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L'EVOLUTION DES TENDANCES
Interview de monsieur Benoît CREUS, Directeur Général de Verre et Quartz.




Marcel BENOIT : Monsieur Benoît Creus, nous nous étions rencontrés fin 2004. A cette occasion, vous nous aviez décrit les activités de la société Verre et Quartz, et évoqué les produits qui semblaient, selon vous, être promis à un bel avenir. Que pouvez-vous nous dire aujourd'hui sur ces tendances ?

Benoît CREUS : Nous avions effectivement, lors de cette entrevue, abordé la demande en saunas, hammams, produits de bien-être, en mettant en avant l'intérêt d'une clientèle pour les cabines d'ambiance, depuis les ambiances chaudes et sèches (saunas) jusqu'aux ambiances saturées en humidité (hammams).

Aujourd'hui, on constate en particulier, avec le développement de la vague «spa», que cette demande ne fléchit pas, et, qu'au contraire, elle concerne de plus en plus de secteurs d'activités de façon directe ou indirecte. Le retour aux sources du bien-être, qu'il s'agisse de la recherche d'influences orientales, romaines, induit de nombreux axes d'utilisations pour des environnements différents. Ainsi, pour un établissement recevant du public, tel un hôtel, une piscine ou un golf, etc., l'ambiance est créatrice d'un environnement favorable aux rencontres, aux discussions…
Dans cette configuration, une ou plusieurs cabines d'ambiance génèrent un trafic au sein d'espaces où chacun peut se retrouver après avoir profité des vertus relaxantes de la cabine. Dans cet espace dédié au bien-être, qui est alors parfois accessible à un nombre élevé de personnes, et, où précisément la détente et le repos correspondent aux attentes de la clientèle, les ambiances créées grâce à des cabines représentent une prestation à part entière. Les individus ne recherchant pas la même chaleur ni le même degré d'humidité, un centre proposant différentes ambiances gagnera aisément de nouveaux abonnements. Ainsi, il est fréquent que dans un couple l'homme préfère le sauna à la chaleur plus intense et la femme se sente plus attirée vers le hammam, à fortiori si elle est sujette à des problèmes circulatoires. Dans ce cas, un hammam et un sauna permettront d'apporter un côté convivial supplémentaire à l'établissement ; encore faut-il que ces activités soient réalisées dans les règles de l'art. Pour un sauna, on n'oubliera pas une douche froide avec possibilité de s'asperger d'abord les jambes et les pieds, ainsi qu'un coin repos, de préférence sombre et calme. Lorsque l'espace le permet, la réalisation de deux cabines offre la possibilité de proposer deux bains aux chaleurs différentes, s'adaptant à la morphologie des utilisateurs. Dans le cadre de la réalisation d'une cabine hammam, on insistera particulièrement sur la manière traditionnelle de prendre un bain de hammam en réalisant plusieurs salles de plus en plus chaudes, reliées à une première salle de transition pour s'habituer à la vapeur et une pièce plus « froide » pour se relaxer.


Les salles communiqueront également avec des espaces de massage et de soins corporels qui peuvent être de véritables exercices physiques. Ce rituel qui consiste en un véritable parcours, se termine dans une pièce de repos avant de retourner dans le monde extérieur. Dans les hammams, hommes et femmes sont séparés, mais ceux-ci sont généralement collectifs et constituent un lieu d'échange et de détente. On le voit, un espace sauna, comme un espace hammam, vise à renforcer le lien entre les individus.

Les présentations des cabines elles-mêmes ont évolué, de par les matériaux (on distingue plusieurs essences de bois différentes pour les saunas, les revêtements des murs de hammams peuvent être en carrelage, en pâte de verre, en Tadelakt,…), comme par les fonctionnalités (introduction d'éclairage par fibres optiques, diodes électroluminescentes,…) pour être plus adaptées aux recherches des utilisateurs. Pour que l'espace ainsi constitué soit fonctionnel et attrayant, une zone de relaxation suffisamment vaste permettra de profiter pleinement du bain de sauna ou de hammam, et sera garante de son succès. Cette notion de détente et l'espace qui lui est dédié sont si importants que l'on peut aujourd'hui décliner d'autres cabines autour de lui : tépidariums, caldariums, cabine de sel…

M.B. : Vous nous parlez beaucoup des ambiances, est-ce cela qui peut caractériser un spa ?

B.C. : Effectivement, j'insiste beaucoup sur les ambiances, car c'est autour d'elles, et à partir d'elles que vont se décliner les activités. Un sauna ou un hammam, ne constituent pas un spa, mais ils offrent une alternative intéressante pour développer une activité existante (piscine, hôtel, cabinet de soins…) qui amènera une nouvelle clientèle sans faire appel à un personnel nombreux. Fonctionnant sous forme d'abonnements ou à la séance, ce sont des activités qui peuvent se pratiquer seul, en famille, entre amis…
Aujourd'hui par exemple, la sélection de nombreux hôtels, gîtes ou campings se fait sur la mise à disposition ou non de ces activités, et cette situation s'amplifie. Néanmoins, ce que l'on appelle un spa aujourd'hui, revêt une connotation différente. Sans entrer dans les distinctions entre le spa urbain, le day-spa ou la destination spa…, il faut remarquer que tous présentent un point commun dans la recherche d'un bien-être au travers de protocoles et de services.
Le spa fait l'objet de beaucoup d'attentions lors de sa création, pour les cartes de services et son développement avec une marque de cosmétiques et un « plus » qui permettra d'éviter les éventuelles erreurs de circulation et d'agencement. Nous intervenons également de plus en plus dans ces réalisations en collaboration avec les architectes afin de définir les espaces nécessaires et les mieux appropriés à l'utilisation confortable de matériels, tout en essayant de garantir une polyvalence qui permettra de prendre en compte une éventuelle nécessaire flexibilité dans l'avenir. Car il est passionnant de faire évoluer des produits simples dans une configuration qui permettra de décliner un maximum d'offres, que ce soit vers des cabines doubles (très en vogue aujourd'hui) ou vers des espaces VIP qui pourront être réservés sur demande. Souvent, à partir d'une simple étude de circulation, on parvient à créer de nouveaux spas modulables.

