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Le fit de 7 à 77 ans
Quatre français sur 10 déclarent pratiquer une activité sportive. La majorité d’entre eux ont entre 18 et 35 ans. Cette clientèle de jeunes adultes, tant qu’à faire actifs et branchés, est d’ailleurs la cible exclusive de la plupart des clubs de remise en forme. C’est oublier deux grandes composantes de la population, les kids et les seniors, qui ont le droit, comme tout le monde, de profiter des bienfaits du sport.
A cette mission santé s’ajoute un intérêt économique. Initier un enfant au fit, c’est à la fois l’occuper pendant le cours de ses parents, mais aussi le fidéliser pour plus tard. Quant aux seniors, difficile de les ignorer plus longtemps, car leur nombre va crescendo. En 2015, les plus de 60 ans représenteront le quart de la population, et leur pouvoir d’achat aura suivi la même ascension.
Alors pourquoi ne pas se préparer dès maintenant à cette déferlante grise ?
Si l’aventure vous tente, suivez nos guides, un duo de pros du fit et deux médecins du sport qui font, pour vous, le tour de la question.

Les cours, version Kid

Parce qu’un enfant et un adulte n’ont pas les mêmes capacités physiques ni le même mental, les cours de fit ne sauraient être identiques pour tous. Forte de son expérience de prof, de formatrice et de maman, Grazia Dell’Oglio a mis au point pour la Fisaf un programme spécifique pour les bambins, Energy Kidz.

“Donner des cours aux enfants est très enrichissant sur le plan humain, s’enthousiasme Grazia Dell’Oglio, prof et formatrice. Contrairement aux adultes, ils ne vous jugent pas et sont hyper spontanés. Qu’ils soient contents ou pas, ils le disent !”

La motivation d’abord, la formation ensuite
Les candidats tentés par l’animation pour les kids doivent cependant remplir certaines conditions. “D’abord et avant tout, il faut aimer les enfants. De toute façon, ils le sentent. Et puis le prof ne doit pas avoir peur de se lâcher, d’être spontané”. Outre un investissement minimal pour le club - “le gros du matériel est déjà là, il suffit juste d’acheter quelques cerceaux et des ballons”- une formation spécifique semble incontournable. “Energy Kidz est le seul programme de fit pour enfants en France, explique Grazia Dell’Oglio. Il s’inspire des techniques de fitness pour adultes, mais elles sont déclinées spécifiquement pour les enfants”.
Les objectifs de ce programme ? “Développer la condition physique générale, favoriser l’intercommunication, et sensibiliser à la pratique sportive”. Mais attention, sensibiliser ne veut pas dire surentraîner. “Je ne veux pas créer un sport de haut niveau. Il s’agit d’initier, pas de pousser les enfants à fond, ce qui pourrait retentir sur leur croissance et entraîner des problèmes traumatologiques”.

Respecter leurs différences
Cet aspect des choses figure d’ailleurs dans son programme, comme y figure la croissance physique, le développement psychomoteur, affectif et intellectuel, le rapport au jeu, le processus de socialisation ou encore la pédagogie. A cela s’ajoutent bien sûr des bases pratiques, avec l’art et la manière de développer chez l’enfant la mobilité, la souplesse, ou encore la coordination. Toutes capacités qu’il est hors de question de travailler de la même façon avec tous les bambins, des loupiots de 6 ans aux ados de 15 ans. “Il y a des âges plus propices que d’autre au développement de chaque capacité. Par exemple, pour l’apprentissage moteur et le travail de vitesse, la période la plus propice d’apprentissage se situe entre 7 et 12 ans. Pour le travail d’équilibre, c’est plutôt entre 10 à 12 ans, et pour l’orientation dans l’espace, de 12 à 15 ans”. Conséquence logique : “il est impératif de faire des cours par tranche d’âge. On ne peut pas mélanger les enfants de 7 ans et ceux de 14 ans”.

Bout d’chou, mode d’emploi
Il est pourtant une caractéristique commune à tous les kids : “leur rapidité d’apprentissage ! Les enfants saisissent les choses beaucoup plus vite que les adultes. Si vous faites une chorégraphie, il suffit d’expliquer une fois les pas avant, de mettre la musique originale qui va avec, puis d’associer les deux, et c’est parti”. Autre particularité, les enfants aiment que ça bouge. “Le prof ne doit pas rester trop longtemps sur la même chose. Il faut changer souvent, ne pas rester trop longtemps sur les explications, qui doivent être claires et précises, en essayant de donner beaucoup d’images. Il ne faut pas expliquer, mais démontrer. Et puis les cours doivent être ludiques, surtout avec les plus petits”. Dernier point auquel Grazia Dell’Oglio tient beaucoup, le quart d’heure de récupération après le cours. “C’est l’occasion de discuter avec eux d’un sujet différent chaque semaine. Il peut s’agir de cinéma, ou bien de santé. Il ne s’agit pas pour moi de juger de ce que font leurs parents, mais plutôt de valoriser les bonnes conduites, notamment alimentaires”.




