>> Retour Sommaire



35ème CONGRES INTERNATIONAL
D’ESTHETIQUE APPLIQUEE

COMPTE-RENDU TABLE RONDE SUR LA PRATIQUE DU MASSAGE

 

Pour la troisième fois depuis octobre 2003, masseurs-kinésithérapeutes et esthéticiennes ont débattu sur la pratique du massage. Réunis une première fois par Philippe Goethals, dans le cadre du Mondial Rééducation Equip'Salles puis une seconde fois lors du Congrès des Nouvelles Esthétiques, six mois plus tard, les uns et les autres, se sont à nouveau exprimés lors de la dernière édition du Congrès International d'Esthétique Appliquée en avril dernier. Philippe Goethals, en maître de cérémonie avisé a laissé chacun s'exprimer. Les uns sur ce qu'ils considèrent comme étant de leur seul monopole, les autres sur une pratique qu'elles revendiquent dans le cadre du bien-être. Fidèle à ses convictions, Philippe Goethals a lancé le débat en affirmant haut et fort : le massage c'est 100 % kiné !


De G. à D : D. Redureau - A. Maron
M. Lamoureux J.M. Lardry - P. Goethals
H. Cusimano
Michèle de Lattre avait confié à Philippe Goethals, organisateur du premier débat entre kinés et esthéticiennes en octobre 2003 sur la pratique du massage, le soin de constituer un plateau de choix pour en débattre à nouveau. Rodé à ce genre d'exercice, Philippe Goethals avait réuni des spécialistes de la question : Jean-Michel Lardry, directeur de l'Institut de formation en masso-kinésithérapie de Dijon, Hélène Cusimano, masseur-kinésithérapeute qui s'est investie dans le bien-être à Reims, Michèle Lamoureux, présidente de la CNAIB, la Confédération nationale artisanale des instituts de beauté, Albert Maron magistrat et Dominique Redureau, masseur-kinésithérapeute.

Philipe Goethals, a planté le décor en exposant une affiche, diffusée dans le magazine FMT MAG - et selon, laquelle: le massage c'est 100 % kiné ! - « Il s'agissait d'informer les patients sur la législation et sur qui a le droit de pratiquer le massage en France » a-t-il expliqué avant de lire l'article paru le 11 novembre 2004 dans Kiné Actualité, un hebdomadaire destiné aux kinésithérapeutes. Le texte concernait la réponse faite par le gouvernement à un parlementaire sur la pratique du massage. Comme à l'accoutumée - et peut-il en être autrement dans un support relatant les débats parlementaires ? - Le gouvernement a rappelé la loi, cité les textes de références et souligné que « le droit Français encadre cette activité et l'autorise aux seuls masseurs-kinésithérapeutes ».
« Les personnes qui ne sont pas masseurs-kinésithérapeutes sont passibles de sanctions pénales » a lu Philippe Goethals.


H. Cusimano

De même, il a mis en garde contre les « dérives possibles » et prévenu une nouvelle fois : « le massage est 100 % kiné, lorsque vous massez vous le faites illégalement, même si la justice vous a donné raison dans des cas particuliers ».
Enfin, il a largement soutenu Hélène Cusimano dans sa démarche pour la protection d'un art - celui du massage - qui ne doit pas être galvaudé.

Michèle Lamoureux, a estimé que ce combat était « dépassé ». Selon la présidente de la CNAIB, « depuis la nuit des temps on ne peut pas faire de soins dans un but esthétique sans masser. Il y a aujourd'hui d'autres choses à combattre que le massage pratiqué par des personnes avec un bac + 2 ou quatre années d'activités professionnelles. Nous revendiquerons toujours le droit de masser dans un but esthétique ».

« Nous sommes parmi les esthéticiennes les plus qualifiées en Europe ; aucun pays n'a de référentiel aussi élevé que le nôtre. Nous sommes aujourd'hui titulaire d'un BTS et il ne faut pas oublier qu'il n'y a pas si longtemps, les kinés, pour soigner les gens, avaient, eux aussi bac + 2. Je ne vois pas pourquoi des esthéticiennes bien formées n'auraient pas le droit de masser elles aussi » a-t-elle ajouté avant de se dire « très favorable au fait que pour faire des soins ou des massages du corps, des diplômes soient obligatoires ».
Pour Albert Maron, « si dans des poursuites qui ont été exercées contre des esthéticiennes il y a eu des condamnations d'un côté et des relaxes de l'autre, c'est parce que les textes sont ambigus. A la question : les esthéticiennes peuvent-elles effectuer des massages, la réponse c'est, en l'état actuel du droit, un point d'interrogation tout simplement parce que les textes ne sont pas clairs. Alors, certaines juridictions vont les interpréter d'une certaine manière et d'autres, d'une façon différente ».
Selon le juriste, « cette législation évoluera très certainement si la « guéguerre » entre les kinésithérapeutes et les esthéticiennes se poursuit. Il faudra bien un jour que le législateur prenne ses responsabilités et dise la règle ». Bref, il devra déterminer ce que chacun a le droit de faire ou de ne pas faire.

