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Henri Lagarrigue :
Moins de fric, plus d’éthique

De sa carrière d’athlète de haut niveau, Henri Lagarrigue a gardé une dette dont, jour après jour, il s’acquitte en présidant bénévolement aux destinées de deux structures sans but lucratif, le Club de remise en forme des girondins de Bordeaux et le centre de formation Forma Forme. Portrait d’un quadra animé de principes qui dénotent un brin dans un monde où le business est roi.

 

Plusieurs fois champion de France, membre de l’équipe de France d’haltérophilie, Henri Lagarrigue débute sa carrière professionnelle comme enseignant. “Après l’obtention de mon diplôme d’Etat, j’ai donné des cours dans un club que j’avais créé à Bordeaux, en 1983. J’ai ensuite ouvert une deuxième salle de musculation, toujours dans le sud-ouest, la première à être située sur une plage, dans un camp naturiste”.


Du professorat, au commerce...

Il opte ensuite pour une voie commerciale, créant en 1984 une entreprise qui fabrique du matériel de musculation, un domaine qu’il connaît dans ses moindres détails grâce à son passé sportif. Cinq ans plus tard, il intègre une seconde société -BMS- distributrice en France de matériel d’importation. Il en est aujourd’hui le responsable commercial. “La vente de matériel de musculation reste notre activité principale. Mais l’entreprise vend aussi des équipements sportifs lourds, poteaux de foot, panneaux de basket ou pare- ballons, aux collectivités”. Son objectif pour demain ? “Trouver des partenaires parmi les centrales d’achat pour diffuser plus largement nos produits”. A écouter Henri Lagarrigue, on pourrait le croire devenu un business-man accompli, ne rêvant que de chiffres d’affaires et de fichiers clients. Et bien non.



... en passant par le bénévolat !

Car depuis ses débuts dans le féroce milieu du commerce, il mène, en parallèle, une activité bénévole. “En 1983, j’ai créé une section remise en forme au sein d’un club omnisports sans but lucratif, celui des girondins de Bordeaux”.
Une appellation à ne pas confondre avec l’équipe de football du même nom, dont il aime à rappeler qu’il s’agit d’une “entité bien distincte”... Le club omnisports des girondins, c’est tout autre chose. Sur un domaine de 30 hectares, ses adhérents pratiquent la natation, le hockey sur gazon, le tennis ou encore le squash. Henri Lagarrigue assure la présidence des sections remise en forme et haltérophilie, deux activités qui attirent de nombreux sportifs, pros comme amateurs.
“Le club de remise en forme compte aujourd’hui 1200 adhérents, et dispose de 1000 mètres carrés d’installation. Quant à la section haltérophilie, il s’agit du deuxième club français”. Leur palmarès brillant -trois titres de champion de France- permet aux haltérophiles des girondins de Bordeaux de monter l’an prochain en national 1. Une ascension qui s’accompagnera d’un agrandissement conséquent de la salle mise à leur disposition, le nombre croissant d’athlètes ayant rendu les locaux trop exigus.



Un recrutement à la hausse

Ce beau succès ne doit rien au hasard. “Pour la remise en forme, comme pour l’haltérophilie, nous avons voulu toucher tous les publics, et notamment les plus jeunes en passant des conventions avec les collèges. Moyennant une cotisation préférentielle, car nous avons un but social, les gamins ont accès aux installations”.
Autre clientèle de fidèles, celle des comités d’entreprise. “Le club est implanté dans une zone géographique où sont installées de grosses sociétés. Beaucoup de leurs salariés profitent de la proximité de nos locaux”.
Dernier type d’adhérents, les sportifs pros, qui fréquentent la salle de remise en forme pour faire de la préparation physique, mais aussi tous les adhérents des autres sections du club omnisports. “Les salles de musculation et de remise en forme sont devenues le point de rencontre de l’ensemble des girondins de Bordeaux, quelle que soit leur activité sportive. Tout le monde s’y retrouve. C’est un peu une ambiance club-famille, un lieu où l’on vient pour se détendre”.
Animée par une équipe de 17 salariés, cette structure aux allures de tribu est chapeautée par un conseil d’administration uniquement constitué de bénévoles, dont Henri Lagarrigue fait partie. Ce qui le motive ? “Je suis haltérophile depuis 1964. Ma carrière sportive m’a apporté énormément. Ce dont j’ai bénéficié à une époque, je le rends maintenant. C’est un juste retour des choses quand on a été un athlète de haut niveau”.


