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La Forme oui…

mais attention aux pathologies
d’hyper sollicitation.

On ne peut que recommander à tous, grands et petits, jeunes et vieux, de bouger, de solliciter leur corps à travers des activités gymniques et sportives. Vive la forme a demandé à Jean-Pierre ZANA, Expert à l’INRS pour le dossier des troubles musculosquelettiques, de vous informer sur ces troubles qui sont reconnus comme des maladies professionnelles lorsqu’ils sont liés au travail .Ceux-ci doivent cependant être connus de ceux qui pratiquent des activités physiques sans les conseils éclairés de moniteurs de sport. Kinésithérapeute, cadre de santé ayant beaucoup pratiqué en utilisant les techniques qui détendent et étirent ainsi que les techniques de relaxation. Jean-Pierre ZANA a de plus, une grande expérience de formation en entreprise pour la prévention de ces troubles. Il nous fera part de ses expériences au fil des numéros en répondant aux questions que vous lui poserez et en vous proposant des exercices qui viendront compléter ceux que vous avez déjà appris dans les cours auxquels vous participez.

L’expression TMS, traduction de l’expression anglaise MusculoskeletoDisorder (MSD), pourrait ne rien signifier au regard des connaissances scientifiques, cependant elle présente l’intérêt d’être reconnue par la plupart des acteurs de prévention de l’entreprise. Par contre, elle reste encore trop souvent méconnue de certains acteurs de santé, de responsables d’entreprises et de tous ceux qui utilisent parfois de façon trop intensive, le corps et ses mouvements même pour une activité de détente.
Si, en France, l’expression TMS est la plus usitée, l’expression de « pathologies d’hyper sollicitation liées au travail » conforte la liaison avec le travail en suggérant les notions de seuil et de capacités articulaires et musculaires dans le temps et dans l’espace, au-delà du physiologique. Cette deuxième expression paraît mieux correspondre aux pathologies qu’elle représente. Dans le cadre des activités gymniques, de façon bien évidemment beaucoup moins grave, ces pathologies peuvent, si ce n’est apparaître, être aggravées par des exercices trop contraignants sur des articulations et des structures péri-articulaires fragilisées.

Définitions…

La revue d’articles traitant de cette question et qui a conduit à la trame du présent document m’amène à considérer que la définition proposée par Derriennic, Pezé et Davezies [1] est la plus large et la plus académique.

« Ensemble d’affections des tissus mous péri articulaires (muscles, tendons, gaines synoviales, bourses séreuses, micro vascularisation, nerfs) des membres et du tronc survenant chez des travailleurs ».

Cette définition a le mérite d’une part, de faire le lien entre l’activité professionnelle et les troubles et, d’autre part, de mettre en exergue l’atteinte de tous les tissus mous périarticulaires, plus explicite que le terme « musculosquelettique » de l’expression générale TMS.

A la lumière de cette définition, on peut concevoir que les TMS font intervenir des phénomènes anatomo-pathologiques et physiopathologiques différents, selon les structures péri- articulaires en cause et les régions anatomiques concernées. Il ne s’agit donc pas d’une entité clinique [2].


La définition proposée par l’Organisation Mondiale de la Santé [3], souligne comme éléments significatifs dans l’apparition des troubles, la réalisation et l’environnement du travail :

« Trouble résultant d’un certain nombre de facteurs où l’environnement de travail et la réalisation du travail contribuent de façon significative dans différentes mesures aux causes de la maladie ».

Dans cette seconde définition, l’accent est surtout mis sur les facteurs causals de l’apparition de ces troubles. Elle répond en ce sens, à une définition plus centrée sur les conséquences de l’activité et répond probablement plus aux attentes des préventeurs.

Le groupe Européen de chercheurs, le SALSTA [4], dans son rapport publié en l’an 2000, définit quant à lui les TMS comme :

« Une plainte de l’appareil locomoteur se traduisant par une fatigue, des lourdeurs, des douleurs ou une impotence fonctionnelle ».

Cette dernière définition insiste sur les signes cliniques, mode d’expression de l’astreinte physique consécutive aux contraintes imposées par les tâches et les situations de travail. Ainsi, la prise en charge de travailleurs présentant des TMS impose de prendre en compte la sémiologie se rapportant à chaque trouble, les facteurs de risques liés à chaque activité et les différences individuelles propres à chaque opérateur.

