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Quel avenir pour le fitness en France en 2003 ? 

Par Michel PAJOL

 

Interview de M. Hervé RIVOAL, directeur général de Fitness Développement détenteur des marques Full Time Fitness et Centrale Fitness.

Michel Pajol : M. Rivoal, comment expliquez-vous les nombreux dépôts de bilan des clubs de fitness durant ces 2 dernières années ?

Hervé Rivoal : Mon analyse de la baisse du marché du fitness de ces deux dernières années repose principalement sur 3 points :

1. La montée du phénomène de mode directement concurrentiel à notre métier : VTT, Roller qui comptent aujourd’hui plusieurs millions de pratiquants.

2. La conjoncture économique n’est pas favorable. Les 35 heures ont amené un nouveau style de vie plus concentré sur les 4 premiers jours de la semaine pour laisser libres les week-ends de 3 jours. Notre métier n’est pas considéré comme un loisir du week-end et les adhérents ont désormais moins de temps en semaine pour gérer leur quotidien et leur planning fitness.

3. Le budget des ménages qui n’a pas augmenté depuis 6 ans et qui doit faire face aux augmentations du coût de la vie au détriment des loisirs. De plus, le téléphone mobile, les télés numériques à péage depuis 2 ans, et maintenant les abonnements Internet, sont autant de budgets supplémentaires devenus incontournables dans la mentalité de notre société moderne. Ces phénomènes nouveaux tous basés sur des abonnements ponctionnent sensiblement le budget des ménages et rendent méfiants les consommateurs sur les durées d’engagements d’abonnements auxquels ils ne veulent plus souscrire.
Toutes ces raisons expliquent en partie la baisse des prospects dans les clubs. Avec moins de prospects, il faut savoir gérer sa trésorerie ; malheureusement certains propriétaires de centres ont souvent confondu trésorerie et bénéfice pour créer d’autres centres avec le cash flow des premiers clubs. En cas de baisse, même temporaire, du marché, ils ne peuvent plus faire face à leurs engagements, et c’est le dépôt de bilan. Mais je reste confiant quant à l’avenir. Le marché s’est épuré et les consommateurs sont toujours présents. La forme et le bien être restent des valeurs attachées à l’amélioration du niveau de vie et le monde avance dans ce sens.

M.P. : Le marché du fitness est en pleine croissance partout dans le monde. Pourquoi pas en France ?

H.R. : A la vue du dernier rapport européen de l’industrie du fitness, le taux de pénétration du fitness en France est le plus faible d’Europe avec moins de 3 %. Comparé aux 13.2% aux USA, aux 8.9 % au Royaume-Uni ou aux 8% de l’Allemagne, on se rend compte que tout reste à faire ! Les Français ne sont pas sportifs comme les Allemands ou les Anglais et notre métier a longtemps reposé sur un phénomène de mode qui n’a pas su évoluer.
Les Français font du fitness parce qu’il faut faire du sport ; c’est plus par nécessité que par besoin! De plus, notre activité n’est pas considérée comme un atout santé comme chez la plupart de nos voisins européens, où certaines mutuelles vont même jusqu’à rembourser les cotisations des centres de Health and Fitness car des études sérieuses ont montré les effets bénéfiques de l’activité physique sur la santé ; c’est en partie sur ce point que certains militent sur l’abaissement de la TVA sur le sport puisque tous les pays limitrophes bénéficient d’une TVA sur le sport inférieure à nos fameux 19,6 %. De plus, contrairement à d’autres pays, aucune campagne TV vantant les mérites du fitness n’a jamais été diffusée correctement en France, ni même aucune série télé ou émission de santé sur le fitness.

C’est ce que devrait faire M6 en 2003 avec un remake de Big Diet produit par Endémol et qui met en scène un groupe de personnes désirant perdre du poids à l’aide d’activités de remise en forme et de régimes adaptés. Si l’émission est suivie avec autant de succès que le Loft, de beaux jours s’annoncent …

En France, le marché du fitness repose plus sur l‘esthétique que sur le bien être et la santé, mais cet état d’esprit devrait évoluer rapidement. Toutes les études montrent que les loisirs et la remise en forme en général sont en hausse de 5 % par an et que la santé et le bien être font dorénavant partie des préoccupations principales des français.

M.P. : Quel avenir pour la franchise dans le fitness ?

H.R. : Notre métier a connu une expansion considérable depuis 20 ans, puis une phase de crise profonde des années 2000 à aujourd’hui. Comme tout nouveau métier, il faut du temps pour organiser et structurer sa pérennité. Notre marché est aujourd’hui au stade des salons de coiffure il y a 20 ans : 10 % des structures sous enseigne nationale et 90 % d’indépendants. Le consommateur n’a pas de repères, ni de références dans le fitness. Les clubs indépendants n’ont pas la notoriété nécessaire pour imposer une image de marque ou un concept dans tout l’hexagone. Le marché a besoin d’une référence nationale pour ensuite se structurer en différentes enseignes plus ou moins importantes. 3 prétendants à ce titre se sont déjà positionnés récemment :

- Club Med Gym, avec je crois la volonté de se développer nationalement, ce qui serait une très bonne chose pour la profession qui a besoin d’une locomotive pour avancer et être reconnue.