M.B. : Y a-t-il quelques conseils que vous souhaitez donner à un investisseur intéressé par de nouvelles orientations.

B.C. : Tout d'abord, il faut parfaitement penser son projet et le définir par rapport à sa clientèle et ses aspirations. Pour nous, chaque projet est différent de par les origines de l'investisseur qui cherchera à inclure dans l'espace son activité ou une activité qu'il connaît (hôtellerie, coiffure, remise en forme, kiné…), de par sa localisation dans la ville (pouvoir d'achat du quartier, présence de bureaux…) Il faut donc avoir visité plusieurs établissements, avoir testé les soins le cas échéant, l'accueil et analyser les « plus » et les
« moins », en fonction de ce que l'on s'attend à y trouver. A partir de là, il ne faut pas hésiter à rencontrer des professionnels qui, par leur expérience, pourront conforter ou infirmer certaines idées que l'on voudra développer (nombre de personnel, rentabilité de telle ou telle activité, surface nécessaire,…), et ne pas chercher à brûler les étapes.
La finalité d'un tel projet étant de créer une véritable entreprise, il est indispensable d'élaborer une étude de marché complète et un compte d'exploitation prévisionnel pour valider la rentabilité du futur centre.
On assiste en effet à une très mauvaise information des candidats qui se lancent dans l'aventure de la création sans avoir un projet complètement « ficelé ». Les projets sont en augmentation constante, mais beaucoup n'aboutissent malheureusement pas et se concluent par des dépenses inutiles en temps et en argent qui auraient pu être évitées.
Lorsque les dépenses se limitent à un avant projet de faisabilité, il s'agit d'un moindre mal, mais c'est tout différent lorsque le projet doit être interrompu, car il a démarré sans avoir l'assurance de disposer des financements, ou lorsque les budgets ont été mal cernés, ou encore lorsque les travaux étant déjà bien entamés, il faut faire face à un refus d'exploitation de la copropriété. Les exemples sont malheureusement nombreux car aujourd'hui, on assiste à une « course en avant », afin de pouvoir « surfer » sur la vague « Etre le premier afin d'occuper la place ! ». Certes, cette démarche volontaire peut s'avérer payante, encore faut-il ne rien négliger dans la phase de création. On insistera également sur l'importance des investissements nécessaires pour une exploitation optimale. Nous sommes ici dans la création d'un espace devant d'une part répondre aux aspirations d'une clientèle, et d'autre part mêlant au quotidien des ambiances humides et sèches qui, si elles sont mal pensées à l'origine, se traduisent par un vieillissement prématuré des installations fort coûteux. Il a donc lieu de s'entourer de bureaux d'études spécialisés qui seront garants du bon fonctionnement et de la pérennité du centre. On voit aujourd'hui que nous sommes de plus en plus sollicités en intervention sur des installations effectuées il y a seulement 2 ou 3 ans et qui se trouvent dégradées par manque d'estimation des contraintes liées à leur installation. Les économies faites au départ peuvent finalement conduire à des dépenses beaucoup plus importantes.

Enfin, il faut dès le départ du projet estimer les besoins en qualifications professionnelles pour que la clientèle soit satisfaite, et s'assurer que leur mise en place sera possible, tant sur le plan financier que sur le plan de la gestion et de l'analyse des compétences.

M.B. : A votre avis, comment peut-on sélectionner ses fournisseurs ou ses conseillers ?

B.C. : Nous arrivons aujourd'hui à un stade où beaucoup d'intervenant font preuve de compétences liées à leur expérience. Cependant, les fournisseurs doivent être sélectionnés en fonction de leur implication dans les activités que l'on souhaite mettre en avant. En effet, une cabine de vapeur sera réalisée de façon totalement différente, de même que son environnement (soins reliés, circulations…) si elle est installée dans un spa, un hôtel, une piscine, un centre de loisirs, etc.
On privilégiera donc une société pouvant mettre en avant ses réalisations et proposer des références. Nombre de sociétés revendiquent un savoir-faire spécifique, que ce soit au niveau de la commercialisation d'un appareil ou d'un concept. Il peut dès lors être nécessaire de sélectionner un nombre non négligeable de fournisseurs, qui sauront vous conseiller au mieux de vos intérêts. De même, il s'agit d'une activité commerciale et à ce titre elle ne peut souffrir d'une panne qui serait très préjudiciable à l'activité. Il faut donc se poser la question de l'installation (est-ce que mon vendeur est aussi mon installateur, ou pratique-t-il de la sous-traitance ?), ainsi que celle de l'entretien (y a-t-il quelqu'un à proximité de chez moi pour entretenir mes installations ? Puis-je bénéficier de contrats d'entretien ?)

Crédit Photos : VERRE & QUARTZ