Former les pros

De cette dette dont il se sent redevable, Henri Lagarrigue ne cesse de s’acquitter, multipliant les challenges. Le dernier en date ? “Nous avons ouvert, toujours au sein du club omnisports, un centre de formation aux métiers du sport, avec des stages de formation professionnelle continue pour le fitness”. Cette structure bordelaise a une jumelle en région parisienne, à Montreuil. “Il s’agit du premier centre CFA à faire des contrats d’apprentissage”.
Regroupées sous le nom de Forma Forme, dont Henri Lagarrigue est le président, ces deux pépinières rassemblent en permanence 20 stagiaires en contrat d’alternance, et près de 250 stagiaires par an en formation continue. De futurs profs à qui l’ancien haltérophile aimerait transmettre une certaine idée du sport. “Pourquoi les salles de fitness ne se préoccupent que des adultes ? Les jeunes d’aujourd’hui sont les adultes de demain. Nous avons un rôle à jouer pour les y aider. Il faut revenir un peu plus à notre fonction d’éducateur, et non nous préoccuper uniquement du business”.


Dopage et haltères : un cas de divorce ?
Ancien membre de l’équipe de France d’Haltérophilie, Henri Lagarrigue connaît bien le problème du dopage. “J’y ai été confronté quand j’étais athlète. Les préparations de l’époque étaient dirigées par des fonctionnaires de l’Etat. Le dopage des haltérophiles était alors une institution, une pratique autorisée, mais dont on ne parlait pas”. Selon lui, ce temps est aujourd’hui révolu. “En France, on peut dire qu’actuellement il n’y a plus de dopage en haltérophilie. Mais il n’y a pas de médailles non plus ! Les dirigeants de clubs le savent. Ils préfèrent conserver leurs athlètes en vie plutôt que de les voir médaillés olympiques, mais dopés. Tous les grands clubs d’haltérophilie français ont cette même philosophie. Et d’autres pays, comme l’Espagne et l’Italie, commencent à aller dans le même sens”.
Eduquer, pas faire flamber

Pour lui, ce n’est pas vouloir gagner de l’argent qui est dégradant. C’est même vital à la survie des clubs. “Ce qu’il y a de dégradant, c’est la méthode employée pour le faire.Attirer les clients en faisant payer les abonnements à crédit, je ne suis pas d’accord. C’est un artifice. Je le vois sur Bordeaux, certaines salles ferment, et leurs adhérents se retrouvent dehors avec un crédit sur le dos”. Pour lui, ce procédé est la marque d’une montée en puissance de l’argent roi, au détriment du rôle premier des pros du fitness. “Faire du business, c’est nécessaire. Mais quand il n’y a que ça, non. J’ai l’impression qu’aujourd’hui les professionnels sont en train de délaisser leur métier d’éducateur pour endosser le costume du commercial”. Loin de porter un jugement sur la qualité même des cours, il s’insurge plutôt contre la démarche de vente adoptée par de nombreux clubs.


Voir plus loin que le bilan annuel

“Que ce soit devenu une priorité de faire des abonnements à crédit me semble préjudiciable pour l’ensemble de la profession. Faire de la prestation à crédit donne de nous une image de marchands de tapis, pas de professionnels de la remise en forme”. Selon lui, cette image finira, à terme, par faire fuir le client... il vous aura prévenu !


Carte d’identité
• Nom :

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• Fonctions actuelles :
Lagarrigue

Henri

45 ans

- Membre du Comité directeur du Club omnisports des girondins de Bordeaux

- Président des sections remise en forme et haltérophilie du Club omnisports des girondins de Bordeaux

- Président des centres de formation Forma Forme - Responsable commercial de la société BMS