L’enfant et sa santé : 5 vérités bonnes à entendre

Contrairement aux apparences, l’enfant n’est pas un adulte en miniature. Il possède des spécificités santé qui font de lui un sportif bien particulier. Du métabolisme à la croissance, cinq précisions utiles du Dr Fabien Pillard, médecin du sport au CHU de Toulouse*.

Les voies de l’énergie
Le métabolisme énergétique des enfants est plutôt aérobie, la filière anaérobie n’étant mature qu’à la puberté, qui débute en moyenne entre 11 et 13 ans pour les filles, et entre 13 et 15 ans pour les garçons. Avant ce stade, il faut éviter les exercices en puissance, et les séances ne doivent être ni trop longues, ni surtout trop intenses, en freinant au besoin les enfants car ils ont tendance à faire tout exercice à fond.
A la puberté, il devient possible de commencer à proposer des exercices en endurance, pour développer la filière anaérobie lactique. Passé l’âge de 15 ans, l’entraînement peut être comparable à celui d’un adulte, car le métabolisme énergétique est identique.

Le temps d’une pause
Les enfants ne doivent pas travailler en continu. D’abord parce qu’un exercice trop long sollicite non-stop la filière anaérobie, encore immature.
Ensuite, parce qu’un travail ininterrompu risque de les lasser assez vite.
Résultat, ils “décrochent” du cours aussi sûrement que si ils écoutaient une conférence soporifique sur la meilleure façon de gérer son portefeuille en Bourse... Mieux vaut privilégier les petits exercices, entrecoupés de moments de récupération.

Pas si souple
Pour beaucoup d’adultes, bambin rime avec souplesse. Et bien c’est faux ! Comme pour tout sportif qui se respecte, les étirements sont indispensables. A défaut, l’activité physique peut entraîner des traumatismes. De même, il faut imposer aux enfants des phases d’échauffement et de récupération, deux bonnes habitudes à prendre le plus tôt possible.

Touche pas à ma croissance
L’os qui grandit est plus fragile. Un entraînement excessif, ou des sollicitations inadaptées, peut engendrer des pathologies articulaires et osseuses. La pratique d’un sport de haut niveau peut aussi ralentir la croissance, comme retarder la puberté. Il convient donc de modérer l’activité sportive, notamment en période pubertaire, où il y a une poussée de croissance. Toute augmentation de charges à cette période risque d’entraver le développement.

Un éducateur vigilant en vaut deux
Même si un enfant parait en pleine forme, rien ne dit qu’il ne souffre pas d’une scoliose ou de problèmes cardiaques. Charge à l’éducateur de réclamer un certificat médical d’aptitude avant que ne débute l’année de cours. De même, il revient au professeur d’être attentif aux plaintes. Un enfant qui dit souffrir d’un genou ou du dos doit être adressé à un médecin.
Dernier domaine sensible chez les plus jeunes, l’alimentation. Si l’éducateur a une place privilégiée pour délivrer un message pédagogique sur le sujet, il doit aussi faire preuve de prudence. Dans des sports où l’image du corps est primordiale, comme le fit, la danse classique ou le patinage sur glace, toute remarque sur le poids ou l’aspect physique peut être ressentie très durement par les jeunes filles les plus sensibles, et constituer l’un des facteurs déclenchants d’une anorexie.
Croissance : à chaque âge son rythme
Cinquante centimètres, c’est la taille moyenne d’un nouveau-né. Quatre ans plus tard, le marmot adoré mesure 2 fois plus. Il grandit ensuite moins vite, de 5 à 6 cm par an, avec une forte augmentation à la puberté, plus de 10 cm dans l’année pour beaucoup d’ados. Passé ce cap, les choses se calment, et la vitesse de croissance dépasse rarement 1 cm par an pendant environ 3 ans.
 
A noter
Outre qu’elle peut entraîner des problèmes de santé, la prise de complément protéique ne se justifie absolument pas chez l’enfant ni l’adolescent, puisqu’ils ne travaillent pas en puissance.


Parole de pro, les seniors ont la pêche !

Parce qu’être prof, c’est l’être pour tout le monde, Franck Koutchinsky a voulu que sa salle puisse répondre aux besoins de tous, jeune branché comme retraité. Leçon de marketing d’un PDG qui a su séduire les plus de 50 ans.