- DECATHLON et ses immenses parcs de la forme qui vont se généraliser partout en France prouve si besoin était que notre marché est en phase de reconstruction et demeure profitable même si les banquiers veulent nous faire croire le contraire.

- FITNESS FIRST, numéro 1 Européen, a investi 100 millions de francs en 18 mois. Malgré des débuts difficiles, leurs structures sont neuves, de très bonne qualité et très bien achalandées.

Ces changements montrent bien, que malgré la crise, nous assistons à une redistribution des parts de marché à des grands groupes qui se positionnent dès à présent. Notons que de grandes chaînes anglaises font actuellement des études d’implantation sur notre territoire et attendons-nous à voir très prochainement des marques comme : Holmes place, Esporta ou Bannatyne fitness … Aussi chaque club doit se préparer à l’arrivée de cette concurrence. Notre licence de marque Full Time Fitness permet aux gérants de clubs de fitness de se former aux meilleures méthodes commerciales et de gestion pour faire face à un marché de plus en plus difficile à appréhender. Notre centrale de communication permet une gestion de marketing plus personnalisée que jamais. Notre logiciel permet la gestion d’accès et le suivi et la relance client qui sont indispensables à l’entreprise. Il gère également les prélèvements automatiques mensuels dégressifs.

Les consommateurs ont plus que jamais besoin de références et d’enseignes. Ils veulent de la sécurité, des facilités de paiement, un maximum d’activités à des prix attractifs. Dans moins de 20 ans, comme dans la coiffure, il n’y aura plus que 20 % de centres indépendants, tout le reste sera sous enseigne nationale, en licence de marque ou réseaux affiliés. 2003 marquera sans doute un tournant pour la remise en forme en France et nous comptons y jouer un rôle important en développant notre enseigne dans toute les villes de plus de 50 000 habitants.

M.P. : Comment répondez-vous aux attentes des consommateurs dans vos centres Full Time Fitness ?

H.R. : Notre enseigne a comme priorité la satisfaction de sa clientèle. Ainsi, nous proposons depuis plus d’un an un abonnement mensuel et dégressif. Nos formules d’abonnement sont suivies de tacites reconductions mensuelles : - 20 % du 4ème au 12ème mois puis - 40 % du 13ème au 24ème mois , enfin moins - 60 % après le 25ème mois pour les plus fidèles. Nos adhérents ont la possibilité d’interrompre leurs abonnements chaque mois après une inscription minimum de 3 ou 12 mois.
Tous nos plannings de cours sont étudiés pour les enfants, adultes et seniors, en fonction du public et des différentes tranches horaires. 80 % de nos clubs proposent piscine et aquagym. Enfin tous sont équipés d’une cellule esthétique qui apporte une réponse aux besoins d’amincissement de nos adhérentes.


M.P. : Avez-vous une idée pour relancer notre métier ?

H.R. : Il faut essayer de rendre interactif notre métier et lui donner un côté ludique ; c’est par nécessité que viennent nos clients ? Il faut qu’ils reviennent par plaisir ! Ce jour là, nous aurons solutionné notre problème de fidélisation. Par ailleurs, le facteur santé sera un vecteur de communication important dans les années à venir. La santé par le sport devrait être puissamment relayée par tous les médias dès que nous aurons les analyses des études du gouvernement américain sur l’impact du fitness sur la santé prévues fin 2003.

D’ici 2 à 3 ans, le fitness devrait revenir à la mode pour des questions de santé. En attendant, chaque responsable de centre doit se former pour être plus performant et faire appel aux services de professionnels pour la gestion de son club. Aussi nous avons créé il y a quelques mois une nouvelle société « Centrale Fitness » qui propose ses services à moindre coût pour les centres indépendants.
Cette « Centrale » permet aux indépendants de bénéficier d’une communication (prospectus et 4 par 3) attractive et personnalisée avec plus de 100 visuels disponibles, ainsi que des formations (remboursées par le 1 % formation) commerciales, parrainage, télémarketing, fidélisation….

Et une Centrale d’achat pour tout le petit matériel et la diététique, visible sur www.centralefitness.com

Enfin, elle apporte une solution intermédiaire aux centres indépendants désireux d’accéder à des outils jusqu’à présent réservés à des grandes enseignes, sans perdre son identité et aux conditions tarifaires d’une centrale nationale.

Notre objectif est la professionnalisation des métiers de la forme et de tous ses acteurs en France. Les clubs actuels doivent impérativement s’armer de formations, se regrouper en chaînes ou s’affilier à des centrales ou réseaux. L’unité et le nombre font la force, c’est la seule façon de contrer l’arrivée de cette concurrence aux moyens démesurés.