 |
|
LE
CORNER, UN PETIT COIN DE PARADIS, MAIS POUR QUI ? |
Par
Pascal Turbil |
 |
Pour
les grandes marques (Nike, Reebok, Adidas, etc.), la question
ne se pose pas. Le circuit de distribution reste principalement
traditionnel : boutique en nom propre (Nike Store à
Paris), ou multi-marques de sport (Décathlon, Go Sport,
Citadium, etc.).
Mais pour les autres spécialistes du fitness et de
la musculation qui n’ont pas accès au grand circuit
ou ne souhaitent pas y être distribués, qu’en
est-il exactement ? |
|
Outre la vente sur le web et la participation aux salons,
l’alternative se trouve soit en boutique, soit au sein
même du club. Un corner à l’année
ou, façon forain, la vente itinérante de clubs
en clubs.
Comment tout cela marche-t-il ?
Quelles sont les pratiques de ce type de commerce, que peut
en attendre le club et que gagne le distributeur ?
 |
Commençons
par tordre le cou des grosses marques qui, en dehors
de leurs problèmes de concurrence, n’ont
pas vraiment de souci de distribution. Qu’il s’agisse
de Reebok, Puma, Nike ou Adidas, les grandes marques
distribuent de manière très classique,
via les grandes enseignes. Petit avantage tout de même
pour Nike et Adidas, qui disposent depuis peu de temps,
de magasins en nom propre.
Essentiellement une politique d’image et d’identification
à un univers (Nike Store, en bas des Champs-Élysées),
car il n’est pas question pour ces marques de
se passer des intermédiaires que sont les |
| grands
magasins de sport comme Décathlon ou les corners
des Galeries Lafayette. Cela n’exclut pas pour
autant que ces grandes marques ignorent les circuits
de distribution parallèles, notamment en matière
de fitness. Chez Reebok, on participe aux salons spécialisés
(Mondial Body Fitness en tête), et l’on
est présent dans les rares boutiques spécialisées,
notamment concernant les chaussures… |
« Pas envie d’être
copié «
Les vraies questions se posent chez les spécialistes,
fabricants ou distributeurs, qui ont souvent testé
plusieurs formules avant de se fixer. Illustration chez Temps
Dense où Monsieur Chipon a tout essayé : «
Pour nous, le lien naturel entre nos produits et le consommateur
était les salles. Nous avons donc débuté
par de la vente ambulante. C’est très simple,
on loue un espace au club que l’on rémunère,
soit en lui reversant un pourcentage sur les ventes (10 %
en moyenne), soit en habillant les profs, soit en payant l’espace
au temps passé. Mais c’est un système
lourd et contraignant, pour être efficace, il faudrait
qu’une personne sur place assure le suivi, via notre
catalogue…
Nous
avons ensuite installé des « pro-shop «,
mais très peu fonctionnent. Là encore
un relais au sein du club est impératif, mais
trop souvent, les profs n’ont pas le temps et
ne prennent cette activité d’ambassadrice
suffisamment au sérieux.
Il reste la VPC et les salons que nous exploitons également
car, si nous n’existons pas dans les grands magasins
de sport, nous sommes condamnés à emprunter
les chemins de traverse «. De fait, chez Temps
Dense, on a aussi tenté l’expérience
des grands distributeurs. Un fiasco : « Je ne
veux plus de Go Sport ou de Décathlon, d’abord
nous n’y faisons que de très petits chiffres
et surtout, nous retrouvions nos modèles, 2 ans
après, copiés et détournés
sous leurs marques propres « .
Résultat, aujourd’hui, 98 % des clients
de Monsieur Chipon sont des magasins spécialisés
fitness ou danse (270 points de vente environ), avec
qui il travaille de manière très classique
: vente en gros (sur laquelle il fait sa marge de fonctionnement),
charge à la boutique d’appliquer un coefficient
généralement compris entre 1,8 et 2,3.
|
 |
Avantage aux boutiques
Même constat chez C.S.P. Products, qui distribue la
luxueuse marque Suédoise Casall. Claudine Sassus, qui
développe la marque en France depuis une dizaine d’années,
est aujourd’hui arrivée à un équilibre
entre vente en boutiques spécialisées et les
clubs. Soit une cinquantaine de chaque. Là encore,
après être passée par des systèmes
de remises sur volume compliqués, elle a adopté
le système de la vente en gros, qu’il s’agisse
de boutiques ou de clubs : « Evidemment pour moi, il
est plus simple de travailler avec les magasins, ils sont
naturellement plus à l’écoute, ils commandent
de plus gros volumes. Mais, même si les magasins sont
ma priorité, je ne néglige pas les clubs.
