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Pros du fit

Herve Hocquard

Vous rêvez d’une TVA à 5,5% ? Hervé Hocquard, président du SNEISS, Syndicat National des Exploitants d’Installations et de Services Sportifs, se bat depuis des années pour l’obtenir. Comme il s’est battu, avec succès, pour que la profession bénéficie d’une convention collective satisfaisante, et d’un référentiel qualité spécifique. Entretien avec un homme dynamique et déterminé.

Vos preoccupations sont ses combats



Votre syndicat réclame depuis sept ans une TVA à 5,5% pour les activités sportives.
Où en êtes-vous ?


La réduction du taux de TVA est théoriquement possible depuis la directive européenne d’octobre 1992. Mais la France, contrairement à d’autres pays européens, se refuse à l’appliquer. Tant et si bien que, de toutes les activités qui peuvent prétendre à une TVA réduite, seul le sport n’en bénéficie pas. Penser que des loisirs comme Canal plus, ou Disneyland Paris, ont une TVA à taux réduit, alors que le sport n’en bénéficie pas, est proprement hallucinant. C’est un scandale, pour les consommateurs comme pour les professionnels qui paient de ce fait une sorte de surtaxe de 15%. Et le développement de la pratique sportive en est bien sûr fortement handicapé.


A qui la faute ?

La déception vient du Parti Socialiste et de ses responsables. Ils nous ont littéralement mené en bateau. Bien des adhérents se souviennent de la manifestation de décembre 1997. Un millier de professionnels avaient défilé de l’Assemblée Nationale au siège du Parti Socialiste. Notre délégation s’était alors vue promettre bien des choses, et même une commission, qui a été d’autant plus vite enterrée qu’elle ne s’est jamais réunie ! Depuis, nous avons écrit des dizaines et des dizaines de lettres, tenu des dizaines de rendez-vous avec des députés, des sénateurs, des collaborateurs de ministres et quelques fois des ministres. L’actuelle Ministre des sports, comme ses prédécesseurs dans cette fonction, nous a loyalement soutenu. Mais ça n’a apparemment pas suffi, jusqu’à aujourd’hui.


Alors, vous abandonnez ?

Certainement pas ! D’autant que nous avons tout de même progressé, puisque le Sénat a voté par deux fois la mesure, et que celle-ci a même reçu un avis favorable de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale l’an dernier. Demain ont lieu les élections présidentielles, puis législatives. Nous entendons évidemment obtenir des engagements de la part des candidats. En 1995, Messieurs Chirac et Jospin nous avaient déjà donné leur accord par écrit. Aujourd’hui, différents partis, et en particulier le Parti Socialiste, inscrivent cette mesure à leur programme pour la prochaine législature. Il faudra cette fois qu’ils soient beaucoup plus précis, et surtout fidèles à leurs promesses ! J’espère que nos hommes politiques mesurent l’injustice de la situation actuelle. J’espère surtout qu’ils mesurent, pour un coût budgétaire dérisoire - 61 millions d’euros- l’avantage énorme qu’une consommation accrue de sports peut représenter. C’est un combat de très longue haleine. Il est juste. Il finira par réussir.


Carte d’identité
Nom : Hocquard
Prénom : Hervé
Age : 47 ans
Etudes : HEC, Sciences politiques
Parcours professionnel : - Consultant chez Ernst & Young, puis chez Andersen
- Directeur général de Gymnase Club de 90 à 99
- Depuis 1999, associé de diverses sociétés, notamment dans le secteur du fitness - Anime une société de conseil
Signes particuliers : - Président du SNEISS depuis sa création, et 1994
- Elu de sa commune depuis 25 ans
Hobbies : Tennis, voyages
Passion : Ses 4 enfants !
En revanche, les choses sont plus avancées en ce qui concerne une autre préoccupation du SNEISS, notre convention collective ?

S’il y a un domaine où notre opiniâtreté a été récompensée, c’est bien celui-ci. Nous avons dû nous battre pour ne pas être couvert par la convention collective du sport, actuellement en préparation et qui s’appliquera essentiellement aux associations à but non lucratif. Comment aurions-nous pu dépendre d’une convention applicable à des organismes qui ne supportent ni la concurrence, ni le même poids fiscal, et qui bénéficient de subventions et d’emplois aidés ? Les contraintes économiques qui pèsent sur eux n’ont rien à voir avec celles qu’endurent les entrepreneurs. Grâce à la Ministre de l’emploi, Mme Guigou, à ses conseillers et au Médef, la Convention sports ne nous est pas imposée. Pour l’essentiel, les activités loisirs sportifs entreprises à titre commercial relèvent désormais de la Convention collective des espaces de loisirs. C’est un très bon texte. Il fait déjà application des 35 heures. Mais surtout, il est parfaitement adapté à nos métiers, qui exigent une grande souplesse dans l’organisation du travail et une certaine polyvalence.


Que pensez-vous de la réputation des clubs de remise en forme et de fitness en France ?

Contrairement à la plupart des pays européens, en France, les clubs sont souvent l’objet de vives critiques et de préjugés négatifs. Il faut dire qu’ils les ont longtemps mérités, et qu’ils les méritent encore dans une certaine mesure. Je mets de côté les “fables” concernant le produits illicites censés circuler dans les clubs. Au pire, cela n’a concerné que quelques établissements marginaux, peuplés de marginaux... Non, la mauvaise réputation des clubs est ailleurs. Elle se fonde d’abord sur des pratiques commerciales parfois abusives et indignes, comme c’est le cas de certaines chaînes qui vendent des abonnements de sports comme d’autres vendent des cuisines. Elle se fonde aussi sur un service souvent médiocre.