En tant que directeur d'un IFMK, Jean-Michel Lardry forme les futurs masseurs-kinésithérapeutes. « Depuis quatre à cinq ans un terme a disparu de notre langage, c'est celui de monopole » a-t-il expliqué avant de faire sensation en assénant : « le monopole n'a jamais existé ». Selon lui,
« nous, masseurs-kinésithérapeutes, sommes une profession paramédicale.
La plupart du temps, nous exerçons avec une ordonnance. Le médecin, lui, peut tout faire, y compris des massages. Des médecins, spécialisés ou non en rééducation fonctionnelle, peuvent pratiquer un massage, le coter et les patients sont remboursés. C'est pour cela que le monopole du massage n'existe pas ». A partir du moment où d'autres qu'eux peuvent le pratiquer, la question : à qui doit revenir le massage de confort, appelle deux mises au point.

Etymologiquement, le terme « revenir » signifie « appartenir », c'est-à-dire « échoir légitimement ». La question qui est posée est donc : à qui appartient, d'après la loi, le massage de confort ?
Et la kinésithérapeute précise qu'il ne faut pas confondre loi et décret. « La loi est claire et accorde le monopole du massage aux masseurs-kinésithérapeutes.

Le décret qui définit le massage ne fait aucune distinction entre le thérapeutique et le non thérapeutique. Les massages de confort restent de la compétence unique des kinésithérapeutes ».
Selon elle cependant, « il ne faut pas voir dans le terme monopole une sorte de privilège. Le monopole du massage qui nous est délégué ne l'est pas pour nous conférer un avantage, mais pour des raisons de santé et de salubrité publique. On a vu trop de dérives sanitaires et sexuelles ».

Elle a alors stigmatisé « certaines fédérations, qui se veulent défenseur du massage, et n'ont aucun recul ». Si elle a reconnu avoir trouvé, dans les référentiels du BTS et du CAP, le terme de massage ainsi que différentes techniques manuelles, elle a souligné que, « en France l'enseignement est libre.

Tout le monde peut apprendre les techniques de chirurgie, de médecine mais tout le monde ne pourra pas exercer le métier de chirurgien ou de médecin. Avoir le droit d'apprendre ne signifie pas que vous avez le droit d'exercer ». « On vous leurre » a-t-elle conclu.

Dominique Redureau a rappelé qu'il avait obtenu son diplôme d'Etat de masseur-kinésithérapeute en 1969. « Je fais de l'esthétique depuis 1975 et j'ai toujours vu les esthéticiennes masser leurs clients.
Seulement en 1975, cela n'énervait personne. Tout le monde s'en fichait.

D'ailleurs, en 2005, il y a beaucoup de kinésithérapeutes que cela ne dérange pas. En 1975, lorsque des kinésithérapeutes se mêlaient d'esthétique, on les traitait de masseurs de bain douche. Depuis quelques années, le gâteau étant juteux, les kinésithérapeutes veulent récupérer ce qu'ils ont délaissé pendant des années ».

Pour étayer son argumentation, il a ajouté que « la plupart des masseurs-kinésithérapeutes ont retiré le mot masseur de leur intitulé ». Selon lui, Hélène Cusimano a probablement raison sur l'interprétation de la loi : les kinésithérapeutes ont bien le monopole.

« Le problème est, a-t-il estimé, que les esthéticiennes ont toujours massé, qu'elles masseront toujours et qu'on ne va pas mettre un huissier à la porte de chaque institut pour les empêcher d'accomplir leur métier. Je ne suis pas compétent pour parler de la loi, mais la pratique, c'est celle-là. Je suis d'accord sur un point avec Mme Cusimano : à force de se battre entre kinésithérapeutes et esthéticiennes, on a laissé le champ libre à toute une équipe de « margoulins », qui font du tort à nos deux professions ».

C'est à Michèle de Lattre qu'est revenu le mot de la fin de cette table ronde qui a largement dépassé le temps qui lui était imparti tant le débat passionne les uns et les autres. « Continuez à faire de beaux massages de confort » a-t-elle scandé sous les ovations d'esthéticiennes qui n'attendaient que cela pour poursuivre un combat qui leur tient à cœur depuis toujours.

La nature ayant horreur du vide il faudra bien trouver une solution pour satisfaire le public consommateur de massage de bienêtre.

Que chacun prenne ses responsabilités, le dénouement doit être politique.