôtesse qui annonçait l’embarquement immédiat pour une destination qui n’était pas la mienne mais qui le fût le temps de le quitter. Résultat de l’expérience : je propose à tous les professionnels qui redoutent de perdre leur clientèle par ce type de pratique d’essayer. Si leur massage ressemble à celui effectuer par ces jeunes à travers leur chemise ou tee shirt je leur suggère de reprendre dans les plus brefs délais un stage pratique de massage par des enseignants en kinésithérapie compétents. Si leur massage ne ressemble en rien à leur pratique vous devriez être rassuré comme moi, et ne pas redouter cet effet de mode qui tombera dans l’oubli comme beaucoup de pratiques dont les médias s’emparent pour gratter des lignes et qui perturbent la population le temps que durent les roses. Comme d’habitude, j’ai laissé aller ma plume et je suis partie peut-être un peu loin de mon objectif initial. Qu’importe, j’écris parce que je suis convaincue (peut-être à tort) que j’écris ce que d’autres voudraient aussi écrire ou lire, j’écris aussi pour rompre avec la solitude de ma campagne l’hiver. Au plaisir aussi de vous lire merci à ceux qui oseront prendre leur crayon ou leur computeur pour nous faire partager leurs refléxions. Marthe BENA |