C’est-à-dire ?

Le client, qui a été si choyé lors de la vente de l’abonnement, a rapidement l’impression d’être abandonné. Il n’intéresse pratiquement plus à partir du moment où il s’est engagé ! Quel décevant paradoxe... La distorsion est d’autant plus vive quand l’abonnement est de longue durée. Fort heureusement, nous n’en sommes plus aux contrats de 5 ans fermes, mais on en trouve encore trop souvent de 2, voire de 3 ans. Les clients ont une vision très négative de tout cela, et se détournent de plus en plus de ces clubs. Le rôle d’un syndicat n’est pas de couvrir ce genre de pratiques, qui sont très dommageables à l’ensemble de la profession. Dans le futur, le SNEISS devra même, et de plus en plus, les dénoncer, au besoin très directement. Mais notre action se veut aussi, et avant tout, positive, en promouvant la qualité.


Que faites-vous en ce sens ?

Nous avons fait beaucoup. En 1998, le SNEISS s’est engagé, avec l’aide de l’Etat, dans la mise au point d’un référentiel qualité. Avec le concours de Qualicert, ce référentiel est maintenant au point. Il a été agrée en mars dernier par la Commission officielle, qui compte les représentants des associations de consommateurs et des syndicats. Ce référentiel comporte nombre de précisions sur l’accueil, les installations, la sécurité, la nature des prestations, mais aussi la commercialisation. Nous attendons à présent la parution de ce référentiel qualité “prestations de loisirs sportifs” au Journal officiel. A partir de là, les professionnels seront dotés d’un label de reconnaissance, rassurant pour le public, et véritable instrument de progrès pour notre secteur d’activité. Pour obtenir leur certificat de qualité, les professionnels devront se soumettre volontairement à un contrôle, et le maintien du certificat supposera bien entendu que les critères demeurent satisfaits.


Plus largement, comment voyez-vous évoluer les clubs en France ?


Trois transformations essentielles ont débuté depuis quelques années déjà. La première concerne la clientèle. Les clubs s’adressent moins aux sportifs, et d’avantage aux personnes qui veulent simplement entretenir leur forme, c’est-à-dire “monsieur et madame tout le monde”. C’est évidement un marché plus vaste, mais il est aussi plus exigeant, et c’est là une deuxième évolution. Les non sportifs ont d’avantage besoin d’être accueillis, conseillés, motivés, entourés d’un personnel en forme, prévenant, et de bonne humeur ! Ils ont aussi besoin d’installations plus confortables, et plus belles. Cela coûte d’avantage, mais c’est tellement plus solide et plus rentable à terme. Troisième évolution, le modèle économique justement. Traditionnellement, les clubs français se financent grâce à leur trésorerie, sur la vente d’abonnements d’un an ou plus, en réduisant les coûts d’exploitation au maximum. Ce modèle est en train de mourir. On le voit avec la déconfiture de quelques enseignes, Gymnasium notamment. Le client veut maintenant payer son abonnement mois après mois, le poursuivre ou l’interrompre, selon son gré. Cela suppose pour le professionnel une capacité d’investissement autrement plus importante.


Mais est-ce vraiment viable ?


Oui, car tout se tient. Une clientèle “libre” que l’on parvient à fidéliser grâce à un service et à des installations de bonne qualité, c’est, à terme, un modèle beaucoup plus rentable. Quelques professionnels l’ont compris depuis longtemps déjà, et pas seulement à Paris. Je pense à mon ami Neyvoz et à ses trois clubs nantais Central forme qui capitalise sur la fidélité avec un succès croissant d’année en année. D’autres, comme Gymnase club, prisonniers de la vente aux comités d’entreprises, tardent à faire leur révolution. Les anglo-saxons ont bien repéré le retard “culturel” des français et sont décidés à saisir les immenses opportunités offertes par notre marché. Ils arrivent dans notre pays avec des capitaux importants. Pour sa première année de présence en France, Fitness first, numéro un britannique et européen, a déjà ouvert sept clubs en 2001. Et il y en aura beaucoup plus très bientôt.


C’est ce que vous souhaitez ?


Mon vœu le plus cher est qu’il se trouve en France quelque grand investisseur qui comprenne cette dynamique. Cela pourrait être le rôle du Club Méditerranée depuis son rachat du groupe Gymnase club. Mon vœu est ensuite que les banquiers français soient convaincus de la pertinence de ce nouveau modèle économique des clubs de sports privés. Dans ces conditions, de nouveaux entrepreneurs pourront exprimer leur talent dans notre domaine. Nous assistons à une mutation profonde. Une mutation qui ne fait que débuter. Songez qu’en Grande-Bretagne, le nombre de membres des clubs de Fitness s’est encore accru de 21% durant l’année 2000. Aujourd’hui, près de 10% des adultes britanniques sont membres d’un club, soit trois fois plus qu’il y a huit ans. Et les chiffres allemands, scandinaves et espagnols suivent la même voie.

Repertoire
SNEISS
124 rue du vieux pont de Sèvres
92 100 Boulogne