“Les seniors actuels ont vécu à la fois l’apogée du rock et mai 68, prévient Franck Koutchinsky, PDG du club Montmartrois. C’est une génération qui bouge, bien loin de l’image que l’on avait des grands-parents il y a 20 ans.” Un point de vue que confirme une étude du Crédoc*, qui notait il y a peu “l’apparition chez les plus de 50 ans d’un nouvel état d’esprit, avec l’avènement d’un groupe moins frileux, plus autonome, moins conformiste et bien d’avantage immergé dans la société que ne l’étaient les seniors des années 70”.

Un marché a développer
Autre caractéristique de ces véritables panthères grises, leur poids économique à la hausse. Les retraités ont un revenu moyen supérieur de 8% à celui des actifs, ils détiennent 75% des avoirs boursiers, et leur pouvoir d’achat est évalue actuellement à 800 milliards de francs... Ce magot attire bien des convoitises commerciales. Equipement, communications, loisirs, tous les biens de consommation se déclinent désormais à la sauce senior.
En ce domaine, les pros de la forme ne sont pas les premiers, loin s’en faut. Ils ont pourtant une carte à jouer. “La génération du baby-boom dispose de beaucoup de moyens, et de temps libre. Il n’y a pas de raisons de ne pas la satisfaire, bien au contraire”. Cette opportunité économique a rencontré, chez Franck Koutchinsky, une solide tradition familiale de professorat tout public. “M’occuper des seniors est venu naturellement. Je suis prof depuis une vingtaine d’années, mon père était prof de gym également. Nous avons des fondamentaux qui sont très appréciés des seniors, et pas seulement d’eux. Dans ma salle, j’ai souhaité conserver au maximum ces principes de base, de façon à rendre les cours accessibles à tous”.

Se donner les moyens
Sans développer des activités étiquetées “papys-mamys”, à même de faire fuir tout ceux qui détestent les ghettos, il a su modeler son offre pour répondre à l’attente des plus de 50 ans. D’abord en donnant des noms français à ses cours, “cours de gym poitrine-bras-dos”, ou “fessiers-abdo-cuisses”. Ensuite en offrant aux retraités des horaires qui les intéressent. “Ils sont plus disponibles dans la journée. Nous proposons donc des cours le matin”.
Et si la trame d’une même séance est identique, à 11 comme à 20 heures, quelques variantes permettent de faire la différence. “En journée, le rythme est moins intense et la musique moins forte qu’en soirée. Le prof n’est pas là pour s’exhiber sur un podium, mais pour faire un cours presque à l’ancienne. Il n’anime pas le cours en se regardant dans une glace. Il regarde ses élèves, et les corrige si besoin”.
Même déclinaison en ce qui concerne les mouvements: “Nous faisons en sorte qu’ils soient facilement réalisables, en insistant sur le confort. Mieux vaut éviter par exemple le travail à genoux, comme les exercices où il y a des sauts, sources potentiels de traumatisme articulaire. Pour autant, il ne s’agit pas d’en faire moins pour les seniors alors qu’ils ont souvent un passé sportif un peu plus conséquent que d’autres qui, à 25 ou 30 ans, n’ont pas fait de sport depuis l’école ! ”

Les petits plus
Mais au-delà du cours et de son thème, il faut aussi savoir apporter une touche personnelle qui fera toute la différence. “Le prof ne doit pas se conduire comme un éducateur sportif au sens strict, mais comme un animateur. Le sport, c’est bon pour la santé à tout âge, mais ça doit aussi être un moment agréable, à agrémenter d’une ou deux blagues ou, pourquoi pas, d’une revue de Presse”.
Côtés locaux et leur déco, gare aux excès. “Les posters racoleurs de filles en string ne font pas partie de leurs référentiels culturels. Mieux vaut les éviter, comme tout ce qui est tapageur. Et si l’on propose des tenues de sport à la vente, il faut les choisir en conséquence. La brassière de sport, ce n’est pas pour les seniors. Le short mini non plus. Par contre, ils sont prêts à investir beaucoup dans une tenue solide qui leur apportera un plus”.
Dernier détail marketing, mais il a son importance : éviter les caractères pattes de mouche sur la documentation, les yeux de nos aînés n’étant pas aussi performants que ceux de leurs petits enfants...

Le plein non-stop
Au prix de ces quelques petits efforts, le jeu en vaut la chandelle commerciale, car les seniors se montrent d’une grande assiduité. “Dés lors qu’ils sont satisfaits, ils renouvellent beaucoup plus fidèlement leur inscription et utilisent d’avantage le club dans la journée, à des horaires habituellement creux dans les autres salles. En semaine, plus de la moitié des utilisateurs qui viennent avant 17 heures pour suivre nos cours collectifs sont des seniors”. Qui dit mieux ?