Une commerciale se déplace régulièrement
pour présenter la collection et développer des
partenariats qui vont du corner au simple dépôt
d’un catalogue.
L’important, pour que le système fonctionne,
reste d’avoir un interlocuteur motivé sur place.
Dans ce cas, nous fournissons du matériel promotionnel
au club, nous le conseillons sur le choix de la gamme et,
de plus en plus, nous lui composons les assortiments de produits
les plus appropriés, c’est un service qui plait
beaucoup «. Outre ses 50 clubs et 50 magasins relais,
Claudine Sassus s’appuie sur des corners aux Galeries
Lafayette et chez Citadium. Mais l’apothéose
de la marque haut de gamme, qui exclut naturellement la vente
foraine, est venue, il y a 3 ans avec l’ouverture de
la boutique Casall à Paris. On y vend toute la gamme
Casall, mais aussi d’autres marques comme Reebok ou
No Name. Dans ce cas, c’est Claudine Sassus qui achète
en gros auprès de ces marques.
Un vrai business
La distribution de textile fitness, débutée
comme complément d’activité, peut même
devenir une véritable source de profits et une affaire
en soit. C’est le cas des produits Body Training System,
développés par Claudie Foucher chez Planet Fitness
: « Au début, c’était un service
que nous rendions à nos clients, je faisais alors venir
les produits du Brésil, mais devant la demande et la
difficulté de travailler de cette manière, j’ai
décidé de faire fabriquer la ligne BTS. Cela
me permet d’intervenir sur le stylisme et le choix des
matières et ainsi coller davantage aux exigences du
fitness. J’en profite également pour étendre
la ligne avec des serviettes ou des sacs, etc.
Les produits BTS sont principalement distribués via
Internet en VPC, mais Claudie avoue envoyer de grosses commandes
chez nos voisins européens, les allemands notamment.
En France, quelques gros clubs, comme Central Forme à
Nantes proposent des pro-shop à leurs clients :
« C’est le Pump et d’une manière
générale tout ce qui est siglé BTS qui
se vend le mieux «, confirme Claudie Foucher. La responsable
du département textile de Planet Fitness confirme également
son intérêt pour les salons : « Lors du
dernier Mondial à Paris, je faisais un chiffre d’affaires
de 12.000 Euros par jour «.
Le
commerce très particulier des vêtements
de fitness et de musculation ne semble pourtant pas
tout rose. Shirley Ann Marcus a tenté l’expérience
pendant un temps, via sa société Sport
Forme international. « En tant que distributrice,
mes rentrées étaient trop faibles par
rapport aux dépenses, notamment avec la VPC.
Il faut également tenir compte du temps de gestion
à consacrer à l’activité,
j’ai donc pris la décision d’arrêter
«.
Même son de cloche du côté des clubs.
Philippe Renard, le pourtant entreprenant patron d’Iron
Gym, une salle de l’agglomération orléanaise
prisée des « musclés «, a
abandonné toute idée de corner ou de pro-shop
: « J’en ai eu, mais il fallait prendre
et gérer un stock, très vite les vêtements
prenaient la poussière, cela mobilise de la place,
des gens et du temps.
Au final, c’était plus embêtant qu’autre
chose. D’ailleurs, à ma connaissance, personne
ne fonctionne comme cela à Orléans. Je
me contente d’accueillir 3 fois par an un vendeur
ambulant, spécialisé dans le sportswear
(Hot Skin et Crossby), qui reverse 10 % de ses ventes
en fin d’opération «. Une formule
ambulante, qui fonctionne bien en province, car elle
a l’avantage de proposer une animation au club.
|
 |
C’est peut-être par cette vente de proximité
que passe le développement de la vente du textile de
fitness… Mais, quelle que soit la formule, les clubs,
qui peuvent en tirer profit, intéressent de nouveau
les marques dédiées. Casall, comme Temps Dense
et les autres, lancent ainsi, dès cette rentrée
2003, une offensive auprès des salles, avec qui elles
comptent bien développer leur collaboration et leur
chiffre d’affaires.« Partout où nous ne
sommes pas présents en magasins, nous devons exister
au travers d’un club « s’accordent à
dire les distributeurs. Des intentions suivies d’actes.
Claudine Sassus circularise actuellement son fichier de 2041
clubs, tandis que chez Temps Dense, on avoue « relancer
un test auprès des salles «. Côté
clubs, l’ambassadeur (trice) de ces marques peut augmenter
ses revenus de manière conséquente, pour peu
qu’il (elle) se prenne au jeu du commerce.
|
Crédit
photos : DPPI |

|