On voit assez bien, au travers de ces différentes définitions, que ces pathologies nous attendent tous « au tournant » pour peu que nous ne portions aucune attention à notre corps. Combien d’entre nous prennent le temps de se reposer après un effort ? Combien d’entre nous, sans s’écouter à la moindre alerte, prennent le temps de se préparer à une activité physique et de se relâcher après celle-ci.

Ces pathologies peuvent être très simples et se résoudre facilement si l’on décide de mettre au repos, total ou partiel, les régions du corps sur- sollicitées. A titre d’exemple, en forçant un peu sur mon coude, je peux déclencher une tendinite, c’est-à-dire une inflammation des tendons qui croisent l’articulation du coude. Le premier geste devrait être le repos de l’articulation ou, au moins, de ne plus la solliciter dans des amplitudes extrêmes. Le second geste doit être médical ; c’est au médecin de décider quel traitement est le plus adapté à mon cas. Le troisième geste sera de reprendre progressivement l’activité physique en ménageant mon coude. Il peut y avoir un geste intermédiaire utile, parfois indispensable, qui concerne la mise en œuvre d’un traitement kinésithérapique pour m’aider à diminuer la douleur et pour améliorer la mobilité de mon coude ou sa force.

Caractéristiques communes

Les pathologies d’hypersollicitation englobent en fait des pathologies variées dont les signes cliniques, l’évolution et les modes de prise en charge à court, moyen et long terme, peuvent être très différents, mais qui doivent entraîner une approche globale et pluridisciplinaire.

-1. les TMS ne sont pas le résultat de lésions soudaines ou spontanées, c’est-à-dire accidentels ;

-2. ils résultent de l’application de contraintes mécaniques (microtraumatismes, forces, étirements, écrasement, …) Mais soutenues ou répétées sur des périodes longues ;

-3. ils peuvent aussi résulter de contraintes mécaniques appliquées à des structures préa- lablement lésées ou déjà malades.

On comprend alors aisément pourquoi il est indispensable quand, la douleur est importante et persistante, d’avoir l’avis du médecin. Lorsque le médecin traitant aborde ces questions, il retient en priorité que :
- Les mécanismes en cause sont complexes et font intervenir à la fois des phénomènes mécaniques, inflammatoires, vasculaires et dégénératifs selon des proportions différentes, selon les structures périarticulaires en cause et les régions anatomiques concernées.
- Les TMS ne sont pas une entité clinique ; il faut raisonner par pathologie en tenant compte de deux dénominateurs communs : la douleur et l’atteinte du mouvement.

Conclusion

Il est apparu indispensable aux chercheurs européens de développer un outil de repérage précoce des TMS [5]. Aussi, ne serait-il pas nécessaire d’aller au-delà du consensus sur la « pluri-factorialité » pour que les acteurs de santé et de prévention puissent disposer d’une terminologie commune, de caractéristiques communes qui, sans enfermer ces troubles dans un carcan méthodologique, favoriseraient les échanges entre ces professionnels. Les moniteurs des salles de gym permettent à un grand nombre de personnes de bouger intelligemment dans leur corps ; le plus souvent, ils participent modestement, (mais sûrement, pour ceux qui tiennent compte que les pratiquants sont le plus souvent des sédentaires qui doivent être « dérouillés » avant d’être remodelés) à limiter les conséquences physiques et parfois psychiques de la sédentarité et des contraintes professionnelles.

Bibliographie

[1] DERRIENIC F., PEZE M., DAVEZIES P. Analyse de la souffrance dans les lésions par efforts répétitifs : épidemiologie, psychosomatique, médecine du travail - Actes du colloque international de psychodynamique et psychopathologie du travail, Paris 30-31 janvier 1997 pp 209-251.

[2 GRENIER - PEZE M. - La maladie du geste du travail : Les troubles musculo-squelettiques. Performances N°3 mars-avril 2002 pp5-15

[3 Définition de l’OMS – Identification et prévention des maladies liées à la profession.Rapport d’un comité d’expert de l’OMS. Genève 28 nov-02 déc. 1983

[4 APTEL M. – TMS du membre supérieur liés au travail : des connaissances établies pour construire la prévention – Actes du colloque Prévenir les TMS , Paris 27-28 novembre 2001 pp 14-18.

[5 MEYER J-P., SLUITER J., REST K., FRINGS-DRESEN M., DELARUELLE D., PRIVET L., ROQUELAURE Y. – Troubles musculo-squelettiques du membre supérieur liés au travail – Archives des mala- dies professionnelles, 2002, 63, N°1, pp32-45, Masson éditeur

Jean-Pierre ZANA - INRS dépt. ETE Paris

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