La santé après 50 ans : ce que vous devez savoir


Le sport est bon à tout âge, d’accord. Les seniors d’aujourd’hui sont plus en forme que ceux d’hier, soit. Mais les plus de 50 ans n’en constituent pas moins une population plus fragile, qu’il convient de manier avec quelques précautions. Le point avec le Dr Isabelle de Glisezinski, médecin du sport au CHU de Toulouse*.

Les seniors sont-ils solubles dans le sport ? Que tous ceux qui se posent la question se rassurent. La réponse est non. Considérer les plus de 50 ans comme des croulants qui s’affaleront au moindre effort est irréaliste. Un papy sportif de longe date peut se montrer bien plus solide qu’un jeune papa ayant attendu son trentième anniversaire pour mettre le nez dans un club.

Attention, fragile
Il convient pourtant de ne pas imposer le même rythme à tous, car les seniors demeurent un groupe à risque du point de vue médical. “Ils sont un peu plus fragiles que les adultes jeunes, notamment au regard des accidents cardio-vasculaires“ explique le Dr Isabelle de Glisezinski, médecin du sport. Et puis ils sont plus nombreux à présenter une contre-indication, définitive ou temporaire, à la pratique sportive”. Ainsi une hypertension artérielle, un trouble du rythme cardiaque ou un diabète peuvent rendre inapte, si tant est que ces maladies soient mal contrôlées par le traitement. Dans le cas contraire, ils ne contre-indiquent pas la pratique régulière d’une activité physique adaptée, bien au contraire. De même, certains problèmes articulaires rendent impossibles bon nombre d’exercices. D’autres, comme l’arthrose, limitent les possibilités de mouvements et doivent faire ménager les articulations atteintes, mais n’empêchent absolument pas de faire de l’aquagym ou du vélo.

Un certificat, sinon rien
Pour faire le point, la seule solution consiste à passer par la case docteur ! “Un examen médical est indispensable avant de débuter la pratique sportive”. Si nécessaire, il débouchera sur la réalisation d’une épreuve d’effort cardiologique, préconisée par bon nombre d’experts dès l’âge de 40 ans. Charge ensuite à l’éducateur sportif de poser quelques questions qui l’aideront à adapter l’entraînement au profil de chacun : souffrez-vous d’un diabète, de problèmes cardiaques ou articulaires, prenez-vous des médicaments ? Il lui faut encore prendre en compte la motivation, comme le passé sportif de ses élèves.

Certains seniors débutent. D’autres récidivent, reprenant l’entraînement après une période plus ou moins longue d’arrêt. D’autres enfin ont toujours conservé une activité physique, sans pause depuis l’enfance. “Pas de problème pour quelqu’un qui a toujours fait du sport. En revanche, attention aux non sportifs, pour lesquels il faut y aller très progressivement”.
Balance sous influence
A motivation différente, programme d’entraînement différent. Ainsi, les seniors qui veulent perdre du poids ont tout intérêt à délaisser le step. Faire un exercice à fond, à une fréquence cardiaque maximale n’a jamais fait perdre un gramme de graisses à quiconque. Tout au plus entame-t-on ses réserves en glucose et en eau. Pour perdre de la masse grasse, mieux vaut opter pour l’endurance sur tapis, vélo, ou rameur.

Bon à savoir
Les exercices qui visent à renforcer la puissance musculaire des membres supérieurs risquent d’entraîner une augmentation de la tension artérielle.

Les règles d’or

A chacun ses possibilités, auxquelles le programme proposé doit répondre au plus juste. Mais à tous s’impose un même principe, celui des 3 R. “La pratique sportive se doit d’être régulière, raisonnable, et raisonnée”. Tout comme il ne faut pas négliger l’échauffement et les étirements, il est hors de question d’imposer un rythme des plus soutenus passé 50 ans. “La fréquence cardiaque ne doit pas trop s’élever. Le mieux est de travailler avec un cardio-fréquencemètre. Si ce n’est pas le cas, il faut se baser sur le souffle, le fait d’être essoufflé étant un bon signe que l’exercice est trop intense”.
Côté timing, mieux vaut faire travailler les seniors en endurance, sur une demi-heure à trois-quarts d’heures. Délai au terme duquel doit intervenir une phase de récupération : “C’est primordial car, plus que tout autre, les seniors sont susceptibles de développer des problèmes musculaires. En conséquence, il faut être à l’écoute de leurs plaintes. La douleur est toujours une alarme. Son apparition pendant ou après un cours doit faire consulter un médecin”. A bon entendeur...

La prochaine formation Fisaf de Grazia Dell’Oglio aura lieu en novembre 2001.


* Hôpital Purpan, Service d’exploration de la fonction respiratoire et de Médecine du sport.